Lecture / Ecriture
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En même temps, toute la terre et tout le ciel de Ruth Ozeki

Ruth Ozeki
  En même temps, toute la terre et tout le ciel

Née en 1956 à New Haven, dans le Connecticut, d'un père américain et d'une mère japonaise, Ruth Ozeki a étudié la littérature japonaise à l'université Nara, avant de revenir aux Etats-Unis pour débuter une carrière dans le cinéma en tant que réalisatrice de films et de documentaires acclamés par la critique. Egalement passionnée de méditation, Ruth Ozeki a été ordonnée nonne zen en 2010.
(Source éditeur)

En même temps, toute la terre et tout le ciel - Ruth Ozeki

Un régal !
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   "C'était quelque chose que je devais à Nao. j'avais envie de lire son journal au rythme de ce qu’elle avait vécu."
   
   Oui, il faut prendre son temps pour savourer et laisser infuser les 596 pages du roman de Ruth Ozeki. se laisser prendre par la magie de ce livre qui alterne les récits de Nao, jeune japonaise victime de harcèlement dans un pays qu'elle ne reconnaît pas comme le sien et Ruth, écrivaine en panne d'inspiration au Canada, sur une île où la nature sauvage a encore droit de cité.
   
   Probablement emporté par le tsunami, un sac en plastique contenant le journal de Nao, des lettres et une vieille montre s'échoue sur la baie de Desolation. Il sera trouvé par Ruth qui se rendra vite compte que les mots de la lycéenne lui sont destinés. S'établit alors entre les deux femmes, entre les deux pays, entre passé et présent, une relation où les mots joueront un rôle essentiel.
   
   La frontière entre réel et imaginaire devient poreuse mais le lecteur accepte sans broncher qu'un rêve puisse modifier le passé ou qu'un corbeau joue un rôle essentiel tant il est captivé par ce récit à la construction harmonieuse. On veut savoir ce qu'il advient de chacun des personnages, on partage leurs souffrances, on découvre les situations sous différents points de vue et on finit ce roman en parvenant même à s'intéresser au chat de Schrödinger sans mal de crâne!
   
   Un roman d'une grande richesse et d'une extrême sensibilité qui évoque aussi bien le zen, avec une nonne de cent quatre ans pleine d'empathie et d'humour, les kamikazes, le choc des cultures, l'identité, la tentation du suicide mais sans jamais devenir pesant. On y glane aussi, grâce au mari de Ruth, plein d'infos scientifiques. Bref, on se régale de bout en bout! un roman constellé de marque-pages! Et zou sur l'étagère des indispensables!
    ↓

critique par Cathulu




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Magique !
Note :

   "Ruth et Oliver aimaient les livres, tous les livres mais surtout les vieux. Leur maison en était remplie"
   

   Ruth est une romancière américaine qui vit au Canada avec Oliver, son mari, et leur chat. Acheter des livres est sa seule consolation depuis qu’elle l’a suivi sur une île quasiment déserte, dont la minuscule bibliothèque ne peut pas contenter ses appétits de lectrice. Mais son mari lui laisse heureusement commander tout ce qu’elle veut sur Amazon.
   
   En se promenant au bord de l’océan, elle ramasse un sac plastique, échoué pense-t-elle suite au tsunami. Elle y trouve à l'intérieur trois choses : un paquet de lettres manuscrites , un gros livre avec une couverture rouge orné d’un titre français "A la recherche du temps perdu", et une vieille montre bracelet avec un gros cadran noir et des chiffres phosphorescents.
   
   En ouvrant l’ouvrage, elle se rend compte que c’est un journal intime écrit par une jeune fille de 16 ans, se prénommant Nao, comme Now en anglais, et se définissant comme un "être temps". Elle y livre son difficile quotidien au Japon où elle est harcelée par ses camarades du lycée. Bien que Tokyo soit sa ville natale, elle s’y sent étrangère sans doute parce qu'elle n'y a pas toujours vécu et elle se confie à ce cahier. Elle y parle des brimades qu’elle endure, mais aussi de son père suicidaire, et de sa formidable arrière grand-mère, une nonne zen âgée de 104 ans. Cette lecture laisse Ruth perplexe et lui donne envie de partir à la recherche de Nao. Mais vit-elle toujours? Et où peut-elle la trouver?
   
