Lecture / Ecriture
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Nue de Jean-Philippe Toussaint

Jean-Philippe Toussaint
  La réticence
  La salle de bain
  La vérité sur Marie
  Nue
  La télévision
  Fuir
  Faire l'amour
  Football

Jean-Philippe Toussaint est un écrivain belge de langue française, né en 1957 à Bruxelles.

Nue - Jean-Philippe Toussaint

Fin de la série
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Je n’avais pas lu JP Toussaint depuis longtemps, quelques relectures mises à part. Je me méfiais de ses histoires de Marie, supputant que son humour très particulier lui faisait faux bond dans ce type d’entreprise.
   
   Et me voilà tout de même suivant Marie, artiste spécialiste de la haute couture, et désirant s’investir en marge de la mode, sur un terrain expérimental proche des expériences les plus radicales de l’art contemporain.
   
   C’est donc la fameuse robe de miel! on pense vaguement aux robes de Peau d’âne couleur de Temps, de Lune etc. Mais pas du tout!c’est une robe de haute couture sans couture il s’agit de tartiner (d’enrober si on veut) une pauvre fille de la substance en question sur certaines parties du corps (les autres seront poudrées) et la faire suivre par un essaim d’abeilles au son d’une certaine musique électronique.
   
   Le spectacle est parfaitement réussi "le top-modèle martyr entouré de multiples figures de douleur figées, les visages européens, asiatiques, interdits, ralentis, arrêtés, comme dans une vidéo de Bill Viola…" Et même au –delà de ce que l’on avait espéré, puisqu’il y a de l’imprévu parfaitement assumé par Marie.
   
   Des vidéos de ce Bill Viola, on peut en regarder une ou deux pour se mettre dans l’ambiance… c’est plus fantomatique, plus étrange que le tableau qu’on imagine, mais tout dépend aussi de l’éclairage.
   
   Après ce prologue violent, axé humour noir, qui vérifie le vieux proverbe "Honey soit qui miel y pense", c’est la relation amoureuse du narrateur avec Marie qui prend le relai : les partenaires sont séparés, bien que toujours ensemble, c’est à ce prix que dure la relation. En effet, Marie absente, le narrateur attend son appel téléphonique en rêvant d’elle, et autour d’elle, se construisant des fantasmes, jouissant en quelque sorte de cette pause dans la relation, suspendue, mais laissant la possibilité d’une reprise.
   
   Le portrait qui est fait de Marie, n'est pas d'abord celui d'une femme particulière, mais un ensemble de traits :femme d'affaire, artiste très tendance avec goût pour le sadisme, élégance de la mise, nue ou pas, dispositions d'harmonie avec le monde (elle se fond bien dans le décor, on pense à des femmes de Julien Gracq), un ensemble composite, d'où émerge de temps à autre, une femme quasi "normale" avec des problèmes et des attitudes sans surprise.
   
   De Tokyo à l’île d’Elbe, d’un vernissage auquel le narrateur assiste en voyeur, à une suite d’incendies dans une Toscane automnale guère plus gaie que la place Saint-Supplice, d’un cimetière lugubre à un hôtel sans chauffage, Marie et son compagnon se refont une santé. On est content de voir que l’amoureux narrateur supporte aussi bien la présence de Marie que son absence, et continue à la rêver esthétiquement, sans oublier la réalité concrète.
   
   On leur souhaite tout le bonheur possible!
   
   Certaines situations ont ce même potentiel d'étrangeté et d'absurde qu'autrefois, mais dans l'ensemble, l'amoureux narrateur a changé de ton.
   
   
   1 Faire l'amour
   2 Fuir
   3 La vérité sur Marie
   4 Nue
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critique par Jehanne




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Quatrième partie de la tétralogie
Note :

   Hélas, je me suis lancé dans cette lecture sans savoir qu’il s’agissait d’une tétralogie et j’ai commencé, autrement dit, par la fin. Et à lire d’autres critiques, j’ai bien l’impression que ça me pénalise. Comme s’il me manquait des éléments d’un puzzle dont je ne sais même pas qu’il s’agit d’un puzzle ! Peut-être cela explique-t-il que je n’aie pas été emballé ? Trouvant ceci un peu bavard, un peu nombriliste et, à vrai dire, évoquant un monde factice (la mode, la couture) qui, pour tout dire, me laisse complètement froid.
   
   Alors il reste la quête de l’amoureux transi et ses questions métaphysiques ad libitum : "m’aime-t-elle encore ? va-t-elle m’appeler ?" Nombriliste ai-je déjà écrit. Typique à mes yeux d’un certain roman français, autocentré. Qui, j’en ai peur, n’intéressera qu’une petite frange de lecteurs –français ou francophones, et ça ne fait pas forcément foule.
   
   Une grande partie du monde n’a pas les yeux braqués sur Paris et la mode parisienne, sur les pratiques germano-praticiennes et ses "pudeurs de gazelle". J’allais écrire ; Marie est bien gentille (Marie, l’amour du narrateur) mais non en fait, elle n’est même pas gentille ! En tant que lecteur j’ai du mal à partager et comprendre la ferveur du narrateur pour une femme alternativement présentée comme businesswoman de la mode, artiste mais affairiste et surtout dotée d’un sens des relations humaines qu’on qualifiera de particulier.
   
   Vous le comprendrez, j’ai eu du mal. Peut-être cela se serait-il mieux passé si j’avais commencé par "Faire l’amour", le premier élément de la tétralogie ? Hélas je ne suis pas sûr d’avoir envie de rattaquer par le début...

critique par Tistou




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