Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La vie devant ses yeux de Laura Kasischke

Laura Kasischke
  Un oiseau blanc dans le blizzard
  A moi pour toujours
  A suspicious river
  Rêves de garçons
  La Couronne verte
  En un monde parfait
  Les revenants
  Esprit d’hiver
  La vie devant ses yeux
  Si un inconnu vous aborde...

Laura Kasischke est une écrivaine américaine née en 1961.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La vie devant ses yeux - Laura Kasischke

La dame du Michigan
Note :

   Une première pour moi que cette auteure américaine très présente sur les blogs littéraires. On parle beaucoup de Laura Kasischke ne serait-ce que dans le dernier Télérama qui m'apprendra au moins que ça se prononce Kasiski. Ah Télérama! Pardon. Bof! Voilà déjà un premier élément de ma chronique. Diana, une housewife pas desperate, avec un mari enseignant en philo, une petite fille modèle et un mi-temps comme prof de dessin. Quelque part dans le Middle West. C'est bien le Middle West et pour le lecteur français ça reste un peu indéterminé, alors on se le fait, son petit Middle West, à l'ouest du centre, au centre de l'ouest,dans une région moyenne et que des centaines de romans et de films ont fini par stéréotyper dans le rôle de l'Amérique profonde. Un zeste d'américanophobie l'accompagne parfois, ce lecteur hexagonal, à mon avis. J'ai dit parfois. Je pense souvent.
   
    Sans que ce soit explicitement conté on a vite compris que Diana a été vingt-cinq ans plus tôt traumatisée par un drame au lycée. Et ces drames sont tellement américains, typiquement, à en reproduire les pires gestes comme usuels. Kasischke fait éclater la chronologie mais de cela non plus je n'ai guère été charmé. Ces ruptures dans la narration n'ajoutant rien à l'inquiétude qui devait sourdre en moi, moi lecteur, au demeurant peu concerné, j'ai lu, parcouru serait plus juste "La vie devant ses yeux" sans la moindre émotion. Ceci ne signifie pas que j'ai bâclé cette lecture, simplement que le roman ne m'a pas captivé, pas capturé pour que mon cœur se mette à la chamade, au moins un peu. La quatrième de couv. qualifie le roman de critique cruelle de l'Amérique petite-bourgeoise. Tellement moins impressionnant qu' "Elephant", le film de Gus Van Sant qui, il est vrai, n'est pas dans le même registre. Ça encore, ce n'est pas grave, mais "La vie devant ses yeux" me semble bien peu innovant et bien peu motivant à aller plus profond dans l’œuvre de Laura Kasischke. Souvent évoquée, la touche de "fantastique quotidien" m'a laissé froid. Constat un peu sévère, sûrement, mais Madame Kasischke est tellement encensée par ailleurs. Par exemple dans Télérama.
   
    "La vie devant ses yeux" est aussi un film dont j'ignorais l'existence. Le metteur en scène m'est tout aussi inconnu. Uma Thurman en est l'interprète.
    ↓

critique par Eeguab




* * *



Déçue !
Note :

   Emportée par mon enthousiasme pour "Esprit d'hiver" j'ai voulu lire un autre Kasischke : "La vie devant ses yeux". Mal m'en a pris! Le roman est une déception complète. Qui plus est je dois battre ma coulpe et le film qu'on en a tiré est loin d'être bon!
   
   Diana et Maureen sont amies lorsque a lieu le drame. Dans leur lycée, un élève devenu fou tire sur ses camarades, allusion à la tuerie de Colombine, et pénétrant dans les toilettes où elles sont réfugiées leur demande laquelle des deux il doit tuer. Diana répond "tue-la". La suite du roman montre la vie de Diana devenue adulte, avec sa fille Emma, son mari, un brillant universitaire … Mais sous cette apparence de bonheur, la fêlure …
   
   Comme d'habitude, Laura Kasischke mène l'intrigue avec habileté, nous amène là où elle veut avec son écriture élégante et cette sorte de cruauté qui est en elle, lorsqu'elle peint sous le calme, la beauté d'un jardin et des fleurs, le malaise et la menace. On y retrouve maints thèmes communs à "Esprit d'hiver". Mais je comprends mieux pourquoi certains lecteurs ne peuvent supporter ce que l'on a pu appeler "manipulation". Le lecteur envoyé sur une fausse piste croit ce qu'on lui raconte avant d'être retourné comme un crêpe et de s'apercevoir que tout ce qu'il pensait voir n'était qu'un reflet inversé de l'image présentée. Mais en faisant cela Laura Kasischke, pour le plaisir d'un dénouement époustouflant, détruit ce qui était vraiment au centre de cette histoire : comment peut-on vivre après un tel drame et une telle culpabilité? Question qui est le véritable intérêt du récit ou aurait dû l'être.
   
   C'est du grand art, et si le roman m'a déplu, ce n'est pas parce que l'habileté et le talent d'écriture de Kasischke sont en cause mais parce que la manipulation est gratuite, le dénouement décevant, et que je ne peux adhérer au récit qui perd tout son intérêt et sa logique interne quand on connaît la vérité. Au contraire, j'ai totalement accepté ce procédé dans "Esprit d'Hiver" parce qu'il obéit à une logique psychologique, que le point de vue du récit, unique, celui de Holly, nous amène à cette vision faussée; et l'écrivaine ne triche pas puisqu'elle nous donne toutes les clés pour comprendre. De plus, le roman rend compte de l'immense douleur d'une mère et donc il n'est jamais gratuit. Ce qui n'est pas le cas pour "La vie devant ses yeux" qui est un roman à sensation..
   
   Quant au film s'il a les mêmes défauts que le livre, il n'en a pas les qualités. Le récit est mélo et au cas où l'on n'aurait pas compris ce qu'éprouve Diana, le metteur en scène Vadim Pelman en rajoute des tonnes. L'histoire devient moralisatrice : la jeune héroïne dévoyée mais libre de Kasischke, qui n'obéit pas à la morale bourgeoise bien pensante, devient une pauvre petite jeune fille mal aimée, larmoyante, qui se rachète par sa grandeur d'âme.

critique par Claudialucia




* * *