Lecture / Ecriture
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Le détour de Gerbrand Bakker

Gerbrand Bakker
  Là haut, tout est calme
  Le détour

Gerbrand Bakker est né en 1962. Après des études de lettres à Amsterdam, il a exercé différents métiers.
"Là-haut, tout est calme", son premier roman, a été le phénomène éditorial de l’année 2006 aux Pays-Bas.

Le détour - Gerbrand Bakker

Jours de Galles
Note :

    Rien de racoleur dans ce roman d'un auteur néerlandais jamais lu. J'aime tenter ma chance ainsi avec des inconnus et avec Gerbrand Bakker, la cinquantaine, "Le détour" vaut le détour.
   
   Une universitaire hollandaise, qu'on imagine 45 ans à peu près, loue une maison paumée dans un coin perdu du Pays de Galles. Elle aussi est un peu égarée. Festival de la lose, pour emprunter une langue un peu pas de mon âge mais expressive. Elle est en rupture avec son mari, avec la communauté aussi, après une liaison scandaleuse avec un étudiant. Elle prend pas mal de comprimés. Malade? Et dans ce bout du monde elle reprend sa thèse sur la poétesse Emily Dickinson, souvent évoquée dans les blogs littéraires, moins souvent lue, dont Bakker nous gratifie de-ci de-là de quelques citations. Quelques jours de la vie galloise nous sont ainsi contés, avec les tâches banales, réparer une clôture ou mettre une bûche dans le poêle. Tout cela est écrit très simplement, très concrètement, ce qui, parfois, entre herbe et pluies d'automne, entre boulangerie là-bas au bourg et quelques visites, est d'un bel effet poétique.
   
    Qui sont-ils, ces visiteurs arrivant du sentier, alertant les oies du voisinage? Rhys Jones, un nom plus gallois tu meurs, éleveur de moutons dans le voisinage s'intéresse à elle. Mais surtout son fils Bradwen, 20 ans, garçon un peu lunaire, affligé d'un léger strabisme, qui l'aide à bricoler au jardin, guère communicatif mais attentionné. Il répertorie les chemins piétonniers pour un guide touristique, près du Mont Snowdon assez proche, point culminant de Galles, 1085 mètres, la "montagne" la plus gravie du Royaume-Uni. Complicité, tendresse, voire plus (?), s'installent doucettement entre les deux, pas mal déboussolés, lors de ce Détour, saine coupure ou vaine transition. C'est que le mari est à sa recherche, avec la bénédiction des parents de la fugitive, accompagné d'un policier clairvoyant.
   
    Mais dans "Le détour", rien de tout cela n'est vraiment important. seules comptent dans cette escapade galloise, cependant grave, le cri des oies dans l'enclos mal fermé, les traces d'un blaireau agressif, le chien tout mouillé de Rhys Jones, et le regard de Bradwen sur elle, sa propre fatigue. Depuis combien de temps ne l'a-t-on pas regardée ainsi? Et pour combien de temps encore?
    ↓

critique par Eeguab




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Un moment de pur bonheur !
Note :

   "Étrange, cette aisance avec laquelle le garçon et le chien s'accommodaient à cette  maison."
   

   Emportant quelques meubles et surtout son recueil des poèmes d'Emily Dickinson, une néerlandaise entre deux âges, loue une maison isolée au Pays de Galles. Derrière elle, elle laisse des parents figés dans leurs habitudes et un mari, d'abord furieux puis indifférent.
   
   Va-t-elle tenter de se reconstruire ou son objectif est-il simplement de trouver un apaisement? 
   
    Se tenant d'abord dans un monde clos, l'héroïne va petit à petit s'intégrer à la nature qui l'entoure. L'arrivée impromptue d'une jeune homme chargé de cartographier les sentiers pédestres de la région va briser cette solitude et réveiller en elle sentiments et sensations.
   
   Avec une grande économie de moyens, beaucoup de non-dits, Gerbrand Bakker fait évoluer son héroïne, gommant tout pathos, dans un univers qui devient de plus en plus proche de celui d'Emily Dickinson. On est bien loin ici de l'image que donne Christian Bobin de la poétesse américaine dans "La dame blanche"!
   
   Mais le plus important mérite de ne pas être révélé afin de ne pas briser le charme puissant de ce roman qu'on voudrait tout à la fois finir et faire durer le plus longtemps possible... Un univers peuplé d'oies, d'un chien de berger, d'écureuils gris, d'un blaireau effronté et de quelques personnages qu'on a l'impression de voir évoluer devant nos yeux tant ils sont réussis!
   
   Un moment de pur bonheur!
   ↓

critique par Cathulu




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A l’écart de la fureur du monde
Note :

   Une femme d’âge moyen loue une maison isolée dans le Pays de Galles. Arrivée en voiture des Pays-Bas après une traversée houleuse de la Mer du Nord, elle découvre progressivement son nouvel environnement, la dizaine d’oies dont elle a la garde, les blaireaux qui errent aux alentours. Elle fait connaissance avec les commerçants de la petite ville voisine, qui la prennent généralement pour une Allemande.
   
   Le roman narre son adaptation à son nouveau milieu, la précarité de son existence présente. Il mentionne la thèse que la femme a entamée au sujet de l’œuvre de la poétesse américaine Emily Dickinson.
   
   Un jour, un adolescent passe à côté de la maison. Une relation se noue ; l’adolescent reste.
   
   Parallèlement, peu à peu se dévoile le passé de cette femme, les tensions familiales qu’elle a pu connaître. Son mari, demeuré aux Pays-Bas, apparaît.
   
   Tout l’intérêt et le charme de ce roman résident dans le dévoilement progressif des nœuds de la vie de cette femme au travers de ses réflexions personnelles, de ses tentatives, de ses incertitudes, en même temps qu’apparaissent les timides démarches de son mari en vue de retrouver sa trace.
   
   Roman des ruptures de la vie, de la délicate cohabitation entre les générations, de la longue patience que requiert l’élaboration d’une thèse universitaire, "Le détour" embarque le lecteur dans une aventure modeste, toute en demi-teinte, où les révélations parviennent dans le désordre, au fil d’un inconscient troublé.
   
   Ce roman au rythme lent requiert une attention minutieuse pour bien se pénétrer des multiples fils qui finissent par se nouer à l’écart du bruit et de la fureur du monde.
   
   Il s’agit d’un très bel exercice de narration.

critique par Jean Prévost




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