Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L'odeur du café de Dany Laferrière

Dany Laferrière
  L'énigme du retour
  Le pays sans chapeau
  Je suis un écrivain japonais
  L'odeur du café
  Le charme des après-midi sans fin
  Chronique de la dérive douce

Dany Laferrière (de son vrai nom Windsor Klébert Laferrière) est écrivain et scénariste haïtien né à Port-au-Prince en 1953 et vivant à Montréal.
Il a été élu à l'Académie française en décembre 2013.

L'odeur du café - Dany Laferrière

Un village en Haïti
Note :

   Présentation de l'éditeur:
   
   "Dans une prose d'une douce sensualité, Dany Laferrière fait revivre le monde grouillant d'humanité et de chaleur du village de Petit-Goâve, en Haïti, où il passe son enfance. L'univers un peu magique du garçon de dix ans est dominé par la figure de sa grand-mère, Da, qui aime tant le café.
   
   "J'ai écrit ce livre surtout pour cette seule scène qui m'a poursuivi si longtemps: un petit garçon assis aux pieds de sa grand-mère sur la galerie ensoleillée d'une petite ville de province. Bonne nuit, Da!"

   
   
   Commentaire :

   
   Bizarrement, je n'avais jamais rien lu de Dany Laferrière. Je me rappelle avoir parcouru "Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer" quand j'étais ado mais je ne sais même pas si je l'ai lu au complet. Bref, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre et j'ai été d'abord un peu surprise par ces courts chapitres, eux-mêmes constitués de courts paragraphes portant chacun un titre. Je l'avoue, j'ai mis un bon moment avant de m'habituer à ces instantanés puis, tout d'un coup, j'ai trouvé une fluidité de lecture et j'ai vraiment apprécié.
   
   Ce sont des souvenirs d'enfance que nous relate Dany Laferrière. Une enfance en Haïti, auprès d'une grand-mère aimante, qui prend une énorme place dans le petit monde de cet enfant de dix ans. Elle semble veiller sur tout le roman et on ressent énormément d'amour, énormément de respect pour cette femme. Tout de suite, on est transporté ailleurs. Dans un monde coloré, vivant, un peu magique. On est dans un tout petit village. Tout le monde se connaît, tout le monde a sa version et son opinion sur à peu près tout, c'est rempli de mauvaise foi et de bonne humeur. Et ce malgré certains aspects pas toujours faciles de la vie, aspects que l'on ne fait que deviner derrière les souvenirs d'un enfant.
   
   Dany Laferrière a réellement su nous faire partager cette vision d'enfant, cette façon particulière de voir le monde. Certaines scènes m'ont beaucoup fait rire, on sourit généreusement devant certains coups pendables et surtout, on a l'impression d'y être, dans ce petit village. Comme dans tout bon village, il y a une sorcière, des commères, des grands mystères, des légendes. Et cette odeur de café, on la sent vraiment.
   
   Une lecture que je conseille, donc, si vous aimez le registre des souvenirs d'enfance. Même si j'ai eu au début peur d'un truc un peu décousu en raison de sa structure, j'en garderai un très bon souvenir.
    ↓

critique par Karine




* * *



Un sourire permanent
Note :

   Dans ce roman, écrit en 1991 et publié à Montréal, puis au Serpent à plumes, en France en 2001, et enfin en poche en cette année chez Zulma, Dany Laferrière raconte l'été de ses dix ans, lorsqu'il s'est retrouvé freiné dans ses ardeurs de jeune garçon par une maladie et les conseils du médecin de se reposer pendant plusieurs semaines. Au côté de Da, sa grand-mère, il observe alors ce qui se passe autour de chez lui, écoute les histoires qui se racontent et les conseils de Da. Il ne résiste néanmoins pas à l'appel des copains pour aller faire quelques bêtises dans les rues de la ville de Petit-Goâve ; la fine équipe n'est jamais méchante mais farceuse. Lorsque les journées sont longues, le jeune garçon se rappelle quelques journées passées, à l'école notamment.
   
   Comme tout le monde, je croyais avoir déjà lu un livre de Dany Laferrière, et, à ma grande surprise, à la lecture des titres de ses ouvrages, je me suis aperçu qu'il n'en était rien. Quelle erreur, surtout que ça fait plusieurs fois que je le vois à des émissions de télévision et qu'à chaque fois, malgré ma volonté de ne pas m'éterniser, eh bien, je l'écoute jusqu'à la fin. "L'odeur du café" est donc mon premier roman de l'auteur. Essai largement transformé, je me suis régalé à ce récit d'enfance.
   
    D'abord, j'ai beaucoup aimé la construction : de courts chapitres formés de courts paragraphes qui se parlent, se répondent sans se suivre obligatoirement, comme lorsque reviennent des souvenirs par bribes, et tous en même temps, ou l'un appelant le début d'un autre avant de revenir au premier, pour en raconter l'entièreté. Loin d'être déroutante, cette disposition dynamise la lecture et l'ancre dans l'enfance dans laquelle on peut passer d'une idée à l'autre sans transition.
   
   Ensuite, l'écriture est un plaisir si évident qu'il paraît même superfétatoire de le signaler. Beaucoup de bonne humeur, d'humour (un peu de culture chrétienne sera nécessaire pour comprendre le dialogue suivant) :
   "- Que font les poissons à midi ?
   - C'est l'heure de manger.
   - Pour les poissons aussi ?
   - Pour tout le monde.
   - Et qu'est-ce qu'ils mangent ?
   - Du poisson, me dit Willy Bony
   - Mais on n'est pas vendredi." (p.140)
   

   Même les événement tristes ne sont pas racontés de manière plombante, mais comme des choses qui devaient arriver, des fatalités ; le narrateur ayant dix ans, son insouciance prime, et tant mieux. Il est aussi très à l'écoute des histoires de son pays, des légendes que lui raconte Da. Et puis Dany Laferrière joue avec les notions de vérité donnant à plusieurs reprises différentes versions d'un même fait, vues par différents protagonistes, et là, on s'aperçoit qu'effectivement chacun voit avec ses propres filtres et que la vérité n'est pas toujours telle qu'on la croit être. Habile, très habile et excellent raconteur d'histoire, Dany Laferrière nous embarque totalement dans un sourire permanent. Promis, je le relirai, d'ailleurs un autre titre m'attend...

critique par Yv




* * *