Lecture / Ecriture
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Madame Hemingway de Paula McLain

Paula McLain
  Madame Hemingway

Madame Hemingway - Paula McLain

Le regard de l'épouse
Note :

   "Je pouvais comprendre que le fait de traîner toute la journée dans les cafés n'était pas du travail mais, tout de même, je me demandais si tous étaient aussi sérieux, aussi inflexibles qu'Ernest avec son art. J'imaginais qu'il y a avait des tas d'autres écrivains qui travaillaient chez eux et supportaient qu'on leur parle au petit-déjeuner par exemple. Qui parvenaient à dormir la nuit sans se mettre à gamberger, faire les cent pas ou griffonner sur un calepin à la lueur d'une unique chandelle, fumante et vacillante. La compagnie d'Ernest me manquait tout au long de la journée, mais apparemment, moi, je ne lui manquais pas, pas tant qu'il avait du travail".
   

   Ce livre est un roman, où l'auteur donne la parole à Hadley Richardson, première femme d'Ernest Hemingway. Il relate essentiellement la vie du couple à Paris, dans les années vingt, la ville où il fallait être à l'époque lorsqu'on voulait écrire.
   
   Hadley et Ernest se sont rencontrés chez une amie commune à Chicago et sont tombés rapidement amoureux l'un de l'autre. Hadley a 28 ans, joue joliment du piano, et sort d'une période douloureuse, consacrée à assister sa mère jusqu'à son décès. Ernest revient de la Grande Guerre où il a été blessé, il a vingt ans et déjà l'ambition de devenir écrivain. Ils ont en commun tous les deux de mauvaises relations avec leur famille, Hadley accepte donc de l'épouser et de le suivre sans regret à Paris où il espère écrire et se faire connaître.
   
   Ils n'ont pas d'argent et commencent par louer un petit appartement triste et sombre. Hadley se retrouve assez seule, Ernest ayant décidé de s'isoler dans une mansarde un peu plus loin, ne pouvant écrire que dans la solitude totale. Dans ces années là, les artistes en tout genre se retrouvent à Montparnasse, le couple va faire connaissance peu à peu avec des compatriotes, à commencer par Gertrude Stein et sa compagne, Alice Toklas. Gertrude et Ernest vont devenir de très grands amis et discuter à n'en plus finir. Hadley se sent souvent à l'écart. Entourée d'artistes, elle n'en est pas une elle-même. Elle est pourtant convaincue que sa présence chaleureuse et constante aide beaucoup Ernest. Et quand ça ne va pas, l'alcool est là, il coule à flots partout, ils sont tous souvent ivres. Le choc de la Grande Guerre est passé par là et ils veulent vivre à fond. La vie intellectuelle bouillonne, Ezra Pound est là, James Joyce, le couple Fitzgerald, plus tard Dos Passos et bien d'autres encore.
   
   Je ne vais pas vous raconter toutes les péripéties du roman, elles sont nombreuses. A travers Hadley, on découvre la passion d'Hemingway pour la tauromachie, ses débuts d'écrivain, son acharnement à se faire connaître, les hauts et les bas de leur relation, les voyages à travers l'Europe pour aller skier ; les débuts de l'engouement pour la Côte d'Azur aussi, avec un Antibes de rêve, totalement inconnu.
   
   La vie commune du couple a duré six ans, la dégradation arrive insidieusement. Il n'y a plus seulement les artistes à Paris, mais les touristes arrivent, attirés par les célébrités qui y vivent, l'ambiance a changé, est devenue plus âpre et plus dure. Hemingway est injuste et souvent cruel avec son entourage, il perd des amis. Hadley doit composer avec ses humeurs et ses coups de tête. Elle a un enfant, ce qui détourne d'eux un certain nombre de relations, c'est assez mal vu dans ce milieu là. Et puis, les jolies femmes ne manquent pas, plus en forme et plus jeunes qu'elle. Le couple bourgeois est le modèle à rejeter, il est au contraire jugé normal de tenter toutes les expériences, la drogue s'est ajoutée à l'alcool, les tromperies se multiplient. Hadley finira par partir, après avoir accepté trop d'humiliations et de trahisons.
   
   Le parti-pris de faire parler Hadley à la première personne se révèle passionnant. L'histoire, tout en étant très romanesque, est solidement documentée. J'ai suivi avec autant de plaisir la relation Hadley-Ernest que le foisonnement de la vie parisienne, où défilent quantité de noms devenus célèbres. Hadley est très attachante et si Ernest apparaît souvent comme invivable, nous savons maintenant qu'il était atteint d'une maladie génétique qui provoque des troubles physiques et mentaux, ce qui peut expliquer bien des comportements.
   
