Lecture / Ecriture
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Vrouz de Valérie Rouzeau

Valérie Rouzeau
  Vrouz

Vrouz - Valérie Rouzeau

Acronyme
Note :

   Vrouz
   
   4,5 poésie
   
   
   Voici du VROUZ! annonce le bandeau de couverture. Du Vrouz? Un mot-valise plein d'énergie créé par l'acteur Jacques Bonnaffé (avec Sardine Robinson et Adèle Cockrobin) pour désigner V(alérie) Rouz(eau). valérie rouzeau
   
   Et de l'énergie il y en a dans ce recueil de poèmes qui m'a enthousiasmée du début à la fin!
   L'auteure fait feu de tout bois et recycle avec un humour parfois caustique les messages formatés de notre quotidien, qu'ils figurent sur une emballage de cigarettes, une notice de médicaments, voire une feuille de résultats d'analyses! Elle nous entraîne dans son univers, qui pourrait être le notre, celui d'une quadra qui s'affirme dès le premier vers "Bonne à ça ou rien", énumère ses incapacités, parfois cocasses, parfois plus sombres, avant de conclure
   "Pas fichue d'interrompre la rumeur qui se prend
    Dans mes feuilles de saison"

   et c'est tant mieux!
   
   Une grande liberté aussi dans l'incorporation des citations d'auteurs chéris (et dûment répertoriés dans les notes de fin de volume- la dame est fort honnête et nous invite par la même occasion à emprunter de nouveaux chemins -) dans l'utilisation des registres de langue, voire de mots anglais. N'oublions pas en effet que Valérie Rouzeau est traductrice et spécialiste de Sylvia Plath.
   
   Ces jeux sur les sons et les rythmes entraînent parfois la suppression des déterminants et des rencontres lexicales parfois brutales pour dire le monde où les humains sont réifiés, aussi interchangeables et remplaçables que leur téléphone (page87) sonnant dans une poubelle.
   Les tonalités diffèrent donc, mais si les nuages et la pluie semblent omniprésents, le temps n'est pourtant pas à la mélancolie facile. L'auteure se livre sans fards, laissant deviner les marques de l'âge, les découragements devant cette "époque médiatique" si creuse et nous offre un très joli autoportrait (page 156) où elle affirme:
   "Ne suis pas très causante encore moins conviviale
    Quand vos paroles sont tellement toujours les mêmes
    Interchangeables et creuses formules des tics en toc"
   

   et renouvelle page 114 le thème de la Supplique pour être enterré en demandant :
   
   "Plantez un chêne pour la rouzeau
    Du vertical pour l'horizon
    Puis de l'herbe bien folle autour
    Plutôt qu'un gazon dormitif"
   

   Une bien dynamique façon d'envisager le paysage qui abritera son corps!
   Pour conclure une dernière citation :
   
   "J'ai l'amour spontané de mon prochain sauf quand
    Mon prochain s'intéresse de trop près à mon goût
    à ma personne gentille et froide et solitaire
    Alors là je m'éloigne à grande enjambées
    Du buffet dînatoire où j'étais conviée
    Et je rentre chez moi savourer mon congé"
   

   Un recueil tout bruissant de marque-pages (un paquet y est passé!)
   
   169 pages toniques et jubilatoires!
   
   Et zou, le voici promu d'emblée livre de chevet !

critique par Cathulu




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