Lecture / Ecriture
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Criminels ordinaires* de Larry Fondation

Larry Fondation
  Sur les nerfs
  Criminels ordinaires*
  Dans la dèche à Los Angeles

Criminels ordinaires* - Larry Fondation

Mé-Contes de la folie ordinaire
Note :

   Second volet d'une saga du crime à Los Angeles après "Sur les nerfs". La preuve est faite que parfois les anges quittent la ville et s'enfuient à tire d'ailes! A leurs décharges le spectacle que donnent les humains n'a rien de bien réjouissant.
   
   Comme dans le précédent opus, les ingrédients sont les mêmes, des hommes et des femmes ; plutôt style losers et allumés, du sperme, des armes, de l'alcool et des substances hallucinogènes et une absence totale de morale. Où alors chacun a sa propre morale qu'il applique au détriment des autres!
   
   "Cocu" commence ce recueil, 11 scénettes, un bar, des parties de billards, une émeute, du sexe et un coup de feu... et une bonne nuit pour finir... enfin une bonne nuit!
   "Match nul" Deux hommes, deux flingues, une femme et pas mal de tension, la nuit ne porte pas forcément conseil. La morale est que le premier qui tire a raison. Enfin, s'il ne loupe pas sa cible!
   "Pas de tripes" peut-être mais de la viande morte dans le bistrot, oui et beaucoup. Le silence est d'or et la parole de plomb.
   "Cocu II" on remet le même bar... une prostituée aux gros seins et au cœur d'or, un client avec un couteau dans le dos... et quelques bières... la leçon de tout cela :
   -Toujours choisir celle qui a des gros seins.
   C'est simple la vie quand on ne se la complique pas!
   L'alcool tue lentement dit le proverbe... pas toujours dans certains cafés les balles se ramassent à la pelle et les morts avec.
   Les accidents de voiture sont aussi une cause de mortalité, certains en réchappent mais pas pour longtemps la mort est malgré tout en route!
   "Maquillage" Un homme. Une femme devant une glace. L'un a un couteau, l'autre un flingue. Mourir en beauté!
   "Indignité" porte hélas bien son nom, un après-midi entre ados, l'alcool aidant, vire au cauchemar. Un texte très dur.
   "Essayer de choper le SIDA" clos ce recueil... en général les gens font l'inverse...
   
   Pas très reluisant les personnages croisés dans ces récits, même les femmes ne relèvent pas le niveau, c'est dire!
   
   Un homme rencontre son ex qui semble-t-il voudrait bien être aussi sa future... mais le présent ne l'entend pas de cette oreille... pas si simple la vie. Le passé aussi pour ce vieux braqueur de banque, qui a mis ses butins en des banques, qui ont fait banqueroute, à 70 ans reprendre le collier, on ne peut avoir confiance en personne dans ce bas monde... surtout pas dans son bas de laine. Un homme heureux qu'on lui vole sa voiture, encore une histoire de voiture pour un autre qui promène son chien, un voleur de Rolex avec un semblant de savoir faire... un prix, c'est un prix! Un tueur en série et fier de l'être, un prof d'anglais qui pour arrondir ses fins de mois travaille dans une épicerie la nuit, un fanatique jusqu'aux bouts des ongles, un vieux avec un appareil photo, un couple au Mexique... des gens qui paraissent sans problèmes, mais qui en ont beaucoup.
   
   Des textes courts, sans aucune fioriture, il semble n'y avoir aucune recherche littéraire, et pourtant!. C'est brut de coffrage cela fait mouche et mal, surtout pour certains personnages! Très glauque et crépusculaire, plus aucun repère vis à vis d'une société bien pensante qui n'est pas la leur et qui du coup les rejette. Combien de millions d'hommes et de femmes hantent les nuits américaines, ivres d'alcool et de drogues. Le Los Angeles de James Ellroy ressemble à un paradis sur la côte ouest des États-Unis comparé à celui décrit ici. Dans l'un, les criminels semblent appartenir à l'élite de la société, dans l'autre à son rebut.
   
