Lecture / Ecriture
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De la terre à la lune de Jules Verne

Jules Verne
  Paris au XXe siècle
  De la terre à la lune
  Michel Strogoff
  Le tour du monde en 80 jours
  Le Château des Carpathes
  Autour de la lune
  Sens dessus dessous
  Voyage au centre de la terre
  Dès 09 ans: Une fantaisie du docteur Ox
  Vingt mille lieues sous les mers
  V comme: Les enfants du Capitaine Grant
  Ados: Michel Strogoff
  Ados: En Magellanie
  Un prêtre en 1839

Jules Verne est un écrivain français né en 1828 à Nantes et décédé en 1905.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

De la terre à la lune - Jules Verne

Une utilisation pacifique du canon
Note :

   Le Gun-Club, club distingué de marchands de canons Américains, issu de la Guerre Fédérale, se sent tout à coup inutile la paix revenue. Leur président, Barbicane a donc l'idée de créer un canon géant afin d'expédier un obus dans la lune. Mais bientôt, Michel Ardan, un Français, se propose pour partir à l'intérieur du projectile.
   
   Et c'est l'occasion pour notre auteur de présenter un catalogue presque exhaustif des connaissances de son époque sur la puissance de l'artillerie, les phases de la lune en même temps que de découvrir géographiquement les Etats Unis d'Amérique qu'on admirait alors encore pour leur esprit d'entreprise et leurs prouesses techniques. Beaucoup de chiffres, voire d'illustrations viennent agrémenter l'ouvrage. Jules Verne me fait l'effet d'un professeur aux explications claires dont on a envie de retrouver le cours.
   
   Enfin, les héros verniens ne sont pas en reste. Le héros vernien est un mélange d'homme droit, courageux à l'extrême et calme en toutes circonstances. Ainsi Barbicane :
   Impey Barbicane était un homme de quarante ans, calme, froid, austère, d'un esprit éminemment sérieux et concentré ; exact comme un chronomètre, d'un tempérament à toute épreuve, d'un caractère inébranlable ; peu chevaleresque, aventureux cependant, mais apportant des idées pratiques jusque dans ses entreprises les plus téméraires; (21-22)
   Puis plus tard la stature de Michel Ardan est "plutôt forgé[e] que fondu [e]"
   
   Il en reste une lecture d'évasion fort agréable, qui pousse à l'optimisme tant on se laisse prendre par ce style emporté et précis à la fois, même si quelques explications scientifiques, chiffres à l'appui peuvent parfois donner la migraine, surtout par exemple, lorsque que les pieds et les yards deviennent des lieues! Mais il faut heureusement compter avec l'humour et le détachement parfois, dont est empli ce livre, un trait digne de ses héros, que Jules Verne cultive ici avec bonheur.

critique par Mouton Noir




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Pépé, t’es pas sérieux.
Note :

   Je fais partie du fan club de Jules et alors que chacun s’extasie sur tout ce qu’il avait deviné de ce que seraient les progrès (par exemple ils lisent « De la terre à la lune » et admirent qu’il ait prévu Cap Kennedy), moi, c’est le contraire qui me charme : les erreurs les plus grossières m’attendrissent et m’enthousiasment. Ce que j’aime par-dessus tout chez Verne, ce sont sa poésie et son humour, qu’ils soient volontaires ou non.
   Et à ce titre, il y a de vraies perles dans ce voyage lunaire que rien ne pourra égaler.
   
   Ainsi de l’atmosphère. Quand le capitaine Nicholl vient à la réunion du Gun Club apporter la contradiction en soutenant contre les héros Barbicane et Ardan qu’il n’y a pas d’air sur la lune, on se régale. Je cite (c’est Ardan qui parle)
    « - Vous voyez donc bien, mon cher monsieur, qu’il ne faut pas se prononcer d‘une façon absolue contre l’existence d’une atmosphère à la surface de la lune; cette atmosphère est probablement peu dense, assez subtile, mais aujourd’hui la science admet généralement qu’elle existe.
   - Pas sur les montagnes, ne vous en déplaise, riposta l’inconnu, qui n’en voulait pas démordre.
   - Non, mais au fond des vallées, et ne dépassant pas en hauteur quelques centaines de pieds.
   - En tout cas, vous feriez bien de prendre vos précautions, car cet air sera terriblement raréfié.
   - Oh ! Mon brave monsieur, il y en aura toujours assez pour un homme seul… »

   J’adore cette dernière phrase. Pourtant, il l’égale presque un peu plus loin en nous expliquant : « Nous ne connaissons qu’un côté du disque de la lune, et s’il y a peu d’air sur la face qui nous regarde, il est possible qu’il y en ait beaucoup sur la face opposée. »
   Tout le charme de Verne, pour moi.
   
   Sans parler du gros déplacement des valeurs entre cette époque et la nôtre.
    Par exemple, de l’ambiance gaiement bouchère où des centaines de morts sont évoquées avec un sourire de satisfaction (comparaisons des puissances des canons au début au nombre d’hommes transpercés) ou une aimable négligence (effets secondaires de l’explosion d’envoi de la fusée dans l’espace).
   Ou encore la sorte du joyeux concours d’amputations et blessures de guerre qui fait fureur au Gun Club initiateur de ce voyage lunaire et ouvert à tous les passionnés des tirs en tous genres, mais de préférence les plus puissants possibles et qui se désolent que l’absence de guerre les prive de terrain de jeux. « Béquilles, jambes de bois, bras articulés, mains à crochets, mâchoire en caoutchouc, crâne en argent, nez en platine, rien ne manquait à la collection, et le susdit Pitcairn calcula également que, dans le Gun-Club, il n’y avait pas tout à fait un bras pour quatre personnes, et seulement deux jambes pour six. »
   
   Pour ne rien dire de l’idée de base, qui semble géniale à Nicholl, sur une de ces inspirations dont Michel Ardan a le secret, de les accompagner pour prouver que ce voyage n’est pas faisable et qu’ils y laisseront tous la vie.
   
   L’évocation détaillée des multiples risques et soins pris dans le maniement des explosifs n’est sans doute pas étrangère aux multiples accidents, parfois gravissimes qui se produisaient à cette époque-là avec l’emploi plus que dangereux de la nitroglycérine dans les travaux publics. Mais là aussi, Verne met beaucoup de bonne humeur, faisant par exemple poursuivre ceux qui fument trop près des stocks d’explosif par son héros Michel Ardan brandissant lui-même un cigare.
   Ne nous le cachons pas, Michel Ardan, représentant des Français selon Jules Verne est drôle, gai, courageux, mais ce n’est pas un intellectuel. On pourrait pratiquement même dire, le rouge au front que ce n’est pas un intelligent. Il paraît que c’est Gaspard-Félix Tournachon, je veux dire le photographe Nadar (anagramme et presque palindrome), qui servit de modèle. Il dut être flatté.
   
   En conclusion, j’aime vraiment Jules Verne et j’aime ces erreurs parce quelles nous rappellent que nous en étions là il y a 150 ans et qu’il n’est donc pas étonnant que l’humain ait tant de mal aujourd’hui à s’équilibrer dans une réalité qui a si totalement changé et si vite.
   
   PS : Quand vous tournerez la dernière page de «De la terre à la lune», vous laisserez nos trois héros pas particulièrement inquiets, mais tout de même nous le sommes pour eux, car ils se trouvent dans une fâcheuse posture : à savoir, qu’ayant raté l’alunissage, ils sont en orbite autour de la Lune et sans aucun moyen de faire quoi que ce soit pour changer cette situation. La lecture de «Autour de la lune» s’impose.

critique par Sibylline




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