Lecture / Ecriture
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Northanger Abbey de Jane Austen

Jane Austen
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  Raison et sentiments
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  Mansfield Park
  Northanger Abbey
  Les Watson
  Du fond de mon cœur - Lettres à ses nièces

Jane Austen est née en Angleterre en 1775 d’un père pasteur.
On sait très peu de choses de son assez courte vie : Qu’elle a toujours écrit et voulu écrire, qu’elle resta demoiselle, vécut d’abord avec ses parents et sa sœur, puis sa mère et sa sœur, puis sa sœur seulement et succomba finalement à 41 ans après une longue maladie que les diagnostics de la médecine moderne supposent maintenant avoir été la maladie d’Addison (forme d’insuffisance des glandes surrénales).
Elle connut le succès littéraire de son vivant et fut appréciée aussi bien du grand public que de la famille royale ou de grands écrivains comme Walter Scott. Depuis, nombreux sont les grands écrivains qui ont encore succombé au charme de son écriture, comme Virginia Woolf et Vladimir Nabokov, pour ne citer qu’eux.

* Karen Joy Fowler également a beaucoup parlé de Jane Austen dans son roman "Le club Jane Austen" (fiche sur ce site)

Northanger Abbey - Jane Austen

Tendance les 4 filles Dr March
Note :

   Tendance : Les quatre filles du Dr March. Ce qui n’est pas chez moi marque de … haute estime. Relativisons toutefois. Jane Austen, ça ne date pas d’hier. Ni même d’avant-hier. Northanger Abbey a été écrit en 1803 et est en réalité le premier roman de la dame Austen bien qu’il n’ait été publié qu’en 1818, à titre posthume.
   
   Si l’on veut bien inscrire ce cadre (auteuse, tout début du XIX ème, société puritaine anglaise) autour de la lecture de Northanger Abbey, ça en change tout de même l’appréciation. Car quand même, je me suis demandé à plusieurs reprises ce que je fichais avec ce roman !
   
   Héroïne cucul de chez cucul, sentiments périmés (pas étonnant, début XIXème !), personnages rigides et ringards, histoire tressée de cordages propres à arrimer le « Charles de Gaulle » (porte-avion à propulsion problématique pour ceux qui ne connaîtraient pas), pas de quoi hurler ma ferveur dans mon lit de lecture !
   
   Mais donc, on se souvient du cadre. Et là, on est davantage dans le témoignage du fonctionnement de la société d’une époque donnée. Ca n’était pas vraiment débridé le XIX ème !
   
   Reste à reconnaître qu’à l’issue de la lecture, et ça c’est un signe, il reste quelque chose qui clignote dans le noir et qui vous dit ; finalement … il y avait quelque chose. Oui, il y a quelque chose qui ressort de l’ensemble à l’issue de la lecture. Mais à l’issue seulement ! Et donc il faut aller jusqu’au bout !
   
   Disons pour situer le roman tout de même que Catherine Morland va découvrir la vie (oh pas trop agitée quand même !) hors de la maison familiale, en villégiature à Bath, ville de bains, qu’elle va se lier à Isabelle Thorpe, jeune femme de son âge aussi garce que Catherine est une oie blanche de compétition et, que de minauderies en marivaudages, il finira bien par se passer des choses. Mais la naïveté, la crédulité et l’inaptitude à la jungle de la société de Catherine Morland est par moments insupportable. Carrément !
   
   Reste le document. C’est plus ainsi qu’il faut le voir. L’écriture étant par moments bien ampoulée, à moins que la traduction … ?
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critique par Tistou




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Humour...
Note :

   Le seul roman de Jane Austen que je n'avais pas encore lu... et encore une fois elle a réussi à me surprendre.
   
   Ce livre est considéré comme une oeuvre de jeunesse... mais il n'en a que le nom. C'est un roman bluffant, une sorte de manifeste austenien, où l'on retrouve les thèmes qu'elle développera par la suite: critique de l'orgueil de la noblesse/bourgeoisie, premiers émois amoureux, trahison, mariage...le tout copieusement assaisonné de son humour incomparable.
   
   En effet, ce roman est l'un de ses plus drôle. L'auteur ne se contente pas ici de raconter l'histoire d'une héroïne et les péripéties la conduisant jusqu'au mariage. Elle ne fait pas non plus une simple dénonciation des hypocrisies de l'époque. Non, c'est également un roman "intellectuel", qui parodie allégrement les romans gothiques alors à la mode: à l'heure où Austen rédige «Nothanger Abbey» , Mrs Radcliffe (auteur des Mystères d'Udolphe, roman qui revient souvent dans le récit) est à son apogée. Sans rejeter cette littérature, Jane en déplore les excès et propose une autre forme de littérature, plus proche de la réalité. A noter que c'est l'un des rares récits où Jane Austen prend le lecteur à parti, où elle s'adresse directement à lui.
   
   Niveau personnage, l'héroïne est donc très romanesque, naïve, son imagination galopante lui cause bien des tours. Cette candeur, parfois un peu agaçante, ne m'a pas empêchée de l'apprécier. Le héros, quant à lui, est l'un de mes gentlemen austenien préféré, car il possède un grand sens de l'humour.
   
