Lecture / Ecriture
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Le marchand de corail de Joseph Roth

Joseph Roth
  La fuite sans fin
  La marche de Radetzky
  Cabinet de figures de cire
  Le marchand de corail
  Tarabas, un hôte sur cette terre
  A Berlin

Moses Joseph Roth est un écrivain et journaliste autrichien né en 1894. Juif, il fuit l'Autriche nazie en 1934 et meurt à Paris en 1939.

Le marchand de corail - Joseph Roth

Récits de corail
Note :

    Superbes, ces nouvelles sont superbes et comme j'aime Joseph Roth dont j'avais découvert il y a très longtemps "La Marche de Radetzky" et "La Crypte des Capucins", avant de lire cinq ou six autres romans un peu plus récemment! Neuf textes courant de 1915 à 1936 constituent ce splendide recueil qui se termine par "Le marchand de corail". Au moins six de ces nouvelles m'ont régalé. Par exemple l'une des plus courtes, S"a Majesté apostolique impériale et royale", petite chronique sur l'une des dernières sorties du vieil empereur d'Autriche-Hongrie, symbole d'une autre époque, où nous frappe cette attraction-répulsion de Roth pour ces "temps d'avant". Rien de nostalgique chez Joseph Roth, plutôt d'ailleurs contre l'autoritarisme, mais "Le buste de l'empereur" est l'occasion d'une analyse remarquable sur la décomposition d'une société qui fait place à une autre, pas forcément enchanteresse. Grand lucide, Roth évoque les notions de patrie et de nationalité chez un comte jadis autrichien devenu polonais, à en perdre son latin et son identité. C'est profond, et ça en dit beaucoup sur la Grande Guerre et le grand tournant.
   
    Le chef de gare Fallmerayer, modeste fonctionnaire, bouleverse sa vie pour une comtesse russe victime d'un déraillement. Souvent chez Joseph Roth un déclic, accident, maladie, deuil, transforme le destin de personnages besogneux et falots. Le marchand de corail, le discret commerçant juif ukrainien Nilssen Piczenik, court à sa perte, victime de sa passion pour l'or rouge des fonds. Les petits héros des nouvelles de Roth, disséminés dans les landes en déréliction de l'ex-monarchie viennoise, ou errant au Prater maintenant banalisé, sont à leur manière, presque tous, des victimes de 14-18. Pour eux rien ne sera plus comme avant, même les noms ont changé. J'aime profondément la sensibilité de Joseph Roth, qui a toute sa place près de Zweig ou Schnitzler, autres grands d'Autriche.
   
    Joseph Roth (1896-1939) mourut d'alcool et de misère à Paris après avoir fui le régime qui brûla ses livres. Juif autrichien né en Galicie, dans cette sorte de macédoine que constituait l'empire de François-Joseph, il fut journaliste et s'interrogea beaucoup sur la fin des puissances centrales, qui imprègne son œuvre dont nombre d'articles pour les journaux viennois, témoignages. Il repose dans un cimetière de banlieue parisienne après une sorte de lent suicide que son ami de toujours Stefan Zweig ne put empêcher avant de choisir à peu près la même désespérance...

critique par Eeguab




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