Lecture / Ecriture
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La conversation de Bolzano de Sándor Márai

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Sándor Márai est un écrivain et journaliste hongrois né en 1900 à Kassa alors partie de l'Empire austro-hongrois (aujourd'hui Košice, en Slovaquie) et mort (suicide) en 1989 à San Diego aux États-Unis.
(Source Wikipedia)


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La conversation de Bolzano - Sándor Márai

De mots et de masques
Note :

    Sandor Marai progresse toujours dans la pile de mes lectures. Et puis Casanova m'a toujours passionné, aussi bien le fringant jouvenceau de Casanova, un adolescent à Venise, le très beau film de Luigi Comencini, que l'hurluberlu pathétique ridicule et émouvant Casanova de Fellini. En littérature aussi j'ai un bon souvenir du «Retour de Casanova» d'Arthur Schnizler, mais il est vrai que Schnitzler figure dans mon panthéon. Le paneuropéen Sandor Marai, qui vécut un peu partout sur le vieux continent et mourut en Amérique, à qui rien n'échappe ni de l'esprit des lumières, ni des jeux de la séduction, a fait de «La conversation de Bolzano» un texte d'une grande richesse et dont toute la deuxième partie est composée des très longs monologues successifs du vieux Comte de Parme qui blessa jadis Casanova en duel, de sa très jeune femme Francesca exaltée de sa passion, et de la réponse du Cavaliere.
   
    D'anecdotes croustillantes sur les conquêtes de Casanova, point. De picaresques détails sur l'évasion des Plombs de Venise, non plus, Sandor Marai n'a pas voulu écrire un roman d'aventures. Pas de rencontres sur le pré pour laver un honneur, pas de cape ni d'épée. Un poignard, toutefois, compagnon fidèle de Casanova, qui peut toujours servir. Il y a bien un complice, Balbi, moine paillard et défroqué, ce qui est fréquent en cette période où les ordres mineurs, voire majeurs, s'accommodent d'une chasteté relative. Mais le chevalier restera un homme seul.
   
    La profondeur de La conversation de Bolzano prend sa signification dans la très longue scène où le vieux comte, face à Casanova, lui propose un contrat, richement doté, si ce dernier partage avec Francesca une unique nuit d'amour, "Réconforte-la, et blesse-la", toute l’ambiguïté de ce beau roman se trouve ainsi résumée. Et que dire de l'entretien final entre les deux amants? Francesca, qui a réussi à lui griffonner quatre mots, trouve les accents les plus déchirants pour lui avouer son amour, entre don de soi, et colère. Giacomo Casanova de Seingalt, de la Venise d'or et de barreaux à sa mort, modeste bibliothécaire d'un obscur château de Bohême, en passant par Bolzano, cette bourgade du Tyrol italien, a trouvé en l'immense Sandor Marai, un (faux) biographe d'une insoutenable vérité.

critique par Eeguab




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