   Bref, une excellente lecture...Je vous conseille quand même de lire "Les Mystères d'Udolphe" avant, bien que ce ne soit pas indispensable...
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critique par Morwenna




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Encore loin de la fin du sexisme
Note :

   (1803, révisé en 1815)
   
   Chez 10/18, 275 pages, suivies d’une notice biographique courte mais précise de Jacques Roubaud, grand admirateur des romancières anglaises.
   
   Catherine Morland 18 ans vivant à Fullerton, près de Salisbury, a maintenant 18 ans, et ses parents la trouvent "presque jolie". Ils l’envoient passer quelques semaines à Bath avec un couple d’amis les Allen, pour qu’elle puisse aller au bal et se trouver un mari.
   
   Là-bas, Catherine commence par s’ennuyer copieusement avec Mrs Allen qui ne sait parler que chiffons. D’autres rencontres vont faire évoluer l’action, d’abord celle des jeunes gens Thorpe : Isabelle, jeune femme complètement allumée, aussi à la chasse au mari, sauf que chez elle, cette démarche est consciente, sinon cohérente… les deux jeunes filles adorent les romans gothiques tels que les Mystères d’Udolphe et s’exaltent à propos d’énigmes, chambres secrètes, trésors enfouis, héros chevaleresques et criminels assoiffés de sang. Hélas le frère d’Isabelle John, un vrai goujat, doublé d’un parfait crétin, poursuit Catherine de ses assiduités.
   Enfin, elle fait connaissance d’Henry, aimable, ironique, cultivé et qui sait même parler des toilettes féminines, chose vraiment rare! Catherine s’en éprend bien vite.
   
   La première partie du roman est amusante : Catherine s’évertue à éviter ce malotru de John Thorpe et à tenter de tomber sur Henry Tilney. Ce dernier se révèle très spirituel, voire un assez singulier personnage. La première rencontre est très réussie. La satire sociale s’exerce, en particulier aux dépens des Allen et des Thorpe. Les dialogues sont enlevés et savoureux.
   
   En revanche, dès que Catherine arrive à Northanger Abbaye, on sent davantage que les jeux sont faits, on sait parfaitement comment va tourner l’intrigue. Henry devient sérieux et banal et ne tient plus ses promesses d’individu hors norme. Sa sœur Eleanor, sert l’intrigue, mais ne s’épanouit pas comme vrai personnage. On aime le moment où Catherine suspecte le maître de maison de crimes ou séquestration, et furète partout à la recherche de faits horrifiques. Dommage que tout cela retombe bien vite. J’aurais préféré d’ailleurs que Catherine soit en mesure de suspecter son bien- aimé, cela aurait eu plus de sel.
   
   L’auteur se révèle moraliste "lorsque l’on désire plaire à quelqu’un, il faudrait toujours être ignorant. Trop d’instruction équivaut à une incapacité totale à flatter la vanité des autres, ce qu’une personne intelligente souhaitera toujours éviter. Une femme surtout, si elle a le malheur de savoir quoi que ce soit, devra le dissimuler aussi bien que possible"
   
   Catherine est très ignorante, mais avide de s’instruire auprès de son bien-aimé, ce qui plaît à Henry, qui représente le modèle masculin raffiné. Eût-elle été cultivée autant que lui, elle n’avait aucune chance. Son autre prétendant ,John Thorpe, est prêt à épouser n’importe quelle jeune femme qu’il suppose riche.
   
   Mais la plupart des hommes sont bien plus simples : ce qu’ils cherchent en se mettant en ménage, c’est la garantie d’avoir un service sexuel gratuit, fonctionnant autant de fois qu’ils le désirent. De nos jours, avoir une femme qui a de bons revenus n’est pas forcément apprécié par les hommes : plus une femme a de l’argent, moins elle sera soumise. La plupart du temps, si elle a de l'argent, c'est qu'elle le gagne. Même dans les autres cas, elle n'est pas souvent dans un tel état de dépendance.
   
   Pour l’instruction, ce que dit Jane Austen est encore vrai de nos jours, et le restera.
   
   En fin de compte, un récit d’intérêt inégal, les événements y deviennent vite trop prévisibles. Il ne se passe pas grand-chose!
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critique par Jehanne




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Northanger Abbey ou l'anti-romantisme
Note :

   On ne peut pas visiter Bath sans relire Northanger Abbey de Jane Austen. C'est donc ce que j'ai fait et en anglais, qui plus est! Jugez de l'exploit... enfin pour moi!
   
