Lecture / Ecriture
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Tango tranquille de Verena Hanf

Verena Hanf
  Tango tranquille
  Simon, Anna, les lunes et les soleils

Tango tranquille - Verena Hanf

Solitudes
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Violette est une femme qui file gentiment vers un âge avancé et qui décide de partir vivre dans une maison, à Bruxelles. Isolée, elle coupe les ponts avec ses connaissances, ces femmes qui lui "voulaient du bien", Lucienne et Micheline. Là, elle vit pour elle, enfin, seule. Dans un parc, elle voit une première fois Enrique un jeune bolivien sans papier qui tente de trouver des petits boulots. Seul lui aussi mais par obligation. Rien a priori ne devait les faire se rencontrer, sauf le hasard.
   
   Le livre est construit comme une alternance des narrateurs : une fois Violette (le plus souvent, les plus longues parties) et une fois Enrique, et ainsi de suite. C'est une sorte de dialogue muet entre eux deux fait de phases courtes voire très courtes. Aucun des deux personnages ne se pose vraiment de question existentielle. Ils font tous les deux, séparément, le point sur leurs vies : quelques retours dans le passé pour comprendre leur présent et leur envie de changer d'air et de solitude pour Violette qui n'est pas tendre avec les autres ni avec elle-même :
   "Plus douloureux est le regard sur le corps. Mon corps est un peu délabré, limite cabossé. Mêmes les rondeurs ne sont plus rondes. Elles perdent leur contenance, elles tirent vers le bas. Pourtant je n'ai pas eu d'enfants. Ils n'ont servi à rien, ce ventre, ces hanches, ces seins. Violette, arrête! Arrête une fois pour toutes avec tes complexes de femme qui n'a pas eu d'enfants. Comme s'il fallait enfanter pour exister à part entière aux yeux de la société." (p.39)
   

   Violette n'est pas une dame vieillissante qui attire immédiatement la sympathie, totalement égocentrée et rétive aux contacts avec autrui. On ne sait pas trop pourquoi Enrique va lui donner cette impulsion pour aller vers lui, elle-même ne le sait pas non plus, parfois certains gestes ou comportements ne sont pas explicables. Toujours est-il que cette rencontre imprévisible les changera durablement, chacun avançant lentement et timidement vers l'autre et en lui.
   
   Un très beau roman, très court qui ne sombre jamais dans le sentimentalisme facile : on est dans des rapports humains tout à fait réalistes entre deux personnes qui ne se livrent pas mais qui s'attachent l'une à l'autre. Tout les sépare, l'âge, la condition sociale, la couleur de peau, la culture et ce sont ces différences qui vont les lier.
   
   Écrit dans un style qui colle parfaitement à ce qu'il décrit : phrases courtes, efficaces, qui vont à l'essentiel et qui ne s'embarrassent pas de fioritures, pas de salamalecs, d'adjectifs superflus, d'adverbe en trop (je devrais prendre des cours avec Verena Hanf moi qui en mets partout) : "Je mange une dernière pomme de terre, je débarrasse la table, je fais la vaisselle, je regarde la pendule, c'est l'heure du repos maintenant. Je me brosse les dents, j'enlève mes chaussures, ma jupe et mes boucles d'oreille, je tire les rideaux et je m'allonge sur mon lit." (p.33),
    c'est un livre qui se lit aisément, dans lequel les pauses sont facilitées par de courts paragraphes, on peut donc le poser, le reprendre, ... Aucun ennui, aucun sentiment de longueur, c'est un roman épuré, court (167 pages) qui n'oublie pas de faire la part belle à ses personnages, à leurs relations et leurs sentiments. Une réussite pour ce premier roman écrit directement en français de Verena Hanf, auteure d'origine allemande et égypto-libanaise qui vit à Bruxelles.

critique par Yv




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