Lecture / Ecriture
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36 heures de la vie d'une femme de Agnès Bihl

Agnès Bihl
  36 heures de la vie d'une femme
  La vie rêvée des autres

Agnès Bihl est une chanteuse et auteure française née en 1974.

36 heures de la vie d'une femme - Agnès Bihl

Parce que 24, c'est pas assez
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Agnès Bihl est chanteuse. Elle vient de sortir son dernier album, qui porte le même long titre que ce recueil de nouvelles. Et puis, elle se dit qu'un album, c'est bien mais qu'un album, plus un livre qui reprend les titres et les thèmes des chansons, c'est encore mieux!
   
   Emballé on l'est dès le titre (référence, est-il besoin de le rappeler à Stefan Zweig), et ça continue du début à la fin. Le début, parlons-en : avant chaque départ de nouvelles, Agnès Bihl écrit, en exergue, un mot (ou plusieurs) en rapport avec le thème évoqué et sa (ou leurs) définition(s) réelle(s) et inventée(s). Souvent drôles, comme l'ensemble du livre d'ailleurs. L'auteure oscille entre humour, tendresse, mélancolie, l'amour, la vie, la mort, tous les thèmes sont abordés. Ce qui est vraiment plaisant, c'est le ton général du recueil : Agnès Bihl joue avec les mots, les expressions qu'elle détourne ("De toute façon je le connais, il a de la fuite dans les idées", p.14), les titres de livres, de films ou de chansons ("Ce n'est pas tous les jours facile d'être une femme libérée... d'ailleurs je suis libre tous les soirs.", p.12/13). Les nouvelles ont une chute inattendue et drôle, ou sont une tranche de vie. Elles mettent en scène des gens normaux, des blaireaux, des cons et des pimbêches, des filles seules désespérées de l'être, des dragueurs, des cocu(e)s -tiens, à ce propos, j'ai beaucoup ri en voyant la définition du cocu selon une des héroïnes d'A. Bihl : "Et puis, très honnêtement, un cocu, qu'est-ce-que c'est? C’est juste un échangiste qui s'ignore, voilà tout." (p.90)-, une femme anti-mariage pour tous, un psy et même un fœtus pour la nouvelle la plus tendre, celle dans laquelle A. Bihl prend le moins de distance avec ses personnages, "La plus belle, c'est ma mère". D'autres nouvelles sont plus dures, comme "Insomnie", ou comment être indifférent à ce qui se passe chez ses voisins ou "Le baiser de la concierge", très émouvante et révoltante et la violente "Bon dieu, mon vieux". En tout 17 nouvelles, en comptant le Journal de bord de l'écriture qui reprend la genèse du livre et des nouvelles menée en même temps que les concerts et la fin de l'album.
   
   Difficile de dire quelles nouvelles ont ma préférence, car au fur et à mesure que je les lisais, je les cochais toutes comme telles. L'écriture de l'auteure, ses ("mauvais") jeux de mots devant lesquels, selon ses principes, elle ne recule jamais -surtout ne cédez pas à la facilité des bons jeux de mots, gardez vos principes, les mauvais sont ceux qui me font le plus rire : "Cette fois je le jure, plus jamais je ne boirai une goutte d'alcool, croix de bois-croix de fer, si je mens, je vais prendre une bière! Déjà que fumer tue... mais si en plus le bar t'abat, ..." (p.74)-, l'angle délibérément humoristique qui n'empêche ni la profondeur ni les questionnements, la brièveté des histoires sans frustration d'en quitter les protagonistes, tout me sied, tout me plaît.
   
   Le genre de livre qu'on peut entamer avec le moral un peu bas et qui le remonte illico. Le genre de livre qu'on garde pas loin de soi, parce que relire un petite nouvelle de temps en temps, ça ne fait pas de mal, au contraire. Me reste plus maintenant qu'à écouter le disque d'Agnès Bihl, ce que j'ai fait pour "La sieste crapuleuse" en allant directement sur le site de l'auteure-chanteuse Agnès Bihl.

critique par Yv




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