Lecture / Ecriture
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La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

Bergsveinn Birgisson
  La lettre à Helga

La lettre à Helga - Bergsveinn Birgisson

Une vie d'amour
Note :

   Rentrée littéraire 2013
   
   
   "Si la vie est quelque part, ce doit être dans les fentes."
   
   Bjarni va passer l'été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme où vécut Helga, celle pour qui il brûla toute sa vie d'un amour impossible. Le vieil homme rédige alors une longue lettre à celle qui emplit chacun des moments de son existence et la rend ardente: "Tu as mis en moi une attirance qui ne fit que s'exacerber et qui pouvait se transformer en brasier à tout moment, sous le moindre prétexte. Si je voyais une bosse de terrain rebondie ou une meule bien ronde, leurs courbes se confondaient avec les tiennes, de sorte que ce n'était plus le monde extérieur que je percevais, mais toi seule dans toutes les manifestations de ce monde."
   
   Comment ce fermier islandais, en complète osmose avec la nature, s'est-il astreint à se priver d'un bonheur à portée de la main et à gâcher délibérément, semble-t-il, sa vie?
   
   Dans une langue charnelle, Bergsveinn Birgisson peint le portrait de cet amour par delà les années, un amour qui s'inscrit dans un paysage âpre auquel son héros prête une attention particulière car "Habitués à l'isolement, les gens des péninsules ont les sens plus développés que les autres."
   
    Un roman captivant, qui nous emporte très loin...
   
   131 pages profondément émouvantes.
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critique par Cathulu




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Raison et sentiments (islandais)
Note :

   Dans son premier roman, Birgisson nous entraîne à la découverte de l'Islande et la vie à la campagne auprès des éleveurs de moutons dans les années 40.
   
   Roman épistolaire émouvant et prenant, fin et puissant, il nous raconte une vie remplie de passion et de désir, de choix de vie voulu ou inéluctable dans une lettre confession. Une lettre unique et sacrée, celle écrite trop tard à la femme de sa vie.
   
   Bjarni, l'auteur de cette longue lettre (130 pages) est un vieil homme de 90 ans, et il vient d'enterrer sa femme.
   
   C'est l'occasion pour lui, une dernière fois, de raconter à celle qu'il a toujours aimée, Helga, ce que fut sa vie sans elle mais aussi ce qu'elle a représenté dans son existence.
   
   Contrôleur cantonal des réserves de fourrage, il a pour voisine la belle Helga dont le mari, dresseur de chevaux, est souvent absent.
   Pendant une saison qui restera à jamais dans sa mémoire, la saison de l'amour, ils vont s'aimer, avec passion et violence au risque de voir leur quotidien chamboulé à jamais.
   Pendant que sa femme devient aigrie et distante, il s'abandonne dans les bras de la belle et voluptueuse Helga.
   Quand elle lui annonce qu'elle est enceinte de lui et qu'elle veut vivre avec lui en ville, Bjarni ne peut se résoudre à quitter sa femme, sa terre, ses bêtes, à abandonner sa vie d'avant.
   Elle rompt et reste avec son mari, faisant taire les rumeurs.
   C'est de loin désormais qu'il observe Helga et sa fille, éperdu au spectacle de cette famille qui aurait pu être la sienne.
   
   Un hommage vibrant est rendu ici à la terre transmise de génération en génération, à la nature sauvage, au climat dur dans ces contrées. Il reste l'éleveur de moutons passionné par son travail et par le devoir accompli, l'amoureux des livres et des poètes qui illuminent son récit, l'éternel malheureux de l'absence de sa Belle. Barjni n'aura jamais le courage de partir pour elle.
   
   Tout au long de sa lettre, émouvante mais aussi drôle, nous assistons à la force de cet amour qui a traversé le temps, toute une vie, sans être vécu pleinement ou peut être parce qu'il n'a pas été vécu pleinement.
   
   Ce roman intense, interroge sur la passion charnelle, et des choix faits dans une vie et surtout de leurs conséquences.
   
   Bjarni a tout simplement été trop lâche, il aurait pu aimer sa belle, ailleurs, mais sans doute l'aurait-il moins aimée.
   
   Une véritable pépite littéraire islandaise!
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critique par Marie de La page déchirée




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Amours rurales
Note :

   J’ai été amenée à lire ce livre, dont je n’avais jamais entendu parler, car une gentille amie me l’a prêté en me disant que c’était très bien. Intriguée, et comme je n’avais plus d’autres lectures en cours, je me suis donc un peu jetée dessus …
   
   "La lettre à Helga" est un roman islandais qui faisait partie de la rentrée littéraire 2013, publié en France chez Zulma, et qui a eu un succès énorme dans les pays scandinaves.
   
    Ce livre se présente sous la forme d’une lettre et son héros est le rédacteur de cette lettre : Bjarni Gislason, un très vieux monsieur, agriculteur de son état, qui s’adresse à son ancienne amante, Helga, dont il avait dû se séparer parce qu’il n’avait pas accepté de la suivre en ville, étant profondément attaché et enraciné à sa terre et à sa région. Malgré tout, le souvenir et le désir d’Helga ont continué à le hanter pendant toutes ces décennies, et il veut lui raconter sa vie passée sans elle, ses problèmes avec sa femme, le contact qu’il a toujours entretenu avec la nature.
   
