Lecture / Ecriture
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Le garçon qui voulait dormir de Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld
  La Chambre de Mariana
  Floraison sauvage
  Et la fureur ne s'est pas encore tue
  Le garçon qui voulait dormir
  Histoire d’une vie
  Le temps des prodiges
  Les eaux tumultueuses
  L'amour soudain
  Badenheim 1939
  Dès 09 ans: Adam et Thomas
  Les partisans
  Des jours d'une stupéfiante clarté

Aharon Appelfeld, (אהרן אפלפלד) est un écrivain israélien, né en 1932 à Jadova (Roumanie), ayant subi La Shoah dans son enfance et installé en Israël. Il est mort en 2018.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le garçon qui voulait dormir - Aharon Appelfeld

Les enfants, après la Shoah
Note :

   Ce livre est l’histoire d’Erwin, adolescent rescapé des camps qui revint d’Ukraine à Israël, principalement porté par ses compagnons d’infortune. Le "garçon du sommeil" est en effet constamment la proie d’un sommeil profond dont rien ne semble pouvoir le sortir. Il ne marche pas, ne se nourrit pas en dehors du pain qu’on lui fourre dans la bouche, se traine juste un peu quand la soif le torture trop. Il ne fait que dormir et nul ne peut le réveiller durablement. Il aurait pu mourir le long de la route, mais les autres, voyant qu’il n’était pas blessé, ont décidé de le porter et il est arrivé ainsi jusqu’à Naples, là, sur la plage où les réfugiés s’entassent en attendant un bateau, il commence peu à peu à se réveiller.
   
   Au camp, la vie reprend ses droits. Chacun ici ayant tout perdu et subi de lourds traumatismes, les trafics se développent. Erwin dort la plupart du temps, quel que soit l’endroit où il se trouve.
   
   Toute l’histoire d’Erwin a des liens forts avec celle de l’auteur à partir de ce moment, mais on ne peut pas dire qu’elle soit autobiographique en raison de l’importance des différences qui existent entre sa vie et celle de son héros. On peut toutefois parfaitement mesurer à quel point le vécu de l’une a documenté le récit de l’autre. Ainsi, a-t-il fait ce voyage d’Ukraine à Naples. Mais lui ne dormait pas. Il parle dans "Histoire d’une vie", de "La longue route de toutes les tortures" De la part d’un enfant qui venait de survivre à la Shoah, ce n’est pas peu dire."Des gens mauvais, violents et corrompus nous ont agressés tout le long de notre route." Ce fut cela le retour des enfants rescapés, de quoi alimenter une autre histoire et c’est sans doute pour cette raison qu’A. Appelfeld a préféré transporter un héros endormi pour ne commencer son récit qu’à la fin du voyage. Il aurait pu transporter un blessé, mais cet endormissement correspond aussi à ce que l’auteur a éprouvé à ce moment-là de sa vie "Durant ces années-là, une partie de mon être était en effet endormie" confie-t-il dans "Histoire d’une vie". une forme d’auto-anesthésie.
   
   A Naples, des hommes regroupent les adolescents et les prennent sous leur protection contre pédophiles et trafiquants, mais pour le bénéfice de l’organisation sioniste Alyat Hanoar qui veut former de jeunes Juifs sains et forts pour alimenter ses implantations et son armée. L’entrainement commence à Naples et se poursuivra en Israël. Ces hommes sont dévoués, mais l’école est rude. Ici Efraïm ("Un homme droit qui souhaitait nous inscrire dans une existence ayant du sens") a visiblement été inspiré de personnes que l’auteur a lui-même rencontrées à ce stade de sa propre histoire. Efraïm éduque les jeunes dont Erwin fait partie.
   "Efraïm nous annonça que nous allions devenir les pionniers de notre propre camp, nous serions dévoués à la communauté, contrairement aux réfugiés qui ne s’inquiétaient que d’eux-mêmes."

    Il lui reconnait le droit de dormir quand le besoin s’en fait sentir, ce qui arrive encore, mais il impose l’hébreu et réfrène l’usage des langues maternelles comme du yiddish, ce qui est très dur pour les jeunes et Erwin en particulier. Ce livre expose en détail les problèmes de langue qui se sont posés au héros : la perte de la langue maternelle (il a cessé toute étude au primaire, elle n’était pas encore tout à fait construite en lui), mais c’était la langue de ses parents dont il doit faire son deuil. Rejeter cette langue, c’est un peu les trahir, c’est du moins ce qu’Erwin éprouve et toutes les nuits, ils reviennent dans ses rêves lui parler allemand. Il veut conserver ces racines européennes, mais il s’efforce également d’assimiler l’hébreu qui est une langue difficile, dont la sonorité lui déplait et qu’il aime peu. Il s’y efforce d’autant plus qu’il découvre la littérature et décide bientôt de devenir écrivain.
   
   En attendant, il suit les cours de l’école agricole (comme l’auteur), mais les implantations subissent des attaques et il sera grièvement blessé dès sa première sortie au feu.
   
   C’est un livre dont il est difficile de parler en si peu de lignes tant il est riche. Il faut noter que l’histoire est captivante, ce qui vous assurera une lecture soutenue et jamais fastidieuse d’un bout à l’autre, que les liens avec la vie réelle de l’auteur sont étroits et profonds, que la réflexion sur le rapport à la langue est bien menée, complexe, approfondie. C’est un thème qui est cher à l’auteur et qui particulièrement bien traité ici. Un livre dont j’ai trouvé le moyen de vous parler en en citant un autre… Vous aurez compris que vous voudrez lire les deux. Et vous aurez raison.

critique par Sibylline




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