Lecture / Ecriture
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La nostalgie heureuse de Amélie Nothomb

Amélie Nothomb
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  Biographie de la faim
  Le crime du comte Neville
  Frappe-toi le cœur

Amélie Nothomb est le nom de plume de Fabienne-Claire Nothomb, écrivaine belge francophone née en 1966 à Bruxelles. Fille d'ambassadeur, elle a passé son enfance en Asie et aux Etats Unis.
Auteur prolifique, elle a écrit de nombreux romans (traditionnellement un par an).

* Interview dans la rubrique "Rencontres"

La nostalgie heureuse - Amélie Nothomb

Le Amélie nouveau est arrivé
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   Voilà enfin entamée ma rentrée littéraire, avec bonheur, sourire attendri aux lèvres et indulgence au cœur comme toujours avec le dernier ouvrage d’Amélie Nothomb. Je ne résiste pas, c’est le premier achat en librairie que je m’accorde d’emblée, sans même avoir lu les critiques à son sujet. Ce livre, je le veux tout neuf, tout beau, tout propre, immaculé, comme un nouveau pays à découvrir et je le lis d’une traite mais le plus lentement possible, car c’est encore une fois mon seul reproche : trop court, c’est toujours trop court!
   
   Cette fois, c’est d’un voyage souvenir au Japon à l’occasion d’un reportage dont il s’agit. Elle y retourne après bien des années et y retrouve entre autres les deux êtres les plus marquants de ses séjours là-bas : sa très chère nourrice, Nishio-san, sa deuxième mère, seule et âgée désormais, et c’est un passage très réussi à l’émotion intense mais comme toujours, très maîtrisée. N’empêche la larme à l’œil n’est pas loin quand elles se séparent définitivement cette fois, elles le savent bien:
   
    "Nishio-san se raidit. Elle salue poliment les gens de l’équipe qui sortent tous, me laissant seule dans l’appartement avec la femme cruciale. Alors elle devient convulsive, me prend les poignets puis m’étreint, puis me reprend les poignets. Ses yeux tragiques parlent une langue insoutenable.
   Il y a une heure, je pensais que les retrouvailles, ce devrait être interdit. A présent, je pense que les séparations devraient l’être également. Je suis en train de transgresser ces deux tabous concomitants à une heure d’intervalle. Ma seule excuse, c’est que j’en ignorais l’essence tragique.Nishio-san et moi tremblons comme des réacteurs. Elle dit qu’elle a honte, je dis que j’ai honte. Je me surprends à penser que je voudrais ne plus être ici. Il y a trop de souffrance. Je voudrais que l’arrachement soit accompli. A cinq ans, j’étais plus forte.
   Une ultime fois j’étreins la femme sacrée."

   
   L’autre belle rencontre, plus légère celle-là, pleine de crainte et d’humour, c’ est celle de Rinri, le fiancé abandonné de ses vingt ans.
   
   Après une crainte panique d’être en retard au rendez-vous, puis de ne pas le reconnaître, enfin de ne pas "être en état de rencontrer (…) le premier garçon qui m’a donné confiance en moi", les retrouvailles sont idylliques et douces. Marié, avec enfants et à la tête d’une entreprise florissante, Rinri est un homme heureux et le dîner, une réussite – indicible mais Amélie est si troublée qu’elle en perd le nom de son poète préféré.
   
    J’ai aimé aussi le portrait de sa traductrice: "l’admirable Corinne Quentin, l’interprète français-japonais la plus connue de Tokyo"... qui déborde d’enthousiasme et lui apprend le vrai sens du mot nostalgie au Japon: " l’instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l’emplit de douceur.
    A la question de savoir si la madeleine de Proust est nostalgique ou natsukashii, elle penche pour la deuxième option. Proust est un auteur nippon."

   
   J'ai aimé bien d'autres passages encore: la visite à son école, celle aux cerisiers en fleurs, le survol de l'Himalaya et toujours cet humour à ses dépens car elle ne s'aime pas, Amélie, elle voudrait être une autre.
   "C'est d'autant plus terrible que je cherche toujours à bien me conduire. Je ne suis pas quelqu'un qui se laisse aller ou qui s'en fiche."

   Mais la voici dans le taxi, à Tokyo, en route vers son rendez-vous avec Rinri:
   "Sur la banquette arrière, il transporte une Occidentale aux yeux écarquillés qui ressemble à un volatile hypertendu et cela ne l'affecte pas le moins du monde."
   
   Allons, ma rentrée ne commence pas si mal!
    ↓

critique par Mango




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Vacuité
Note :

   "Ressentir le vide est à prendre au pied de la lettre, il n'y a pas à interpréter : il s'agit, à l'aide de ses cinq sens, de faire l'expérience de la vacuité. C'est extraordinaire. En Europe, cela donnerait la veuve, la ténébreuse, l'inconsolée ; au Japon, je suis simplement la non-fiancée, la non-lumineuse, celle qui n'a pas besoin d'être consolée. Il n'y a pas d'accomplissement supérieur à celui-ci".
   
   Je n'ai lu aucun des romans d'Amélie Nothomb, par contre je ne manque pas ses récits sur le Japon qui me laissent à chaque fois ravie. Ses expériences ne sont pas ordinaires, sa manière de les raconter non plus.
   
