Lecture / Ecriture
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Le Palace de Claude Simon

Claude Simon
  Le Vent, Tentative de restitution d’un retable baroque
  Le Palace
  La bataille de Pharsale
  La route des Flandres
  Le Tramway
  L’Invitation
  Les Géorgiques
  L’acacia

Claude Simon est un écrivain français qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 1985. Il est né en 1913 à Tananarive (Madagascar) et est mort en 2005 à Paris.

Le Palace - Claude Simon

Ambiance délétère
Note :

   Dans "le Palace" Claude Simon ne raconte pas une histoire, pas même à la manière de ses romans précédents, qui maintenaient une certaine forme de narration. Il décrit - des lieux, un climat, des déplacements ; il évoque certains événements – un meurtre, un enterrement, une révolution, ainsi qu’un Etat, au travers de phrases interminables. Cet ensemble procure au lecteur la vision d’un pays en conflit, d’une ville tout entière dans l’attente d’une attaque qui tarde à venir, dans une chaleur moite. Il n’est même pas possible de déterminer s’il s’agit de l’Espagne ou d’un pays d’Amérique latine, si l’on n’a pas cherché de références par ailleurs. De même, le lecteur ne sait pas s’il s’est produit un coup d’Etat ou une révolution. Tout simplement, en lisant ce livre, nous sommes au cœur de cette situation et nous ne savons pas ce qu’il va se passer et nous ne comprenons pas par quel cheminement cet écroulement a pu survenir. Claude Simon nous place dans les conditions d’un voyageur qui débarquerait sans avoir reçu d’informations, depuis plusieurs semaines, sur le pays qu’il aborde. Celui-ci tente de s’orienter, détaille ce qu’il voit, ce qu’il perçoit confusément, il s’efforce de suivre un garçon qui vient lui aussi d’arriver, en le présentant comme un étudiant, ce qui est une allégation purement gratuite, et rien ne se dégage que la bâtisse caractéristique d’un ancien palace réquisitionné par une autorité militaire aux structures incertaines. Il reste la tension, la chaleur, la crasse, la puanteur, la folie collective des mouvements de foule, les apparitions et disparitions d’individus indéterminés, dont les fonctions sont supposées. Tout le pathos d’une histoire est tu. Il suffit de recevoir tout ce flot d’informations en vrac, sans pouvoir l’ordonner, ni lui conférer un sens déterminé. Ce roman laisse un souvenir pesant de sale guerre qui n’apporte que misère et soumission aux survivants, mais rien n’est dit. Claude Simon pousse à l’extrême le mode d’exposition de la bataille de Waterloo vue par Fabrice del Dongo, dans "la Chartreuse de Parme", mais, contrairement à Stendhal, il en fait toute la substance de son roman.

critique par Jean Prévost




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