Lecture / Ecriture
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Urbs de Raphaël Meltz

Raphaël Meltz
  Urbs

Raphaël Meltz est écrivain français né en 1975.

Urbs - Raphaël Meltz

Paris périphérique
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   "Un livre, c'est bien, c'est presque aussi important qu'une révolution, non?" Pourtant il commence par leur faire miroiter LA révolution, pas un livre. Et de faire appel à Tchernichevski et à Lénine pour proclamer devant eux : Que Faire? Et chacun à son tour, dans ce remake de l' “Histoire des Treize” qui ne sont plus que onze à participer, ils viennent prendre la pause et suggérer une action qui flanquera le Système par terre, tout en faisant le tour de Paris par les banlieues, le tour de l'Urbs. Car les Treize partent tous de Paris, en usant généralement des transports en commun, pour mener la bande à la découverte de la banlieue, puisque, selon l'auteur : "Il n'est plus possible d'écrire un grand roman parisien, Balzac c'est fini." — Ah! la mort du roman balzacien : Robbe-Grillet, jadis...
   
   En fait de grand chambard, seul le premier personnage, Fanon, a un vrai plan pour mener la subversion dans l'Urbs en bloquant métro, trains et RER comme en 1995 mais en mieux. Les autres proposeront des idées romantiques mais vaseuses, des artifices infaisables, des échafaudages sur la comète que je ne préciserai même pas. À chaque fois c'est l'occasion d'un jeu de piste au départ de Paris, vers le cimetière de Pantin, Romainville, La Courneuve, Gonesse, Nogent-sur-Marne ou L'Haÿ-les-Roses, et j'en passe. À plusieurs reprises, l'aventure progresse à la manière d'un Club des Cinq pour adultes, et souvent s'enrichit de lourdes fiches techniques : l'entretien du métro et l'écartement des voies ferrées, l'expérimentation de l'aérotrain Bertin ruiné par le projet de TGV, le faux Paris pour faire douter les aviateurs allemands dans leurs raids aériens de 1918, etc. 
   
   En baptisant ses personnages l'auteur n'a pas fait dans la dentelle. On doit rire grassement –? – que Mehdi Fanon soit révolutionnaire, Kevin Bourdieu sociologue et Max Didot imprimeur... Shéhérazade est une beurette qui a réussi. Fréhel une chanteuse. Salazar un immigré portugais. Rabelais un clochard rabelaisien qui hante la BPI à Beaubourg. Le petit Nicolas est un adolescent. Catherine une ancienne ministre de la gauche au pouvoir des années quatre-vingt (il y en eut deux je crois)... Il en résulte un roman sensé être "picaresque" — pourquoi pas si ça fait plaisir à l'auteur de “Mallarmé et moi” — en se réclamant d'une définition trouvée sur wikipédia : "Un roman picaresque se compose d'un récit sur le mode autobiographique de l’histoire de héros miséreux, généralement des jeunes gens vivant en marge de la société et à ses dépens. Au cours d’aventures souvent extravagantes supposées plus pittoresques et surtout plus variées que celles des honnêtes gens, qui sont autant de prétextes à présenter des tableaux de la vie vulgaire et des scènes de mœurs, le héros entre en contact avec toutes les couches de la société." Bilan: ça correspond plus ou moins à la définition! L'auteur se pousse du coude, comme on dit.
   
   Moins convaincant selon moi : le jeu de l'auteur avec le lecteur, interpellé souvent. Et surtout l'appel à un chevalier blanc, sorte d'ange gardien de l'auteur plus que voix de sa conscience, et dont les interventions me paraissent surtout alimenter les pages en blabla. Au risque de donner au lecteur l'impression que le livre est resté à l'état de brouillon. D'autres jugeront au contraire que ces fantaisies sont agréables, voire plaisantes. Dans tous les cas, malgré une parution à la fin de l'été 2013, il est plus que probable que ce roman ne concourra pas aux prix de la rentrée littéraire vu qu'il traite de "chacals" ceux "qui peuplent les rédactions des journaux parisiens ou les maisons d'édition germano-pratines…" Mais sait-on jamais? 

critique par Mapero




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