Lecture / Ecriture
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L'arbre de l'oubli de Alexandra Fuller

Alexandra Fuller
  L'arbre de l'oubli

Alexandra Fuller est une écrivaine britannique. Née en Angleterre en 1969, elle a grandi en Rhodésie (Zimbabwe) et en Zambie.

L'arbre de l'oubli - Alexandra Fuller

Une Écossaise en Afrique
Note :

   "à nous , disait-elle, il n'y a personne comme nous . Et s'ils ont jamais existé, ils sont tous morts."
   
   Alexandra Fuller a récidivé! Pour notre plus grand plaisir elle a encore écrit un "Horrible Livre", comme sa mère se plaît à le qualifier, un livre dont cette fois sa mère est l'héroïne pleine et entière, elle qui a tout fait pour rendre sa vie "digne d'une biographie"!
   
   La première partie, commencée sur les chapeaux de roues, nous brosse ainsi le portrait haut en couleurs, d'une femme à "deux cent mille pour cent écossaise" qui va tomber amoureuse de l'Afrique, "de cette époque et de ce lieu particuliers où aucune limite n'entravait le mode de comportement, bon ou mauvais, sensé ou déraisonnable, que devait adopter une personne blanche."
   Une femme qui assène sans sourciller à ses filles que l'une (l'auteure) doit avoir été adoptée, tant elle lui semble dissemblable, et à l'autre qu'elle a eu des lésions cérébrales!
   
   Mais dans la deuxième partie, la tonalité se fait plus sombre car des drames familiaux vont assombrir l'atmosphère, tandis que l'Histoire se mettra en marche, obligeant la famille à s'adapter aux changements de régimes politiques, voire de pays. Un livre riche en émotions, qui nous prend par la main et qui ne nous lâche plus.
   
   Un charme absolu se dégage de ces 329 pages qui se dévorent d'une traite!
   
   Titre original : Cocktail Hour Under the Tree of Forgetfulness
   
   
   Mémoires :
   

   1 - Larmes de pierre
   2 - L'arbre de l'oubli
    ↓

critique par Cathulu




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L’Afrique au cœur
Note :

   Après “Larmes de pierre” où elle racontait son enfance africaine —à savoir apprendre à manier le fusil, à cuisiner un impala, à conduire un tracteur et à se garder des morsures de serpents— Alexandra Fuller revient avec “L'arbre de l'oubli” sur la vie de sa mère, souvent appelée "Nicola Fuller d'Afrique centrale", tant cette Écossaise s'est attachée au continent africain.
   
   D'une ferme à une autre, au fil des soubresauts d'une Afrique qui se décolonisait, Nicola et son époux, exploitèrent des fermes, d'abord au Kenya — où les avaient précédés les parents de Nicola—, ensuite au Zimbabwe, au Malawi et finalement en Zambie pour la gloire de la pisciculture et de la production bananière. Pas de panique : le lecteur trouvera en début d'ouvrage une carte suffisante pour suivre les déménagements successifs de la famille. Alexandra Fuller complète donc son ouvrage précédent, un "Horrible Livre" selon sa mère, en cousant bout à bout des souvenirs vécus et des souvenirs rapportés de conversations familiales.
   
   Tout ça aurait pu faire une brique bien lourde à digérer : il n'en est rien. Le tragique et l'hilarant y font bon ménage. Non seulement le lecteur français se trouve plongé des épisodes méconnus de la décolonisation (l'insurrection des Mau-Mau au Kenya, l'éphémère indépendance de la Rhodésie blanche sous Ian Smith, la guérilla du FRELIMO, etc) mais il s'enchante de la légèreté que l'auteure sait donner à ses “Mémoires”. Il faut dire que le personnage maternel —central— s'y prête en raison de son côté assez brindezingue, un peu fou, souvent outrageusement optimiste. Enceinte de Vanessa, elle lui fait des lectures classiques auxquelles Alexandra a échappé : "Au moins elle ne t’a pas lu Shakespeare quand tu étais dans son ventre, me dit ma sœur. Je pense que c’est pour ça que j’ai des lésions cérébrales." En fait c'est Nicola qui fera un séjour en hôpital psy, choquée par les catastrophes par lesquelles les années passées au Zimbabwe se sont conclues : guerre civile, mort de deux jeunes enfants, fuite à l'étranger, etc.
   
   Hyperactive, Nicola Fuller d'Afrique centrale ne reste jamais les deux pieds dans le même sabot, si je puis dire. Elle se passionne pour les chevaux de course, se lance dans la peinture de chevalet, tente d'apprendre à piloter un avion... tout en travaillant dur dans sa ferme, tandis que la présence des bêtes sauvages ne paraît pas tellement l'impressionner. Avec ce qu'il faut d'exotisme et son humour ravageur contre la “britishness”, Alexandra Fuller a écrit un livre réjouissant, et un remède contre toute sinistrose!

critique par Mapero




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