    "Northanger Abbey " est l'histoire de Catherine Morland, dix sept ans, fille de pasteur, jamais sortie de sa campagne natale, que des amis, monsieur et madame Allen, amènent à Bath. Pour la jeune fille naïve et ignorante, Bath est la ville des Merveilles. Les bals, le théâtre, les salons de thé, les rues bondées qui offrent la richesse de leurs beaux magasins, une société aisée et brillante, tout éblouit la jeune campagnarde. Et puis il y a les rencontres, celle de l'adorable Isabella Thorpe qui aime tant sa "sweetest Catherine" et de son frère John, lourdaud et importun. Il y a aussi le beau Henry Tilney qui fait battre son cœur et Eleonor, sa sœur, réservée et discrète. Et enfin, pour couronner le tout, l'invitation miraculeuse du Général Tilney, père de Henry et d'Eleonor, dans son domaine de Northanger Abbey. C'en est trop pour Catherine! Voilà qui lui fait tourner la tête. Une abbaye! Un vieil édifice mystérieux, rempli de secrets, de portes dérobées, de squelettes cachés, comme dans les romans d'Ann Radcliffe, par exemple, qu'elle dévore avec avidité. Quelle aventure! Mais ce qu'elle va vivre dans ce lieu la délivrera de ses rêveries gothiques et lui ôtera ses illusions romantiques!
   
   Quand on lit Jane Austen, c'est d'abord l'humour que l'on retient car l'on s'amuse beaucoup à la lecture de ce roman, on en savoure l'ironie toute en nuances, les traits d'esprit, les portraits subtilement acides qui révèlent par un détail le ridicule ou les faiblesses d'un personnage.
   
    "Northanger Abbey " est d'abord un pastiche du roman gothique et Jane Austen feint d'adopter les codes du genre pour mieux en démontrer les excès. Lorsque Catherine, dans la solitude de sa chambre, au milieu de la nuit, dans la sombre abbaye battue par la tempête, découvre, comme le lui avait prédit malicieusement Henry Tilney, un mystérieux manuscrit, ce n'est que pour mieux s'apercevoir qu'il s'agit d'une facture de blanchisserie! De même que le jeune homme, Jane Austen rit de son héroïne et de sa vive et fertile imagination, tout en nous faisant partager la tendresse qu'elle éprouve pour elle. Ce personnage, en effet, est profondément attachant malgré ses défauts ou peut-être aussi à cause d'eux.
   
   Car "Northanger Abbey " est aussi un roman d'apprentissage : naïve, inculte, ignorante, romantique, d'une sensibilité extrême, la jeune fille a une vision simpliste de la vie. Sa franchise, sa droiture, le respect de la parole donnée, son incapacité à mentir, l'empêchent de percevoir chez les autres ce qui ressemble à de la duplicité. Et c'est pourquoi elle tombera de bien haut en découvrant le monde tel qu'il est et nul doute qu'elle aura appris beaucoup lors de cette visite à Bath! Sa vision du monde en sera radicalement transformée.
   
   En effet, sous des dehors d'apparente légèreté, les romans de Jane Austen sont souvent très pessimistes quant à la nature humaine et la société.
   
   Les personnages de Jane Austen sont complexes. Derrière un extérieur gracieux et plaisant, se cachent parfois les plus sordides motivations. Les paroles élégantes et policées sont souvent en désaccord avec les actes. C'est toujours avec étonnement que la sincère Catherine constate que celui qui parle pense le contraire de ce qu'il dit. Elle l'apprend à ses dépens lorsque sa chère et jolie Isabella, malgré l'amour qu'elle affiche pour James, le frère de Catherine, trahit son engagement pour courir après la fortune du frère aîné de Henry. Elle le découvre avec le Général Tilney, si charmant en public, qui se révèle un véritable tyran domestique exigeant et autoritaire envers ses propres enfants.
   
   Quant à la loi qui régit cette société hypocrite, elle peut se résumer en un mot : l'argent qui détermine la position sociale; le respect se mesure à l'aune de la fortune que l'on possède. Aussi la première préoccupation des uns et des autres dans cette ville où l'on fait beaucoup de rencontres, est de s'enquérir des biens de ses nouvelles connaissances. Là encore, Catherine en fait les frais. Très courtoisement reçue par Le Général tant qu'il la croit riche, elle est chassée ignominieusement quand il la sait sans le sou.
   
   Cette expérience bien amère la prive de sa joie de vivre et pourrait lui donner définitivement une opinion négative de l'humanité. Heureusement, la bonté et l'amour de sa famille et de ses vrais amis la réconfortent. Il y a donc des gens capables de sentiments vrais. Et puis, Henry vient la rejoindre et la demande en mariage, bravant l'interdiction de son père. Tout est bien qui finit bien, donc? Oui, mais que l'on ne me parle pas du romantisme de Jane Austen si l'on sait que Henry ne s'est intéressé à Catherine que par gratitude :
    "I must confess that thus affection originated in nothing than gratitude; or, in another words, that a persuasion of her partiality for him had been cause of giving her a serious thought "
   et qu'il se sent lié à Catherine autant par sens de l'honneur que par amour. Voilà des sentiments sincères mais très (trop) raisonnables! Anti-gothique, anti-romantique, Jane Austen affiche ainsi son refus :
    "It is a new circumstance in romance, I acknowledge, and dreadfully dérogatory of an heroine's dignity; but if it be as new in common life, the credit of a wild imagination will at least be all my own. "
   Enfin, Jane Austen n'oublie pas de nous faire rire en décochant un dernier trait acéré au Général Tilney
    "I leave it to be settled by whomsœver it may concern, wether the tendency of this work be altogether to recommend parental tyranny or reward filial disobedience. "

critique par Claudialucia




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