   
   Extraits :
   
   - Le type à côté de moi chante "Give Ireland back to the Irish!"
   
   - J'essayais, sans y parvenir, de capter ce qu'Eileen pouvait avoir dans la tête. J'étais certain, par contre, que l'intrus pensait à elle.
   
   - Il a volé l'argent et l'a mis à la banque. Ou plutôt, il l'a pris dans une banque pour le mettre dans une autre. Il se disait qu'il y serait plus en sécurité.
   
   - Une injustice ne répare pas une autre, et ce qui est clair, c'est que la vengeance, ça fait du bien.
   
   - Un jour, on s'est rendu au zoo pour que les animaux puissent nous voir.
   
   - Tout ce que je voulais, c'était acheter un tire-bouchon. Je l'ai cherché dans toute la ville - en vain.
   
   - Cartier-Bresson dit qu'il y a un instant décisif. Je sais que c'est vrai.
   
   - En haut : un décolleté. En bas : bien échancré. Nichons, jambes et collants qui lui rentraient dans la raie du cul.
   
   - J'espère que vous ne pensez pas à ce que je pense, elle a fait.
   
   - Tu aurais pu m'avoir, moi, avec un boulot en prime.
   
   - Je la recommanderais à n'importe qui.
   

   Titre original :Common Criminals-L.A.Crimes Stories. (2002)
   
   * Histoires criminelles à Los Angeles.
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critique par Eireann Yvon




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Mérite le détour
Note :

   Recueil de textes plus ou moins longs ou plus ou moins courts selon qu'on aime ou pas, dans la même veine que "Sur les nerfs" du même auteur. Larry Fondation place ses personnages dans des situations difficiles, dans des quartiers dangereux et chauds de Los Angeles. Il décrit des faits de la vie quotidienne qui tournent au tragique ou des actes moins courants comme des agressions, des vols, voire des meurtres mais qui deviennent quasi naturels dans ces quartiers. C'est un peu la version moderne de sexe, drogue and rock'n'roll qui se traduirait par sexe, drogue, rap and guns. Il suffit d'un regard parfois pour que ça tourne mal :
   "Je regardais juste dans le vide, je rêvassais, si vous voulez, sans rien mater de particulier. Il ne voyait pas les choses de la même manière ; il pensait clairement que je l'observais.
   - Qu'est-ce que tu mates, là, enculé ? il m'a demandé en me foutant un coup de matraque sur la tronche." (p.78)
   

   Parfois entre deux histoires noires, violentes une pause survient et la chance ou la bonne fortune sourit à l'un des héros. Ce ne sont pas les nouvelles les plus répandues dans le livre, mais elles donnent une note d'espoir malgré tout.
   
   Comme dans "Sur les nerfs", les textes de Larry Fondation sont courts, très courts ou un peu plus développés. Il excelle dans les versions ramassées sachant raconter des petites histoires percutantes avec des personnages à la dérive, menés par l'alcool, la drogue ou le sexe et parfois les trois en même temps. Phrases courtes qui claquent. Efficaces. Il est une expression qui dit livre-coup-de-poing qui siérait parfaitement à cette œuvre. Les héros de Larry Fondation sont de pauvres types, des filles paumées travaillant peu ou pas ou dans des jobs peu enviables :
   "C'était un boulot de merde, man. Nettoyer par terre, les chiottes, tous ces putains de bureaux de luxe, la nuit. Plus personne, pas âme qui vive. Mais de tonnes de gens comme nous ; de partout. Impossible de faire la différence entre les chefs et nous. Tout le monde se ressemblait." (p.130)
   

   Un bouquin dur mais intéressant. Prudes et puritains s'abstenir car la violence et le sexe sont présents mais jamais gratuitement ; à chaque fois que L. Fondation décrit une scène terrible ou sexuée (voire les deux ensemble) elle est justifiée. Très actuel, sans doute très états-unien, mais croyez un non-amateur -mais point primaire- de la littérature de ce pays en particulier et sa culture en général (ah, ils en ont une ???), c'est un bouquin qui mérite un instant d'arrêt sur ses pages.

critique par Yv




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