Lecture / Ecriture
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Calligraphie des rêves de Juan Marsé

Juan Marsé
  Teresa l'après-midi
  Enfermés avec un seul jouet
  L'obscure histoire de la cousine Montsé
  La fille à la culotte d'or
  Un jour je reviendrai
  Boulevard du Guinardó
  Lieutenant Bravo
  L'étrange disparition de R.L. Stevenson
  Le fantôme du cinéma Roxy
  L'amant bilingue
  Les nuits de Shangai
  Des lézards dans le ravin
  Chansons d'amour au Lolita's Club
  Calligraphie des rêves

AUTEUR DES MOIS D'OCTOBRE & NOVEMBRE 2013

Juan Marsé est un écrivain espagnol, né à Barcelone en 1933, de son vrai nom Juan Faneca Roca. Orphelin, il a été adopté dès son plus jeune âge par les Marsé, sa mère étant morte en lui donnant le jour.

Il n'a pas fait d'études, étant entré à 13 ans chez un orfèvre comme apprenti, mais il a très tôt l'ambition de devenir écrivain et a contribué à des revues.

Plus tard, à 26 ans, il émigrera en France, à Paris, où il exercera divers métiers dont,un temps, celui de garçon de laboratoire à l'Institut Pasteur.

Son premier roman est publié en 1961.

De retour en Espagne, il publie en 1962 « Esta cara de la luna » (jamais publié en français) qu'il désavoue aujourd'hui et a fait retirer de ses œuvres complètes. Il vit alors de sa plume, collaborant à des revues et écrivant essais, romans et scenarii de cinéma.

Son œuvre a reçu de nombreux prix dont le Prix Biblioteca Breve en 1965 pour « Últimas Tardes con Teresa », le prix Planeta en 1978 pour « La fille à la culotte d'or », le Prix Juan Rulfo en 1997 pour l'ensemble de son œuvre ainsi que le Prix Cervantes en 2008.

Plusieurs de ses romans sont devenus des films.

Calligraphie des rêves - Juan Marsé

Fin d'adolescence sous Franco
Note :

   Titre original : “Caligrafía de los sueños ”.
   
   Ce roman met en scène Ringo, un jeune garçon qui vit à Barcelone, dans le quartier de Gracia, sous le régime franquiste, dans sa première partie, qui est sans doute la pire. L’action se déroule de 1943 à 1948 (de ses douze à ses quinze ans). L’existence est particulièrement difficile : la guerre se termine mais on doit se débrouiller avec des tickets de ravitaillement. Le père de Ringo est dératiseur, et il se vante de traquer des "rats bleus". Ringo, troublé, se demande de quoi il peut s’agir : on pense que l’homme, antifranquiste, s’en prend à des Phalangistes, lors de virées secrètes, pendant lesquelles il disparaît pendant plusieurs jours. Mais on n’en est pas sûr... Le Raticide n’est pas le rebelle rêvé, tant il est vantard et imprudent, provoquant n’importe quel prêtre rencontré…
   
   Adopté en 1933, peu de temps après sa naissance, Ringo l’apprend à l’âge de dix ans de sa grand-mère. De cette époque, il garde aussi le souvenir d’un moineau qu’il a tué à la carabine. On apprécie que les petits faits soient aussi importants pour lui, que les vicissitudes de l'Histoire. Sa mère Berta travaille dans un hôpital comme infirmière ; elle n’a pas le diplôme, et craint de se faire virer. Elle craint aussi que son mari n’ait des ennuis avec la police.
   
