Lecture / Ecriture
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Histoire d’une vie de Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld
  La Chambre de Mariana
  Floraison sauvage
  Et la fureur ne s'est pas encore tue
  Le garçon qui voulait dormir
  Histoire d’une vie
  Le temps des prodiges
  Les eaux tumultueuses
  L'amour soudain
  Badenheim 1939
  Dès 09 ans: Adam et Thomas
  Les partisans
  Des jours d'une stupéfiante clarté

Aharon Appelfeld, (אהרן אפלפלד) est un écrivain israélien, né en 1932 à Jadova (Roumanie), ayant subi La Shoah dans son enfance et installé en Israël. Il est mort en 2018.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Histoire d’une vie - Aharon Appelfeld

Indispensable pour lire Appelfeld
Note :

   Dans "histoire d’une vie", Aharon Appelfeld entreprend de raconter la jeunesse extraordinaire qui fut la sienne. Entendons-nous, pas "extraordinaire" dans le sens de "merveilleuse", bien au contraire, "extraordinaire" dans le sens de "hors de l’ordinaire". Au sujet de son enfance traumatisée, il déclare "J’ai dit "je ne me souviens pas" et pourtant je me souviens de milliers de détails" Ce sont ces détails, ces "extraits", ces éclats de mémoire qu’il nous livre ici. Nous y retrouverons la matière de ce qui a constitué depuis son œuvre littéraire
   
   A. Appelfeld est né en 1932, dans une famille aisée d’origine juive, mais ses parents étaient athées. Les griffes de l’intolérance religieuse allait bientôt le leur interdire. Il est né en Bucovine alors roumaine, mais la langue familiale était l’allemand.
   
   Ses premiers souvenirs remontent à ses quatre ans, ils sont faits de grands-parents et de campagne, d’une enfance choyée dans une famille aimante et attentive. Il y a des oncles, riches, épicuriens, et des servantes plus ou moins jolies et dévouées, que nous retrouverons dans ses romans sous d’autres noms. Mais ce monde s’écroule bientôt inexorablement, par pans, comme un château de sable gagné par la marée et des pages très dures vont succéder aux souvenirs ensoleillés. Aharon n’a que sept ans quand il est "raflé". De scolarité, il n’a fait que le cours préparatoire. C’est inculte et quasi mutique, que cet actuel grand écrivain arrivera en Israël, miraculeusement rescapé, sept ans plus tard. La famille est d’abord séquestrée dans le ghetto, puis ils seront tous déportés vers les camps. Parenthèse : quand Appelefld parle du ghetto, on se rend compte combien Hilsenrath a bien su l’évoquer ; sur le mode fictionnel, certes, mais on voit qu’ils parlent bien de la même chose. Aucun des deux ne cède à la complaisance. Fin de la parenthèse.
   
   Les souvenirs se font un peu plus nombreux. Nous connaitrons les modalités de la déportation, de la disparition des parents, les façons dont des populations non juives se sont soudain transformées en des peuples de bourreaux totalement impitoyables. "Les gendarmes ukrainiens faisaient claquer leur fouet", "Nous pataugions depuis des jours sur des routes boueuses, longue colonne encadrée par des soldats roumains et ukrainiens qui nous frappent avec leur matraque et nous tirent dessus." Plus tard, en Ukraine, quand des Juifs parviennent à s’enfuir, adultes ou enfants, les paysans les chassent comme du gibier et les abattent ou les ramènent au cap, ce qui revient au même. Comment peut-on vivre ensuite? Avec quelle vision de l’humanité?
   
   Et justement, Aharon arrivera à s’enfuir et, pendant deux ans, à vivre dans les forêts et parfois auprès de paysans isolés à qui il parviendra à faire croire qu’il est un orphelin allemand dont les parents sont morts sous un bombardement. Ce qui leur permettra de l’exploiter de leur mieux. Il y aura parmi eux une "fille facile" bipolaire qui inspirera "La chambre de Mariana". A. Appelfeld a 10 ans.
   
   La guerre se termine. Les enfants rescapés sont dirigés vers l’Italie convoyés (encore!) par des soldats roumains. Convoyés, mais pas protégés et le cauchemar continue jusqu’à l’arrivée à Naples. "Les trafiquants et les pervers étaient tapis dans les moindres recoins" (voir fiche sur "Le garçon qui voulait dormir") . Ce sera ensuite Israël et la reconstruction difficile car elle exige de tourner le dos aux racines, de changer de langue, pour parvenir à rebâtir un homme, et même un grand écrivain, sur les ruines de cette enfance ensanglantée. Chapeau, Monsieur Appelfeld.
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critique par Sibylline




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A lire
Note :

   Voici le roman d’apprentissage de l’écrivain israélien décédé en janvier 2018 ; sa prime enfance en Bucovine, territoire roumain à l’époque, ukrainien par la suite ; les souvenirs de ses parents, de ses grands parents, et des langues dans lesquelles il fut élevé (l’allemand qu’il parlait avec sa mère, le yiddish de ses grands parents), sa première année d’école, puis la guerre, la séparation d’avec la mère ( tuée dans les premiers mois du conflit), le ghetto, la disparition de son père, le camp de déportés dont il s’échappe, la vie dans les forêts d’Ukraine, il se cache et travaille plusieurs mois par-ci par-là au service de personnes marginales vivant dans des conditions précaires ; enfin la rencontre d’autres enfants réfugiés et le départ clandestin pour la Palestine, la vie en Israël, les études, ses apprentissages d’écritures, ses déboires entre plusieurs langues ( l’allemand, le yiddish, l’hébreu qu’il apprend avec peine…) ses relations avec ses mentors, vivants et morts : les écrivains Agnon, Gershom Sholem, Kafka, Schulz, et les russes.
   
   Les souvenirs de son enfance perturbée sont livrés par bribes (il explique comment il a réussi à en écrire petit à petit mais pas sous la forme d’une narration…) ;
   "Plus de cinquante ans ont passé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le cœur a beaucoup oublié principalement des lieux des dates, des noms de gens, et pourtant je ressens ces jours là dans tout mon corps. Chaque fois qu’il pleut, chaque fois qu’il fait froid, , où que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, où dans les forêts qui m’ont abrité longtemps. La mémoire s’avère –t-il a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l’odeur de la paille pourrie ou dur cri d’un oiseau pour me transporter loin et à l’intérieur.
   Je dis à l’intérieur, bien que je n’ai pas encore trouvé de mots pour ces violentes taches de mémoire. Au fil des années j’ai tenté plus d’une fois de toucher les châlits du camp et de goûter la soupe claire qu’on y distribuait. Tout ce qui ressortait de cet effort était un magma de mots ou plus précisément des mots inexacts, des rythmes faussés, des images faibles ou exagérées. Une épreuve profonde ai-je appris peut être faussée facilement."
   

   C’est un récit passionnant dans sa première partie, lorsque l’auteur retrouve des moments de son enfance tragique et aventureuse. Sa formation d’écrivain, m’intéresse aussi, notamment ses problèmes avec les langues : celle qu’il veut repousser et qui insiste ( l’allemand) celle qu’il apprend avec peine, l’hébreu, et j’ai aimé un peu moins ses relations avec les mentors mentionnés plus haut ; cet aspect est plus conventionnel. Pourtant, c’est un récit essentiel, à lire et relire…

critique par Jehanne




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