   Voici un roman japonais absolument fascinant et comme je les aime. On se glisse dans cette lecture qui alterne entre le journal de Nao et les interrogations de Ruth. Comme dans beaucoup de romans nippons, on retrouve une certaine forme d’étrangeté, des personnages insolites. Roman à tiroirs, il nous ouvre tout au long du texte des portes qui nous permettent de comprendre les raisons qui poussent certains êtres à prendre de difficiles et parfois incompréhensibles décisions. D’une grande richesse, à la fois simple et complexe, ce roman se savoure. C’est un vrai joyau littéraire qui se déguste et qui aborde mine de rien de nombreux thèmes : la solitude, la méditation, le harcèlement, l’écologie pour ne citer que ceux là…
   
   Pour ceux qui aiment des auteurs comme Haruki Murakami, vous serez comblés. Mais gageons que les autres se laisseront aussi porter par ce magnifique récit qui fait la part belle à l’imaginaire. C'est un premier roman particulièrement réussi.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Aspect nippo-murakamien-fantastico-onirique raisonnable
Note :

   Titre original : A tale for the time being
   
    Se promenant sur une plage de la baie Désolation (Colombie Britannique), Ruth ramasse un sac contenant le journal d'une collégienne japonaise, une montre, des lettres en japonais et en français. Avec l'aide d'Oliver, son compagnon, (et d'internet!) elle découvrira qui sont la jeune Nao et sa famille, une arrière grand-mère nonne zen de 104 ans, un oncle kamikaze mort en 1945, un père suicidaire...
   
    Alternant Japon (il y a une dizaine d'années) et Canada (actuel) avec Nao et Ruth (oui, comme l'auteur, et écrivain aussi), ce roman nous immerge complètement dans chaque univers.
   
   Cette île canadienne loin de tout, à l'électricité vite défaillante, où tout se sait (pas moyen de garder une information secrète...), où la nature reprend ses droits, avec des loups et un mystérieux corbeau. Dora est un personnage secondaire, mais on la connaît : "Ma chérie, j'ai survécu à un cancer du sein. Ce n'est pas une petite dose de radiations en plus qui va me tuer." "Oliver était une anomalie, une irrégularité, une déviation du type normal. 'Il fait sa friture dans une autre poêle', comme on le disait souvent sur l'île." Ruth a peur de perdre la mémoire; à lire le journal de Nao, d'étranges rêves surviennent, l'impression de passer d'un temps à l'autre...
   
   De son côté Nao, après une enfance américaine en Californie, doit rentrer au Japon, suite au licenciement de son père. Les collèges japonais, où la pression de réussite est forte (toute ta vie dépend du lycée où tu entreras) lui sont un monde hostile, surtout compte tenu du harcèlement de ses camarades (et là, c'est hyper violent, j'étais assommée, mais personne ne peut intervenir?). Heureusement la fameuse grand-mère nonne zen sera là! Jiko, "la célèbre romancière anarchiste féministe devenue moine bouddhiste sous l'ère Taisho", qui "ne se rappelle pas vraiment être née" [104 ans,!]. En fait, le Japon imprègne tout le roman, y compris les parties plus américaines puisque Ruth est de mère japonaise et lit le japonais (actuel). Mille petits détails de la vie quotidienne, de la culture, des croyances, et de l'histoire récente, sont vraiment bien rendus. Des histoires incroyables de suicide, par exemple, suicide tentant à la fois Nao et son père...
   
    Saviez-vous que "sur tout le littoral japonais, des gravures ont été retrouvées sur les falaises, porteuses d'avertissements ancestraux:
    Passé cette limite, interdiction de construire!
    Certaines dataient de plus de six cents ans. la plupart avaient résisté au tsunami." [région de Fukushima]

    Saviez-vous que "le séisme a modifié la répartition de la masse de la Terre, ce qui la fait tourner plus vite. Et cette augmentation de la vitesse de rotation a raccourci la durée du jour. Nous avons des journées plus courtes maintenant."[on a perdu 1,8 microsecondes par jour]
   

    J'ai une tendresse particulière pour l'auteur, qui excelle à décrire Pesto, le chat, dans ses mouvements et traits de caractère. Futile, je sais...
   
   Un autre passage :
    "Il est étrange de constater combien le temps interfère avec l'attention. La concentration absolue de Ruth, ses obsessions compulsives face à son écran d'ordinateur avaient l'effet d'une vague qui se gonfle puis se brise, balayant une nouvelle portion d'une nouvelle journée.
    A l'extrême inverse, lorsque son attention s'égarait et se fracturait, elle faisait une expérience granulaire du temps, pendant laquelle les moments restaient en suspension comme des particules diffuses flottant dans une eau trouble et stagnante."

   
    Billet prolixe, bon signe des multiples qualités de ce roman, foisonnant. Le côté nippo-murakamien-fantastico-onirique est resté raisonnable, j'ai juste trouvé des redondances avec les lettres ET le journal de l'oncle, et, comme d'habitude, ai lu en diagonale les récits de rêves... (même s'ils font partie de l'histoire, heureusement).

critique par Keisha




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