Lecture / Ecriture
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Les oliviers du Négus de Laurent Gaudé

Laurent Gaudé
  Le soleil des Scorta
  La mort du roi Tsongor
  Dans la nuit mozambique
  Eldorado
  La porte des enfers
  Cris
  Ouragan
  Caillasses
  Pour seul cortège
  Les oliviers du Négus
  Danser les ombres
  Écoutez nos défaites

Laurent Gaudé est né en 1972.

Après des études de Lettres, il décide de se consacrer entièrement à l'écriture et se fait d'abord connaître comme dramaturge.

Il publie son premier roman "Cris" en 2001, qui sera suivi notamment par "La mort du roi Tsongor" (Prix Goncourt des lycéens 2002) et "Le soleil des Scorta" (Prix Goncourt 2004).


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les oliviers du Négus - Laurent Gaudé

Sculpteur de maux
Note :

    Quatre récits composent cette ballade aux trois quarts italienne de Laurent Gaudé, un des auteurs français que j'apprécie. Cette phrase, je l'ai écrite après avoir lu trois de ces textes. Maintenant que j'ai lu le quatrième je n'hésite pas à ranger Gaudé au firmament des écrivains français actuels. La mort accompagne les héros des ces histoires, elle leur tient la main, au long des fleuves de ténèbres et de boue, omniprésente annonciatrice des charniers hors du temps. Le style de Gaudé est toujours si riche, en hommes et en dieux et en diables. Cet auteur-là est lui-même de glaise et de sang, et comme ça se sent dans ses livres, particulièrement dans ce somptueux carré, que je n'ose qualifier de nouvelles, terme parfois un peu précieux et alambiqué, bien à tort d'ailleurs.
   
   "Les oliviers du Négus", c'est l'Italie sinistrée après l’Éthiopie, une Sicile mortifiée qui semble ignorer le Prince Salinas, ce guépard éclairé, bien que nous soyons maintenant dans l'Entre Deux Guerres. Le catafalque de la cathédrale de Palerme, le roi des Deux Siciles, Frédéric II, Zio Négus le vétéran d'Abyssinie et le narrateur nous plongent aux arcanes de cette terre, toute de pierre et de lumière, baignée de tant d'obscur. L'écriture, je n'y reviens pas, elle est magnifique.
   
   "Le bâtard du bout du monde" nous ramène plus au Nord, quand Rome commençait à se gangréner et dont ce centurion honnête et rude préfigure l'agonie. Lucius, retour d'une lointaine et froide Calédonie, l'Ecosse, le mur d'Hadrien, presque à lui seul, endosse les malheurs de l'empire romain. Au contact des Barbares, l'homme s'est endurci sur les chemins boueux de Germanie et de Gaule. Lucius a tué, beaucoup, et ce fils de personne, né dans la poussière des quartiers populaires parmi les chiens faméliques et les esclaves, de retour sur l'Aventin, clame son amour pour sa ville, Rome, lascive et putassière. Ses larmes scelleront le sac de Rome. Quarante pages, un Tibre de passion, de terre et de douleur.
   
   "Je finirai à terre" nous transporte dans la France de 1914, qui s'y connaissait en boue et en douleur, dans l'Artois voisin de ma Picardie. La violence ne le cède en rien à Rome et Laurent Gaudé revisite en quelque sorte le mythe du Golem, né, je pense, en Mitteleuropa. Gaston Brache, soldat, comprend que la terre de France, meurtrie et mutilée, a créé un sur-être de glaise et de feuilles, destiné à punir les hommes, ces matricides.
   
    J'ai écrit ici-même à propos de la Mafia qu'aucun roman ne lui rendait, si j'ose dire, justice. Car le sujet est fort. C'est fait. Vingt-quatre pages de "Tombeau pour Palerme", et c'est le plus beau texte que j'aie lu sur l'hydre assassine. Nous accompagnons pendant quelque temps un juge anti-mafia qui tient en personne le sinistre compte à rebours le séparant de sa propre exécution. On comprend que c'est Paolo Borselino qui narre la chronique de sa mort annoncée. Carlo Alberto Dalla Chiesa, Giovanni Falcone y sont nommément cités. D'autres aussi... Dédié par l'auteur "Aux seuls véritables hommes et femmes d'honneur de Sicile", ce récit est splendide de retenue et d'une ampleur inouïe.

critique par Eeguab




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