Lecture / Ecriture
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Le temps des prodiges de Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld
  La Chambre de Mariana
  Floraison sauvage
  Et la fureur ne s'est pas encore tue
  Le garçon qui voulait dormir
  Histoire d’une vie
  Le temps des prodiges
  Les eaux tumultueuses
  L'amour soudain
  Badenheim 1939
  Dès 09 ans: Adam et Thomas
  Les partisans
  Des jours d'une stupéfiante clarté

Aharon Appelfeld, (אהרן אפלפלד) est un écrivain israélien, né en 1932 à Jadova (Roumanie), ayant subi La Shoah dans son enfance et installé en Israël. Il est mort en 2018.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le temps des prodiges - Aharon Appelfeld

« Les jours passaient en empirant. »
Note :

   C’est le premier livre d’Aharon Appelfeld que je lis et que je n’apprécie pas vraiment. Il a été publié pour la première fois en 1978, je vois que ceux que j’ai déjà lus et aimés davantage, sont plus récents. Je ne sais pas si je dois en conclure que je préfère le A. Appelfeld actuel à celui qu’il fut auparavant. Des lectures supplémentaires seront nécessaires pour que je sois fixée à ce sujet, en attendant, je vais vous parler de celui-ci .
   
   Documenté encore au fonds de sa mémoire, ce roman est une variation sur ce qui s’est passé ou aurait pu se passer pour lui, mais ce n’est pas une autobiographie, les différences étant trop importantes. Il se divise en deux parties : la première, qui en occupe des deux tiers, est racontée par un petit garçon qui grandit peu à peu au cours du récit, fils unique entre ses deux parents, dans une Autriche en proie à une montée aussi hystérique que communément répandue, de l’antisémitisme. Les mesures de ségrégations, les brimades et humiliations se multiplient et s’aggravent. L’enfant les voit, les subit, les raconte, ne les commente pas. Il n’est pas capable d’en prendre la mesure, d’en saisir le sens, de voir l’avenir qu’elles désignent. Le lecteur, oui. Ses parents font mine de ne pas les trouver importantes, en partie pour l’épargner, pour s’épargner eux-mêmes. Ce sont des gens aisés qui ont toujours eu pignon sur rue. Le père est un écrivain a succès. Son orgueil est d’être "un écrivain autrichien". Mais peu à peu, on ne lui accorde plus ce qualificatif dans les journaux et, lui qui ne s’est jamais soucié de religion, devient "l’écrivain juif" et l’on reproche peu à peu à ses romans qui plaisaient tant jusqu’alors, les défauts que les antisémites prêtent aux Juifs. Créateur fragile (pléonasme) il se laisse déstabiliser et voit sa carrière brisée autant de l’intérieur que de l’extérieur, car il intègre complètement tant les critiques que l’on porte contre son art que contre les Juifs.
   
   La mère, bourgeoise, se consacre de plus en plus, au fur et à mesure de la montée du nazisme en ces années de misère, à ses bonnes œuvres et à son dévouement à son mari. Lui-même est un époux et un père négligent, qui s’intéresse peu à sa famille, consacrant toutes ses pensées à sa carrière littéraire. Loin de se rebeller contre les antisémites dont il est victime, il tourne sa haine contre les Juifs pauvres, de l’Est, qui "présentent mal" et les petits commerçants, qui sont, selon lui, responsables de ce qu’on n’aime pas les Juifs. A. Appelfeld montre particulièrement bien cette aberration de la pensée qui dirige un être qui espère échapper à son prédateur en tentant de se joindre à lui. Cela se termine quand les Juifs sont raflés du ghetto.
   
   Dans le dernier tiers, des années se sont écoulées et un écrivain juif revient tenter de retrouver ses marques sur les lieux du drame.
   
   Ce que je n’ai pas aimé dans ce livre, c’est le mode de narration. On dirait que l’auteur a opté pour le "récit flou", tout est raconté de façon peu claire. Dès le début, le récit est trop elliptique pour moi qui aime bien être sûre de ce que je comprends. L’auteur a sans doute voulu traduire la situation nébuleuse aux yeux du garçonnet qui en est encore, au début, à mettre sur le même plan imaginations et faits réels. Tout du long, il m’est arrivé de ne pas bien visualiser les scènes décrites, même en les relisant. Dans la seconde partie, le récit est fait par un adulte, mais c’est un adulte en errance, et qui boit beaucoup… on n’y gagne pas en clarté. Mon goût me porte au contraire vers les textes clairs et net, l’écriture "au scalpel" qui cerne au millimètre ce qu’elle évoque et donc… non. Je n’ai pas apprécié, même si l’histoire conserve la puissance de celles que nous raconte A. Appelfeld sur cette tentaculaire montée du nazisme qu’on nous présente aujourd’hui comme le fait d’une poignée, alors qu’on le voit ici imbiber par le bas et jusqu’au sommet, des couches entières de population trop heureuse d’avoir un bouc émissaire sur lequel se défouler impitoyablement et duquel se sentir supérieure. Même si l’analyse psychologique des réactions des Juifs eux-mêmes (à commencer par le père), est remarquable.
   
   
   Les trains ont une grande importance dans ce roman : Moyen de transport mais qui se laisse deviner moyen de coercition dès les premières pages, n’est-on pas tous prisonniers dans un train qui vous mène où il le veut. Luxe des Juifs servis dans les wagons de première classe, mais à l’occasion d’un incident, on voit le serveur prêt à se muer en garde-chiourme. A la lumière de ce qu’il advint plus tard, le lecteur saisit parfaitement l’avertissement et frémit.
   Trains des vacances, trains des rencontres familiales, trains de la fuite, convois vers les camps, trains du retour… mais je laisse d’autres mener cette étude ou mon commentaire prendra des pages…

critique par Sibylline




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