Lecture / Ecriture
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Juliette ou le chemin des immortelles de Tristan Cabral

Tristan Cabral
  Juliette ou le chemin des immortelles

Juliette ou le chemin des immortelles - Tristan Cabral

Résilience
Note :

   "Et voilà. Que m'est-il arrivé pour en arriver là? Sommes-nous le résultat de ce qui n'a pas été dit.? De ce qui n'a pas été fait? Il ne faut pas rater son naufrage!
   Il m'a fallu mille ans pour comprendre que j'ai été l'enfant d'un long silence."

   
   Jusqu'à récemment, j'avoue que je ne connaissais pas Tristan Cabral, surtout poète, aussi découvert ce récit autobiographique sur la mère de l'auteur, tondue à la libération pour avoir trop aimé un médecin militaire allemand.
   
   C'est difficile de rendre compte de cette lecture à l'écriture magnifique, où perce en permanence une souffrance liée à l'enfance et une révolte qui trouvera à s'exprimer dans les années 68-70. Pourtant le récit n'est pas lourd, l'enfance à Arcachon avec son frère et sa sœur, les promenades sur le chemin des immortelles, la mère, amoureuse en attente de retrouvailles chimériques, le mari effacé. Plus tard il y aura l'emprisonnement pour "démoralisation de l'armée", les voyages à Jérusalem, dans les Andes, Istanbul, à la recherche d'un absolu insaisissable.
   
   Et surtout, la découverte des mots, grâce à un professeur de Sarlat "Toutoune" qui lui donne accès à la poésie. "J'étais sauvé, je savais tout. Les mots, c'était le vrai monde. Ma famille n'existait pas parce qu'elle n'avait pas les mots. Mon cahier de poèmes, illustré par Juliette, je voulais l'emmener jusqu'au ciel. J'avais compris, comme Arthur, je serai poète. De ce jour, j'ai dévasté l'armoire de livres, au fond de la classe, jusqu'au Génie du Christianisme de Chateaubriand. Enfin, j'étais moi. Dans ma vraie famille. Je ne regardais plus le monde par une fente. Je savais qu'il était désormais dans les livres. Alors il fallait tout lire, TOUT!"
   
   Plusieurs poèmes terminent le livre, donnant furieusement envie d'en découvrir plus.
   
   "Un jour, les oiseaux-feu quitteront mes paupières ;
   alors dans mon cartable, il y aura du ciel,
   alors mon corps aveugle s'habillera de lierre
   et qu'on me couche alors dans un lit d'immortelles!"

   
   Un écorché vif, une écriture sensible, un parcours singulier, à lire absolument.
    ↓

critique par Aifelle




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Récit
Note :

   Ceux qui me connaissent ne seront pas étonnés d'apprendre que je ne connaissais absolument pas Tristan Cabral, poète dont le premier recueil s'intitulait "Ouvrez le feu!" (1974)
    Mais il s'agit ici d'un récit autobiographique, fort court, évoquant la vie si remplie de l'auteur. Un fort joli texte, dépouillé et intense, sobre et éclairant. Son parcours et ses engagements méritent d'être connus (oh que oui!), mais je me limiterai à deux souvenirs.
   
   Tristan Cabral est né en 1944, des amours de sa mère Juliette avec un médecin militaire allemand. Le couple ne se reverra jamais, et Juliette reprendra la vie commune avec son mari.
    "Le jour de mes dix-huit ans, le 29 février, Juliette m'a dit, le dos tourné : 'Tu sais bien que Claude n'est pas ton père!'
    C'était un dimanche après-midi. J'ai pleuré et j'ai ri. Juliette disait enfin ce que j'avais toujours su sans le dire. Le silence se fendait. J'étais en mots. Je n'étais plus tout à fait l'enfant d'un long silence."
   

   Vers dix ans, le mystère des mots lui est révélé, par un instituteur.
    "J'étais sauvé. Je savais tout. Les mots, c'était le vrai monde. (...) Mes premiers poèmes, je les appelais 'mes vers secrets'. Je n'en ai gardé qu'un. Il est bien sûr dédié à Juliette. Il m'a valu le prix de la fête des Mères. Le journal Sud-Ouest l'a publié. Juliette l'a eu dans un vieux portefeuille toute sa vie."

critique par Keisha




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