Lecture / Ecriture
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Complètement cramé ! de Gilles Legardinier

Gilles Legardinier
  Demain, j'arrête !
  Complètement cramé !
  L'exil des Anges
  Ça peut pas rater
  Le premier miracle

Gilles Legardinier est un auteur et scénariste français né en 1965.

Complètement cramé ! - Gilles Legardinier

Un roman positif
Note :

   Ce roman avait tout pour me déplaire, pourtant je ne suis pas loin d’en faire un coup de cœur! Je l’ai pris au hasard et sans réelle conviction, juste avant la fermeture de la bibliothèque où j’avais fait le plein des livres qui me plaisaient. J’avais encore droit à un dernier choix: ce fut celui-là , sûrement à cause de ce beau chat sur la couverture! Je ne m’attendais pas à la surprise et au bonheur qu’il me réservait!
   
   Andrew Blake, heureux chef d’entreprise anglais, décide soudain de tout quitter et de laisser son entreprise aux mains d’une personne de confiance. Il est veuf et sa fille unique, mariée à New York, ne lui écrit plus. Ayant accepté une place de majordome en France, il débarque un jour dans une très belle propriété qui semble à l’abandon. Les habitants le déconcertent plus encore. La propriétaire qui vit recluse depuis la mort de son mari et n’ouvre même plus les lettres de son fils unique, songe à vendre son domaine par parcelles à des agents immobiliers véreux. La cuisinière, célibataire, est hostile à tous les êtres vivants sauf à son chat, Méphisto, qu’elle nourrit mieux qu’un fin connaisseur. Quant au régisseur, il vit au fond des bois et n’entre jamais dans la maison, tant il se montre bourru et en froid avec la cuisinière. Enfin Marion, le jeune femme de ménage, amoureuse de son petit ami qui l’a laissée tomber quand il a appris qu’elle était enceinte.
   
   Voilà le cadre, au début, et comme l’éditeur de ce roman dont je n’avais jamais encore entendu parler avant ma lecture, c’est le Fleuve noir, je pensais que c’était l’endroit idéal pour que des crimes y soient commis!
   
    En réalité, c’est tout le contraire et loin d’être un roman noir, c’est une histoire pleine d’optimisme et de sagesse qui nous est racontée ici. De façon même exagérée diront certains comme je l’ai pensé aussi par moments mais il faut croire que c’est juste de ce genre de roman positif dont j’ai besoin en ce moment après tout ce déluge de crimes, de séquestrations et de huis-clos des plus horribles, de mères et d’enfants en particulier, que j’ai accumulés dernièrement!
   
   Bien sûr, on peut n’y voir que les défauts: le côté gentil Oui Oui - à soi seul, avec un peu de bonne volonté, on peut refaire le monde - mais non, je n’ai pas envie de faire la fine bouche et préfère me laisser aller au plaisir des bons sentiments et des fins heureuses. J’y ai retrouvé mon plaisir d’enfant lisant "Les petites filles modèles", mon tout premier livre, cadeau de Noël, le vrai départ de mon éternel plaisir de lire, le soleil des moments difficiles. On est très loin des classiques qui m’ont occupée pendant des années? Sans doute et tant pis, ça ne m’empêchera pas d’y retourner et de les goûter encore mais là, c’est un joli moment passé en compagnie d’Andrew, l’anglais miraculeux et plein d’humour, le bon magicien distributeur de bonnes ondes.
   
   Un roman réjouissant, vivifiant, qui fait du bien? Surtout, ne pas s'en priver!
   
   Les histoires sont le meilleur moyen d'élever la vie au-dessus de la médiocrité du quotidien.
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critique par Mango




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Recoller les morceaux
Note :

   Si Amélie Poulain avait un frère, il se nommerait Andrew Blake. Il aurait la bonne soixantaine et serait directeur d’une usine de boites de conserves. Déjà tout un programme. Mais lorsque, lassé par la vie, par sa vie, il décide de se faire embaucher comme majordome dans un manoir bien français, on sent qu’il va se passer des choses. Car, outre le fait que ce veuf qui ne voit plus guère sa fille part à l’aventure dans de nouvelles fonctions, Andrew est, comme son patronyme l’indique si bien, sujet de sa brillante majesté.
   
