Lecture / Ecriture
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Virginia et Vita de Christine Orban

Christine Orban
  Le pays de l’absence
  Virginia et Vita

Christine Orban est une romancière française née au Maroc en 1954.

Virginia et Vita - Christine Orban

Guère convaincu...
Note :

   1927, Virginia Woolf habite avec son mari éditeur Léonard leur maison "Monk's House". Tout près réside Vita Sackville-West, dans le château paternel. Vita est elle-même une écrivaine-poétesse reconnue. Au contraire de Virginia, elle est d'ascendance aristocratique, riche et affiche sans pudeur ses amours bi-sexuelles. Ce roman de Christine Orban raconte la passion entre ces deux femmes ainsi que la genèse du livre le plus connu de Virginia Woolf, "Orlando".
   
   Virginia Woolf n'est pas présentée comme une personne gentille, désintéressée ; elle est envieuse, jalouse de l'argent de Vita, de son aisance en société, de l'affichage quasi public de ses relations extra maritales et homosexuelles avec plusieurs femmes. Virginia, elle, est tourmentée par son amour pour Vita. Elle n'ose pas en parler, ne veut surtout pas que cela se sache. Elle intériorise tout et c'est pour extérioriser qu'elle crée son personnage d'Orlando qui deviendra le héros de son roman. Virginia n'est pas simple à vivre non plus, n'hésitant pas à rabrouer les gens qu'on lui présente, comme cette jeune femme, amie de son beau-frère qui veut être écrivaine :
   
   « - Vous écrivez? répéta Virginia comme si elle en doutait
   L'autre, effrayée, confirma d'un signe de la tête.
   - Et vous avez un éditeur?
   - Non, souffla la jeune fille tremblante d'émoi [...]
   - Si vous n'avez pas d'éditeur, vous avez peut-être un maître à penser?
   - Non..., murmura une fois encore la jeune fille, décontenancée
   - Vous avez tout de même lu Proust?
   - Non.
   - Alors, quoi? demanda Virginia de sa voix profonde et moqueuse [...]
   Mais la jeune fille perdit pied comme si elle se noyait et plus un son ne sortit de sa bouche. Virginia se tourna vers l'assemblée tel un toréador triomphant. "N'est-ce pas que cette Bea est stupide et ignorante?" semblait-elle vouloir dire [...] » (p60/61)

   
   Virginia est fière, a mauvais caractère, est de constitution fragile et sujette aux dépressions, mélancolique comme on disait à l'époque. Elle a déjà fait des tentatives de suicide et a régulièrement des crises de folie.
   
   Par petites touches successives, Christine Orban dresse le portrait de cette auteure et des relations qu'elle entretenait avec son entourage. De sa folie qui ne demande qu'à sortir au grand jour. Elle est de la trempe des grands écrivains de génie dont le caractère n'est point lisse et parfois difficile à supporter pour leurs entourages. C'est plutôt fin, mais il faut bien le dire un rien répétitif et ennuyeux. Si le début est intéressant, le livre traîne un peu en longueur. Certes, l'on peut toucher du doigt le processus d'écriture d'un grand livre. Bon, je dis ça, mais en fait, je n'ai jamais lu V. Woolf et ce n'est pas ce roman qui m'en donne l'envie ni le dégoût d'ailleurs. Non, je suis resté un peu en retrait de cette passion entre les deux femmes et de la naissance d'Orlando.
   
   Pour résumer : très bon début, puis un livre qui traîne en longueur pour ce roman de Christine Orban dont j'avais bien aimé le précédent : "Le pays de l'absence". Dernière précision, après je ferme, ce roman est la version intégralement revue d'un roman de l'auteure paru en 1990 sous le titre "Une année amoureuse de Virginia Woolf".
    ↓

critique par Yv




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Ne me laissera pas un souvenir impérissable
Note :

   Voilà un livre que j'ai hésité à lire pendant longtemps. Virginia et Vita, deux écrivains que j'apprécie tout particulièrement, mais toujours cette crainte d'être un peu déçue par un livre les concernant. Je n'avais jamais lu ni même entendu parler de Christine Orban. Enfin, je me posais des questions sur le sérieux et les qualités de ce titre, étonnamment assez peu lu et commenté sur la blogosphère, qui compte pourtant de nombreux amoureux de la littérature anglaise. Sa sortie en poche l'a remis à l'honneur et m'a finalement convaincue. Ajoutons à cela que je venais de visiter Sissinghurst (le domaine de Vita Sackville-West), j'étais donc volontiers partante pour prolonger un peu mon séjour à travers mes lectures.
   
   Nous voilà plongés en 1927, alors que Virginia vient de publier "La Promenade au Phare". Sortie récemment d'une de ces crises qui vont la tourmenter jusqu'à son suicide, Virginia est alors très éprise de Vita Sackville-West, à laquelle elle décide de consacrer son nouveau roman, Orlando. Un roman audacieux, sur un héros qui traverse les siècles et d'homme, devient femme. Le roman de Christine Orban traite de la période à laquelle ce roman est écrit.
   
   Nous voilà donc plongés dans deux univers différents. Virginia vient d'un milieu bourgeois mais bohème. Elle a quitté Londres et mène une vie assez retirée à Monk House avec son époux Leonard, écrivant dans une cabane installée dans le jardin. Ses journées sont pour l'essentiel consacrées à la lecture, à la rédaction de son journal et à l'écriture d'articles et de romans... mais restent menacées par la folie qui la guette. Même si elle mène désormais une vie plutôt calme, elle est toujours en contact avec les membres du groupe de Bloomsbury.
   
   Vita est quant à elle écrivain également, mais restera toujours un écrivain plein d'humour, plus léger, moins tourmenté - même si elle a écrit de vraies pépites, comme "The Edwardians", qui met en scène une noblesse incapable de s'adapter aux bouleversements sociaux du nouveau siècle, à la fin du règne d'Edouard VII. Vita est d'origine noble, a grandi à Knole, une superbe propriété. Riche, mariée à Harold Nicholson et heureuse en mariage, Vita est aussi célèbre pour ses amours saphiques et son inconstance, particulièrement mise en avant dans ce roman de Christine Orban.
   
   Autant le dire de suite, "Virginia et Vita" ne me laissera pas un souvenir impérissable. J'ai d'abord été gênée par la description de Virginia, petite chose fragile irrémédiablement marquée par sa folie, lorsqu'elle n'est pas d'une jalousie maladive. J'ai trouvé le portrait qui en était fait réducteur. Difficile d'imaginer le grand écrivain qu'elle était à la lecture de ce texte sympathique mais assez creux. J'ai perçu ce roman comme une sorte de biographie sur quelques mois, le tout un peu romancé pour faire vivre les célèbres personnages en les mettant en scène, en inventant des dialogues, qui m'ont mise mal à l'aise car je me demandais parfois quelle était la rigueur historique derrière eux.
   
   Après un démarrage difficile, j'ai finalement pris un certain plaisir à lire ce roman, à retrouver les lieux de rencontre emblématiques entre ces deux écrivains, voire même, à en apprendre un peu plus sur leur relation. Au final, je dirais que c'est une lecture agréable, avec un sujet inévitablement passionnant pour la lectrice de Virginia et de Vita que je suis... le genre de roman que j'emporterais volontiers à la plage pour me détendre tout en trouvant un minimum d'intérêt à ma lecture. Maintenant, à mon grand regret, ce livre m'a parfois semblé superficiel. Je ne le mettrai pas sur l'étagère des indispensables.

critique par Lou




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