Lecture / Ecriture
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Mrs Craddock de Somerset Maugham

Somerset Maugham
  Le Fugitif
  Le fil du rasoir
  Mrs Craddock
  Le Grand écrivain
  La Ronde de l’amour

William Somerset Maugham est un écrivain britannique né en 1874 et décédé en 1965.

Mrs Craddock - Somerset Maugham

Tout le monde lui disait que c'était une erreur... et c'était une erreur
Note :

   J'ai découvert cet auteur anglais assez tardivement, avec ses nouvelles, et depuis, enchantée par mes lectures, j'explore ses romans. En fait, Maugham figurait sur ma liste de classiques à lire mais il était toujours sacrifié au profit d'autres auteurs. Deux petites choses m'ont poussée à le lire plus tôt que prévu : son nom est mentionné au détour d'une chanson d'Alain Souchon, l'un de mes rares chanteurs français préférés, et j'avais vu l'adaptation de l'une de ses œuvres, "Il suffit d'une nuit", avec Sean Penn et Kristin Scot Thomas. Cela a servi de déclic...
   
   Ce roman ci a été écrit en 1902.
   
   Mrs Craddock, au début, pourrait immanquablement évoquer l'univers de Jane Austen, au moins dans la peinture de l'aristocratie de province, mais les relations hommes-femmes sont ô combien plus perverses et féroces que chez Jane Austen. C'est la passion qui pousse la jeune et belle Bertha Ley, issue de l'aristocratie, à épouser son métayer, Edouard Craddock, bravant les conventions et la désapprobation générale, et dont l'image forte et virile ne cesse de la hanter. Il n'est pas de son niveau social, et elle le sait, et ni de son niveau intellectuel, et cela, elle le découvrira à ses dépens. Contrairement à ce qu'elle redoutait, Edouard devient la coqueluche du voisinage, sa bonhommie joviale et son heureux caractère lui valant l'amitié de tous, tandis que sa jeune épouse est jugée hautaine et orgueilleuse. Hélas, Edouard Craddock s'inquiète plus du confort de ses vaches laitières que de sa ravissante épouse, préfère les opérettes à Mozart, ne lit que le journal local alors que Bertha est férue de littérature, et surtout, oppose son pragmatisme et son bon sens terrien au caractère fantasque et romantique de la jeune femme. Il faudra plusieurs années, et quelques drames pour que Bertha réalise toute l'étendue de son erreur. La passion de Bertha, pourtant tenace, finira par s'éteindre face à ce bloc d'indifférence qu'est devenu son mari, et leur vie, rythmée par d'amères désillusions et de nombreuses déconvenues, finira par sombrer dans la routine.
   
   Maugham a trempé sa plume dans l'acide, certes, mais c'est avec finesse et sensibilité qu'il nous dépeint les illusions du mariage, et sa cruauté est toujours teintée d'un humour typiquement British. Pour ma part, j'ai vraiment aimé ce roman, non seulement pour le sujet mais aussi pour l'écriture. Dans la plupart des œuvres de Somerset Maugham, les hommes ont presque invariablement le mauvais rôle. Et l'auteur s'identifie volontiers à la tante, Miss Ley, femme riche et intelligente, dotée d'un jugement sûr et jamais avare de remarques acerbes et piquantes sur les relations humaines.
   
   Un beau personnage de femme en tout cas, et un excellent roman que je conseille vivement.

critique par Folfaerie




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