   Ringo se réfugie dans la lecture, et les histoires qu’il raconte avec ses camarades de classe. Il rêve aussi d’être pianiste et a commencé à prendre des leçons, mais bientôt l’argent manque il doit abandonner. Devenu apprenti chez un orfèvre, il continue à rêver en travaillant et se fait happer la main droite par un laminoir. Résultat, plus d’index ("le doigt du destin"). Alors il passe du temps dans le bar Rosales de Paquita. Tout en lisant des romans des 19ème et 20ème siècles, il écoute les malheurs de Mme Victoria Mir, sa voisine, éperdument amoureuse d’un certain Alonso, qu’on soupçonne d’être un scélérat. Elle veut se suicider pour lui (enfin elle se donne en spectacle en se couchant sur les rails d’un tramway, qui ne passe plus par là…) Fasciné et dégoûté par Vicky, Ringo s’intéresse sexuellement à sa fille, Violeta.
   
   Tous ces gens sont très malheureux, souvent pauvres, et vivent tant bien que mal. Ringo cultive des rêves plus élaborés que ses voisins ou parents. Il tente de devenir écrivain et nous assistons à ses premières tentatives.
   
   Un beau roman de formation.
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critique par Jehanne




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Victoria et les hommes
Note :

   Le titre est celui d'un chapitre où l'on voit le jeune Ringo, le personnage principal, écrire maladroitement quelques lignes... Barcelone, souvent présente chez Juan Marsé, l'est beaucoup dans ce roman dont plusieurs aspects relèvent de l'autobiographie. Comme l'auteur, Ringo est né en 1933, comme lui c'est un enfant adopté, comme lui l'auteur a travaillé comme apprenti joaillier, comme lui il a vécu dans les quartiers pauvres de la capitale catalane.
   
   L'action se passe principalement en 1948 dans le quartier de Gràcia, où le jeune Domingo, alias Ringo, espère devenir pianiste tout en rêvant seul ou avec des copains d'aventures du genre western où les Indiens ont kidnappé Violeta et qu'ils vont la délivrer... Chez sa grand-mère, Ringo a découvert, en écoutant les voisines, que ses parents l'ont peut-être adopté. Il cherche aussi à en savoir plus sur la vraie vie de son père, le Raticide, un homme au passé de républicain anti-franquiste dont il lui reste entre autres une activité de contrebandier à la frontière des Pyrénées, et ainsi surnommé en raison de son emploi dans le service local de dératisation. Il éliminait les rats bleus dans les cinémas, disait-il à son fils quand il avait 8 ans. Mais le fil conducteur de l'intrigue est la vie sentimentale de la mère de Violeta : Victoria Mir, surnommée Vicky, —un nom qui renvoie à un ailleurs où on ne connaît pas les cartes de ravitaillement. Vicky a reçu chez elle un énigmatique boiteux, Abel Alonso, ancien footballeur, qui entraîne peut-être des jeunes d'un quartier. Mais lequel? Après une dispute, Vicky a giflé Abel. Celui-ci est parti sans laisser d'adresse, promettant vaguement une lettre d'explication. Vicky tente de se suicider (dès l'incipit) et verse dans l'alcoolisme, fréquentant trop souvent le bar de Paquita, de l'autre côté de sa rue pour un prendre un cognac et puis un autre.
   
   Ringo, blessé à un index – "le doigt du destin" – en travaillant avec une machine lors d'un stage de bijouterie, fréquente lui aussi ce café de la Travesera de Gracia, où il écrit. Encore gamin, il a fréquenté gratuitement bien des cinémas, ceux où son père le Raticide l'a présenté au personnel. Ringo n'a jamais vu de rats bleus, or, en fait de "rat bleu" il y en a un, c'est le phalangiste mari officiel de Victoria, rescapé du Front de l'Est. Portant son uniforme de la Division Azul, il se postait à la sortie de la grand-messe et faisait mine de se suicider en criant "Vive le Christ Roi!" Mais un jour Ramon Mir appuya sur la détente et se retrouva aux urgences et devint un invalide...
   
   On ne racontera pas ce qu'il advint de la lettre et de l'enveloppe rose qu'Abel Alonso destinait à Vicky — à moins que ce ne soit à Violeta. Au bal du dimanche, celle-ci qui a alors dix-huit ans, se confie à Ringo, à peine plus jeune qu'elle : Abel n'aurait-il pas abusé d'elle? Cela expliquerait ses refus opposés aux danseurs tandis que sa mère traîne au bar.
   