   On ne sait rien des motivations qui le poussent à revêtir l’uniforme de domestique, majordome s’il vous plait (en réalité la maitresse de maison ne lui impose que le port d’un costume cravate dans ses attributions - on n’a pas fait la révolution pour rien tout de même!) et on n’en saura jamais rien. Tant mieux. Il est bon de laisser des zones d’ombres.
   
   Le décalage de culture que sépare simplement un bras de mer nommé justement la Manche laissait entrevoir un roman à la Peter Mayle : le regard pincé et acerbe, quelquefois ironique, d’un british pur sang sur nos habitudes et nos manies. Un zeste d’humour en plus.
   
   Car on rit plus souvent qu’à son tour dans cette chronique domestique.
   
   D’abord laissez-moi vous présenter les personnages, comme dans une bonne vieille pièce de théâtre où l’on sait qu’on va s’amuser un brin.
   
   Il y a Odile, la cuisinière, qui cache un cœur d’or sous des dehors revêches et un matou angora répondant au nom de Méphisto qui serait bien le personnage central du livre finalement.
   
   Il y a François Magnier, le régisseur, homme à tout faire dès lors qu’on se situe hors des bâtisses du château. Lui est affublé d’un chien, Youpla, qui deviendra héros de romans classiques. Sous des dehors revêches, il cache un cœur d’or. Ces deux-là s’entendent forcément comme chien et chat mais deux cœurs d’or ne peuvent s’ignorer bien longtemps.
   
   Il y a Manon, la soubrette responsable de la blanchisserie. Midinette à ses heures, elle ne rêve pourtant pas du prince charmant. Elle l’a déjà trouvé mais elle fait l’erreur de lui avouer qu’elle attend un bébé et le bel apollon s’enfuit à toutes jambes, laissant une Manon éplorée. Il va falloir la consoler et tenter d’arranger les choses.
   
   Ajouté à cela, un gamin (Legardinier parle de "petit garçon" mais l’ado surfe sur ses quatorze ans, depuis combien de temps l’auteur n’a-t-il pas croisé un ado?) un peu zonard qu’il faudra recadrer, deux agents immobiliers aux méthodes discutables qu’il faudra réfréner, une soi-disant amie de la patronne, Madame Berliner, au cœur sec et aux manières détestables cachées sous des dehors obséquieux. Il conviendra également de lui faire sentir son manque de tact.
   
   Et la patronne, Madame Beauvillier, veuve, qui vit, qui survit, dans le souvenir de son mari, les problèmes financiers que posent l’entretien d’un tel château et un penchant pour les publicités postales alléchantes.
   
   Tout ce petit monde se côtoie sans vraiment vivre ensemble. Andrew Blake va mettre de l’ordre ou plutôt du désordre dans ce monde sclérosé. Belle parabole sur nos sociétés modernes où l’on vit entassés dans des communautés urbaines sans plus se connaitre, ni se parler, cloisonnés dans une solitude déshumanisante.
   
   C’est là que le syndrome Amélie Poulain va entrer en jeu. Mais, bien entendu, tout cordonnier étant le plus mal chaussé de la ville, Andrew devra lui aussi arranger quelques petites choses dans sa propre vie.
   
   Le chapitre 59 est une formidable leçon de vie dans lequel Andrew dévoile ses motivations. Car, à trop vouloir raccommoder la vie des autres, on en oublie parfois la sienne. Gilles Legardinier avoue lui-même être un spécialiste du recollage des vases brisés (voir la rubrique "remerciements").
   Les esprits ronchons, il y en a toujours, argueront que tout cela n’est qu’un conte de fées, une bluette pour midinette en manque de chaleur humaine.
   
   Allons, ne cachons pas notre plaisir! Je suis certain que le plus grincheux d’entre vous sera quand même touché par un des personnages de cette galerie bien particulière. Sachez alors que des gens semblables, il en existe autour de vous. Il suffit d’ouvrir les yeux et de tendre la main.

critique par Walter Hartright




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