Lecture / Ecriture
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Un beau ténébreux de Julien Gracq

Julien Gracq
  Le rivage des Syrtes
  Au château d’Argol
  En lisant, en écrivant
  Un balcon en forêt
  Un beau ténébreux
  Autour des sept collines
  Les terres du couchant
  La forme d'une ville
  Les eaux étroites
  Les Carnets du Grand Chemin

Julien Gracq est le nom de plume de Louis Poirier, écrivain français, né en 1910 et décédé en 2007.

Un beau ténébreux - Julien Gracq

Une écriture lyrique
Note :

   Dès la première page se dévoile l'écrivain exigeant, ambitieux, refusant de céder à la facilité, à l'encontre de toute mode, suivant un chemin étroit et solitaire. Les longues descriptions lyriques, le caractère tourmenté des personnages, reflet d'une nature dure, à la limite de l'hostilité, la tension soutenue de l'intrigue jusqu'à son dénouement final concourent à l'enchantement créé par l'évocation d'un milieu homogène, cohérent, dans un style recherché. La construction est moins vaste que dans "le Rivage des Syrtes" et la conclusion préparée de façon plus évidente, mais dès le début le lecteur est emporté par un mouvement inexorable, d'une certaine froideur altière et sans concession. C'est superbe.
   
   Je ne me lasse pas de ces longues phrases métaphoriques que l'on retrouve même dans les dialogues, de cette écriture intemporelle, chatoyant reflet d'une pensée détachée des préoccupations triviales de la vie quotidienne.
   
   Le roman traverse un paysage embrumé, où les passions sont exacerbées et atteignent aux symboles mythiques - quoique moins que dans "le Rivage des Syrtes". Le héros doit accomplir son destin sans rémission possible, comme dans la tragédie classique, sans crainte des explosions que son action provoque, pour son groupe ou sa société. Tout le livre est le récit du conflit que le héros ne manque pas de provoquer au sein de son milieu, en accomplissant une aspiration présente au fond de chaque homme.
   
   "Le Rivage des Syrtes" peut être lu comme une longue méditation sur la puissance et le déclin des Etats. Comment la menace d'une guerre interrompue tacitement, sans conclure un traité de paix, entre deux Etats, peut-elle miner l'énergie et la confiance en soi de deux peuples, jusqu'à leur faire souhaiter reprendre les hostilités pour sortir de leur torpeur? Bien sûr l'audace et la prudence s'opposent, jusqu'à la mort. Le sage vieillard et le jeune impatient se retrouvent dans une commune transgression des tabous, brisant la peur et la sécurité à la fois.
   
   Dans "Un beau ténébreux" le scandale arrive par l'inquiétante association de l'amour et de la mort et ne se résout que par le traumatisme de tous les témoins du drame.

critique par Jean Prévost




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