   Dans ce roman remarquable par le petit nombre de personnages, l'intérêt est dans un dévoilement progressif des vérités des uns et des autres. Leurs espoirs, leurs rêves ne se réaliseront sans doute pas, beaucoup pensent à émigrer, pour échapper "au trou du cul du monde en 1945". Juan Marsé est un maître de la composition et bien des mystères attendent que le lecteur les découvre.
   ↓

critique par Mapero




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Morceaux de vie
Note :

   Le livre de Marsé n’est pas un roman ni un recueil de nouvelles. Il s’agit d’un amalgame de chroniques et de pensées fortement inspirées par la vie réelle de l’auteur. De l’enfance à la vie adulte, Marsé présente les portraits de figures qui ont façonnés sa personnalité dans un quartier populaire de Barcelone. L’essentiel est consacré à l’étude de personnages, lui-même en premier puis les autres, avec un talent sans équivoque d’observation, "Quant à sa mère, lorsqu’elle l’entend raconter cet épisode, elle sourit légèrement en se cachant le visage, mais il perçoit son léger dodelinement de plaisir, comme si elle écoutait une musique lointaine et agréable."
   

   L’humour et le dramatique se croisent avec une agréable fluidité. De même, les réflexions philosophiques sont amenées avec beaucoup de justesse, notamment lorsque le narrateur perd un doigt dans une lamineuse, "Le destin aurait-il pu se manifester d’une autre façon, moins cruelle et moins douloureuse? Il l’aurait pu, se dit-il, mais c’était peut-être mieux ainsi, d’un coup et par surprise."
   
   J’aurais aimé que le livre baigne dans le Barcelone d’après-guerre afin de m’en imprégner. Mais, il s’agit surtout d’un récit initiatique, un livre centré sur l’expérience de grandir. La prose de Marsé est élégante et précise. À elle seule, cette écriture charme le lecteur. Malheureusement, l’absence d’une trame romanesque ne permet pas de la mettre vraiment en valeur.
    ↓

critique par Benjamin Aaro




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Portrait d’adolescent
Note :

   L’histoire se passe dans la ville de Barcelone dans les années 1940 – à l’époque de la dictature de Franco. Un adolescent, Ringo, est témoin des aventures qui arrivent aux personnes de son entourage, et plus particulièrement à son père – qui exerce la profession mystérieuse de "chasseur de rats bleus"– et à une certaine Victoria Mir, leur voisine, qui a été abandonnée par son amant et qui, depuis cet abandon, attend patiemment une lettre de lui. Parallèlement, Ringo commence à entrer dans le monde des adultes, bien qu’il reste un grand rêveur, et il ne peut s’empêcher d’être attiré par la fille de Victoria Mir, Violeta, jeune fille laide et distante mais dotée d’un inexplicable charme…
   
   J’ai trouvé qu’il y avait une grande liberté dans ce roman : liberté à la fois dans la construction des chapitres (qui semblent, au départ, partir dans plusieurs directions différentes sans rapport les unes avec les autres, puis qui se resserrent et forment finalement un ensemble parfaitement cohérent, une sorte de paysage intérieur), et liberté aussi dans la manière de brosser les caractères, qui paraissent tous animés d’une vie intense et qui, souvent, surprennent le lecteur par leur complexité et leur naturel.
   
   J’ai beaucoup aimé le personnage de Ringo, cet adolescent à mi-chemin entre le monde de l’enfance et celui des adultes, qui voudrait garder partout une position de simple observateur mais qui, au bout du compte, sera intervenu de nombreuses fois…
   
   J’ai aimé aussi, dans ce livre, la manière légère dont les drames sont racontés, avec toujours une distance et une sorte d’humour, qui donnent à ce roman beaucoup de vivacité.

critique par Etcetera




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