   Une lecture aisée et agréable, qui nous fait voir de près la difficulté de vivre auprès de talents hors normes! Il me paraît maintenant indispensable de lire "Paris est une fête" d'Ernest Hemingway.
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critique par Aifelle




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Premier mariage
Note :

    Présentation de l'éditeur:
    "Chicago, octobre 1920. Hadley Richardson a 28 ans et débarque du Missouri lorsqu’elle fait la connaissance d’un jeune homme de 20 ans, revenu blessé de la Grande Guerre, Ernest Hemingway. Après un mariage éclair, ils embarquent pour la France et se retrouvent à Paris au cœur d’une "génération perdue" d’écrivains anglo-saxons expatriés – Gertrud Stein, Ezra Pound, James Joyce, Scott Fitzgerald… Rive gauche, entre l’alcool et la cocaïne, la guerre des ego, les couples qui se font et se défont et la beauté des femmes, Ernest travaille à son premier roman : Le soleil se lève aussi, qui lui apportera consécration et argent. Mais à quel prix? Hadley saura-t-elle répondre aux exigences et aux excès de son écrivain de mari? Pourra-t-elle rester sa muse, sa complice, son épouse?"
   
   J’ai eu beau essayer de guérir de Paris, il m’a bien fallu admettre un jour qu’on ne s’en remet pas. En partie à cause de la guerre.
   Hadley Richardson et Ernest Hemingway se rencontrent chez des amis à Chicago et après quelques échanges de lettres, ils se marient et s’installent à Paris, du côté de Montparnasse, au milieu des artistes de l’époque. Peintres, écrivains, poètes et jazzmen affluent d’un peu partout.
   C’est elle qui raconte leur vie au moment où Hemingway écrit son premier roman: Le soleil se lève aussi. L'auteur, Paula McLain, est reconnue pour s'être appuyée sur de solides recherches concernant leur situation à cette période de l'entre deux guerres.
   Bien que de tempéraments opposés, ils ont en commun le même genre de mère possessive et étouffante et leurs pères très aimés mais dépressifs se sont tous deux suicidés. Très bonne pianiste, elle a cependant tendance à se dévaloriser. Quant à lui, il montre de plus en plus nettement une tendance à la bipolarité, alternant les accès de désespoir et les moments de grand enthousiasme et d’activité effrénée.
   
   Les principaux épisodes:
   - L'amitié puis la dispute avec Gertrude Stein qui prône la concision du style: ne garder que l'essentiel est son credo. 
   - Les livres prêtés par Sylvia Beach dans la célèbre librairie Shakespeare et Company: Tourgueniev, Ovide, Homère, Catulle, Dante, Flaubert et Stendhal, T.S. Eliot, James Joyce.  
   - Leur traversée à pied du col du Grand-Saint-Bernard pour passer en Italie revoir l'endroit où il a été blessé - les nausées et les cauchemars permanents de l'écrivain, conséquences de la guerre.
   "Rien n'était pareil. Les abris et les tranchées creusées avaient disparu. Ernest retrouva la pente où il avait été blessé, mais elle était verdoyante, intacte, jolie comme tout. Rien n'avait l'air vrai. Ernest détesta le printemps."
   - L'incident terriblement traumatisant de la perte par Hadley, à la gare, de la valise contenant tous les papiers préparatifs des écrits d'Hemingway puis l'annonce de la venue d'un bébé qui trouble tout autant le jeune mari. Tous les ennuis s'accumulent brusquement: le manque d'argent, l'alcool, les disputes, les crises de jalousie jusqu'à l'arrivée de l'enfant, puis le déménagement, certains amis comme Ezra Pound qui, ne voulant pas supporter les cris d' un bébé, s'éloignent d'eux. Ernest qui pour avoir un peu de calme passe ses journées à écrire à La closerie des Lilas.
    - Les premiers succès, les premiers séjours sur la Riviera, Antibes, les belles villas, les amis riches et célèbres, les chalets suisses l'hiver, les corridas espagnoles, Cayetano Ordonez, le matador qui servit de modèle pour Le soleil se lève aussi, les premières trahisons également. 
   Le divorce enfin, si douloureux, pour épouser sa meilleure amie.
   - Le succès et, après trente ans de silence, le dernier coup de téléphone, en 1961, pour un dernier adieu avant le suicide d'un coup de fusil, ainsi qu'avaient fait leurs pères.
   
   J'ai lu ce livre comme on prend connaissance des secrets de la vie d'amis très chers dont on n'avait plus de nouvelles depuis longtemps. J'ai beaucoup lu Hemingway et sur Hemingway, sur Scott et Zelda Fitzgerald aussi. C'est pourquoi c'est avec une certaine forme de mélancolie et de tristesse que je referme ce livre, intéressant, bien documenté et bien écrit. Malgré leurs succès littéraires, le constat est celui d'un échec, de vies survoltées et finalement solitaires et malheureuses qui sombrent dans l'alcool, le suicide, la folie, les excès en tous genres. Aucun de leurs défauts n'est caché, au contraire. Les personnages ne me semblent pas particulièrement attachants mais leurs vies me passionnent pourtant. Il me reste à lire maintenant le livre d'Hemingway qui évoque le mieux ces années folles: Paris est une fête.
   
   
    Hemingway et sa première épouse sont restés mariés six ans et ont eu un fils. Elle se remaria ensuite avec un journaliste américain rencontré à Paris. Sa meilleure amie, Kate, épousa quelques années plus tard John Dos Passos. Ernest Hemingway se maria quatre fois.

critique par Mango




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