   J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce roman, moi qui suis citadine et que la vie à la campagne ne passionne pas a priori. Ceci dit, au bout de deux ou trois chapitres, je me suis finalement attachée aux personnages, et particulièrement au héros, que son caractère entier, sincère, et épris de choses simples m’a rendu sympathique.
   
    Il y a maintes fois des éloges de la nature et de la vie à la campagne – opposée à la ville où on mènerait une vie "vide de sens" – qui m’ont paru être une philosophie de la vie assez scandinave (ou en tout cas nordique) mais qui sont développés d’une manière originale et même convaincante.
   
    L’histoire d’amour elle-même, qui se présente au début comme une attraction purement sensuelle, finit par devenir un sentiment beaucoup plus subtil et profond, et se révèle touchant pour le lecteur.
   
   Bref, un beau livre !
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critique par Etcetera




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Une forme de roman épistolaire
Note :

   Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de se plonger dans le quotidien rural de l’Islande. Bergsveinn Birgisson nous en offre l’occasion avec cette "lettre à Helga". Une lettre, longue lettre, écrite par Bjarni, au soir de sa vie, à Helga, celle qu’il a toujours aimée bien que n’étant pas son mari.
   
   Bjarni revient sur leur histoire. Cette lettre est un long plaidoyer pro domo pour tenter de se justifier auprès d’Helga. C’est qu’il y a eu occasion, possibilité, de donner un tournant commun à leurs vies pour qu’elles se rejoignent, se confondent. Il y avait un tournant qu’ils auraient pu prendre ensemble mais Bjarni est allé tout droit. Il est resté sur les rails de son mariage et leur destin a divergé.
   Pour autant Bjarni n’a jamais oublié Helga et cette lettre en est une preuve magnifique.
   
   Le contexte de ces deux vies est le milieu le plus rural d’une Islande profonde. Où l’on élève des moutons pour survivre du moins mal possible. L’essentiel se déroule sur l’après-guerre, lorsque Bjarni et Helga sont encore jeunes - disons en état de procréer - même s’il est raconté beaucoup plus tard puisque Bjarni est nonagénaire au moment de l’écriture de la lettre.
   
   Bjarni et Helga ont été amants un court espace de temps. Suffisamment néanmoins pour qu’Helga conçoive une fille, de toute évidence fille de Bjarni. Mais voilà, Bjarni était – mal – marié. Mais marié néanmoins. Et Helga encore plus mal mariée. Et Bjarni va refuser de quitter sa femme pour partir avec Helga et sa future fille. Il vivra la jeunesse de celle-ci sans pouvoir réellement communiquer avec elle, observant de loin Helga et sa fille, se consumant dans le regret.
   
   C’est poignant tout ceci et décrit fort bien en quoi les "liens" du mariage peuvent s’avérer au sens propres de véritables liens, au sens carcéral du terme.
   
   De beaux aperçus sur la vie rude des éleveurs de nulle part en Islande dans la seconde moitié du XXème siècle et sur une nature islandaise qui nous est largement étrangère. La nature, oui. Le dilemme qui traverse Bjarni et Helga, non. Il se connait partout. Et Bergsveinn Birgisson en parle très bien.
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critique par Tistou




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Refus de la vie moderne
Note :

    "On pourrait à la rigueur accepter de vivre en ville, si l'on n'y devenait pas tellement ennuyeux à force d'y habiter. Même les canards de l'Étang, qui voient tout leur tomber cuit dans le bec, perdent leur éclat et leur caractère."
   

   Cet extrait, d'un élan sincère, mille fois vrai et autant contestable, reflète le vieillard islandais qui écrit une lettre à l'amour de sa vie, Helga, "maintenant que la coupe est vide et que la partie s'achève". Il y dit crûment les espoirs qui le portèrent, ses joies, ses regrets, comment Unnur son épouse devint revêche des suites d'une opération qui la rendit stérile, tout lui revient de ces années rudes dans la campagne islandaise, de manière très authentique. Il écrit l'attachement à sa terre, au travail rural dans les années qui virent l'Islande de Reykjavík évoluer au rythme des mutations rapides du vingtième siècle : un choix décisif advint lorsque sa maîtresse Helga enceinte l'invita à quitter tout pour la capitale.
   
    Le narrateur de Bergsveinn Birgisson affiche ce perpétuel refus de la vie moderne qui nous place face à nos propres dérives contemporaines. Car là-bas, avant, les fermiers pensaient par eux-mêmes, n'épousaient pas "cette pensée existentielle venue du sud, selon laquelle la vie serait dérisoire comme le sort d'un homme obligé de hisser une lourde pierre au sommet d'une montagne pour la voir dégringoler et recommencer à la coltiner". Camus puis Sartre blâmés par le vieillard prosaïque : "ce philosophe passait ses journées dans les cafés de la grande ville, le menu sous le nez", à distance des froides collines nordiques balayées par des vents sauvages et des moutons soignés dans des bains d'urine fermentée.
   
    Cette courte fiction épistolaire (125 pages) est considérée par des critiques comme un joyau. Je l'avais écoutée en version audio (Audiolib) en janvier 2015 – je me rappelle la voix de Rufus prononcer âprement les noms islandais, comme des rochers d'îles – et je me promettais de la redécouvrir avec les yeux. Elle est toujours aussi prenante.

critique par Christw




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