   Comme bon nombre d'entre vous, j'ai d'abord regardé le documentaire de France-5 "Empreintes" où elle était filmée par une équipe pour son premier voyage au Japon depuis 16 ans. J'avais surtout été touchée par ses retrouvailles avec sa nourrice, Nishio-San dans un Kobé méconnaissable suite au séisme de 1995. Pourquoi un livre en plus penserez-vous? Son principal intérêt est de dévoiler les coulisses du reportage, où l'on se rend compte que l'état intérieur d'Amélie est souvent bien éloigné de ce qu'elle montre à la caméra.
   
   Elle entre davantage dans les détails sur certaines étapes du voyage, notamment Fukushima. Et il y a l'incontournable Rinri ("ni d'Eve, ni d'Adam"), dont elle appréhende la réaction, après tout elle l'a lâchement abandonné jadis.
   
   La définition japonaise de la nostalgie heureuse trouve son explication dans le récit et elle me convient bien. Un récit qui se lit très agréablement en une soirée.
   
   « Dans le véhicule qui nous reconduit à Kobé, je me garde de parler. Flaubert le dit justement : "la bêtise c'est de conclure". Il n'y a pas de mot fin à ce que j'ai vécu. »

    ↓

critique par Aifelle




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La nostalgie... nothomb
Note :

   "Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo."
   
   Chaque rentrée littéraire nous apporte un nouvel opus de notre Belge préférée: Amélie Nothomb. S'en suit une avalanche de reportages, critiques, billets, interventions de la dame dans des émissions les plus improbables et la sensation pour le lecteur, même aficionado, de ne pouvoir échapper à la folie Amélie Nothomb.
   
   J'ai donc laissé reposer un peu tout cela avant de dévorer d'une traite "La nostalgie heureuse". Je n'aime jamais autant cette auteure que quand elle se raconte sans fard, avec une lucidité qui force l'admiration et un humour toujours présent. J'avais vu le reportage sur France 5, qui avait entrainé son retour au Japon, son pays de prédilection, et j'ai découvert ici ce qui se cachait derrière les images: la rencontre avec l'ancien fiancé, Rinri et le maelström de sentiments que ce voyage a occasionné. Une plongée dans l'intimité de ce personnage hors du commun qu'est Amélie Nothomb.
   
   J'aime quand elle va au cinéma avec son bonsaï moribond, Swfit, et que la projection d'Hugo Cabret ressuscite la plante : "Martin Scorcese l'a libéré de son envoûtement de petitesse." ou quand les Carabosses tokyoïtes se moquent d'elles : "Les mémés se régalent de ma déconfiture. Elles calculent qu'à mon âge, j'en ai encore pour une trentaine d'années à être polie. Après, je pourrais péter les plombs comme elles."
   
   Voilà une auteure qui assume tous les aspects de sa riche personnalité ! Un coup de cœur!5
   ↓

critique par Cathulu




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Suite de « Ni d’Eve ni d’Adam »
Note :

   On se souvient qu’à la fin de "Ni d’Eve ni d’Adam", qui relatait un épisode de vie tokyoïte ("le retour") d’Amélie Nothomb vers 21 – 23 ans, celle-ci quittait brusquement le Japon et surtout Rinri, son fiancé, sans lui laisser ni explications ni seconde chance.
   
   Seize ans après son départ précipité de Tokyo, Amélie Nothomb, dans le cadre d’un reportage filmé du retour "au pays" de l’auteur de "Stupeurs et tremblements" par France 5, retrouve un pays qui l’a marquée à jamais – elle y est même née!
   
   Marquée dans sa prime enfance d’abord, et elle va retrouver Nishio-San, à Kobe, sa nourrice jamais revue jusque-là ; des retrouvailles prévisiblement émouvantes et plutôt tristes. Puis marquée dans sa vie de jeune femme, entre 21 et 23 ans, lorsqu’elle était revenue vivre à Tokyo (cf "Ni d’Eve ni d’Adam") et qu’elle était repartie laissant sans explications son fiancé, Rinri, qui s’est marié depuis, avec une Française, et qu’elle retrouve avec appréhension.
   
   Elle retrouve aussi une capitale, un pays, qui ont changé. Enfin on ne sait pas bien qui a le plus changé, du pays ou des perceptions d’Amélie Nothomb? Mais il y a eu le choc de Fukushima tout de même et là probablement que les impacts de changements ne sont pas encore totalement conscientisés?
   
   Quoiqu’il en soit, c’est à la fois un voyage en "Amélie Nothomb intérieure" et au pays du Soleil Levant que nous accomplissons avec ce roman. Autobiographie? Autoanalyse romancée? Un beau voyage qui nous montre encore une fois une Amélie Nothomb sensible et douée pour l’introspection.
   
   A noter que "La nostalgie heureuse" est un concept typiquement japonais :
   
   ""Natsukashii" désigne la nostalgie heureuse, répond-elle, l’instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l’emplit de douceur. Vos traits et votre voix signifiaient votre chagrin, il s’agissait donc de nostalgie triste, qui n’est pas une notion japonaise.
   A la question de savoir si la madeleine de Proust est nostalgique ou "Natsukashii", elle penche pour la deuxième option. Proust est un auteur nippon …"

critique par Tistou




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