Lecture / Ecriture
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L'immortalité de Milan Kundera

Milan Kundera
  L'art du roman
  Risibles amours
  La Plaisanterie
  L'ignorance
  L'immortalité
  L’insoutenable légèreté de l’être
  La fête de l’Insignifiance

Milan Kundera est un écrivain d'origine tchécoslovaque, né à Brno en 1929.
Il vit en France de puis 1975 et a obtenu la nationalité française en 1981.

L'immortalité - Milan Kundera

Nourrissant !
Note :

   Dans la 5è partie, un personnage du roman demande au narrateur : «Qu’es-tu en train d’écrire, au juste?» Et la réponse qu’il obtient : «Ce n’est pas racontable.»
   Cet échange caractérise assez bien «L’immortalité», roman qui, effectivement, n’est pas racontable. D’ailleurs, il ne correspond pas à ce que l’on entend d’habitude par ‘roman’. Kundera dit lui-même (toujours dans la 5e partie) qu’il regrette que presque tous les romans obéissent à la règle de l’unité d’action qui mène droit au dénouement final. Pour lui, un roman «ne doit pas ressembler à une course cycliste, mais à un banquet où l’on passe quantité de plats.»
   
   C’est exactement cela, un banquet où l’on passe quantité de plats et où le lecteur se délecte, les plats étant composés de toutes sortes d’observations, d’anecdotes véridiques ou non, de réflexions, de scènes imaginaires parfois assez croustillantes, de pieds de nez, de critiques acerbes et règlements de compte. Bref, on y trouve réellement à boire et à manger! Et c’est très nourrissant!
   Je dis cela sans ironie aucune, car c’est un délice d’intelligence. J’ai lu mon dernier Kundera il y a vingt ans à peu près, et j’avais oublié à quel point il me faisait jubiler!
   
   Quelques précisions quand même : le point de départ du ‘roman’ est le geste d’une vieille dame que le narrateur (qui est en fait l’auteur en personne) surprend un jour à la piscine. Elle fait un signe de la main à son maître-nageur, geste charmant qui trahit l’espace d’un instant la jeune femme de vingt ans qu’elle a été un jour et qu’elle porte toujours en elle…
   
   Ce geste fait surgir dans l’esprit de l’auteur le personnage d’Agnès qui, au fur et à mesure des chapitres, prendra corps et âme. Non pas de manière linéaire, mais entrecoupé de digressions s’appuyant le plus souvent sur des personnages célèbres (Goethe, Bettina von Arnim, Hemingway, Rilke, Romain Rolland, Eluard, Soljénitsyne... mais aussi Mitterrand, Jimmy Carter, et j’en oublie). Toutefois, Kundera relie toujours très subtilement ces digressions à la trame principale, faisant ainsi avancer l’intrigue et plongeant dans la tête de ses protagonistes.
   
   Le véritable intérêt ici réside néanmoins en ces digressions, le reste ne servant qu’à démonter les mécanismes du roman. Les thèmes sont donnés par les sept parties du livre : le visage, l’immortalité, la lutte, homo sentimentalis (excellente!), le hasard, le cadran, la célébration.
   Il y a des passage absolument hilarants, comme celui où, dans l’au-delà, Goethe et Hemingway (se tutoyant et se donnant du ‘Johann’ et du ‘Ernest’) devisent sur les gens qui s’emparent de leur vie ; ou encore le passage sur la musique (dans ‘homo sentimentalis’) : «La musique : une pompe à gonfler l’âme. Les âmes hypertrophiées, transformées en énormes ballons, planent sous le plafond de la salle de concert et s’entrechoquent dans une incroyable bousculade.» Je crois que je ne pourrai plus jamais assister à un concert de musique classique sans voir tous ces ballons d’âme flotter au-dessus de moi…
   
   J’aurais envie de citer et de citer et de citer, mais quel passage privilégier? Finalement, je vais en rester là et vous laisser le soin de découvrir le livre. Il ne faut surtout pas avoir d’appréhension, ce n’est jamais confus ni intello, mais intelligent et distrayant (oui, ça existe!), plein d’humour malgré son contenu très sérieux.
   
   C’est cela que j’aime en Kundera.

critique par Alianna




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