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Les délices de Turquie de Jan Wolkers

Jan Wolkers
  Les délices de Turquie

Jan Hendrik Wolkers est un écrivain néerlandais né en 1925 et mort en 2007.

Les délices de Turquie - Jan Wolkers

Olga et le sculpteur amoureux
Note :

   Pour inaugurer leur collection ''Vintage'', les éditions Belfond ont choisi ce roman d'un auteur néerlandais qui m'était totalement inconnu. Publié en 1969, ''Turks Fruit'' est une brûlante histoire d'amour qui finit mal, c'est aussi un texte qui porte la marque de ces années de libération des mœurs et d'une critique du puritanisme qui aux Pays-Bas est d'essence calviniste. C'est aussi un texte d'inspiration autobiographique et plein d'humour.
   
   Olga est une beauté rousse qui émoustille tout mâle sur sa route, même un vétérinaire réveillé pour sauver un chat. Olga se passionne aussi pour les animaux et préfère recueillir grenouilles ou tourterelles plutôt que d'avoir un enfant avec le narrateur qui l'a épousée suite à un double accident de zip et de circulation. C'est un artiste prometteur qui prend Olga comme modèle pour la sculpter en Pomone ou en Perséphone. Les séances de pose et les ébats sexuels se succèdent : l'artiste est insatiable. Par ailleurs, l'artiste et sa belle-mère qui gère un magasin ont constamment des relations orageuses : Olga est poussée vers l'adultère et demande le divorce. Remariée, sa vie va de pire en pire, sa beauté se fane et sa santé se dégrade tandis que le narrateur reste amoureux d'Olga jusqu'à sa fin tragique. Le récit abandonne alors toute dimension pornographique et burlesque pour devenir émouvant tout simplement.
   
   Les années soixante ont-ils véritablement vu la libération des mœurs déferler sur les Pays-Bas comme un tsunami? Au moins dans les confessions du narrateur, très crues et explicites quant à ses jeux avec Olga dans l'intimité de l'atelier d'artiste comme dans les dunes où ils expérimentent que… "Faire l'amour en plein air était réservé aux oiseaux." Peut-être parce que ce pays est soucieux de protection de la nature, les allusions aux oiseaux abondent dans les souvenirs du narrateur. "Chaque fois que je vois passer des canards sauvages dans le ciel, je me souviens qu'elle les comparait à des bouteilles de chianti volantes". Mais ne pas croire qu'Olga soit alcoolique! Quelque peu exhibitionniste plutôt. Pour l'inauguration d'une statue commandée par l'Etat —et pour laquelle elle avait posé—, elle croit judicieux de s'habiller de façon provocante : la reine prude et guindée devra faire un détour pour ne pas avoir à contempler en vrai la poitrine généreuse du modèle. Comment ne pas sourire à ce passage?
   
   Rendu célèbre en son pays par ce roman qui était le cinquième qu'il publia —et par le film qu'en tira Paul Verhoeven— l'auteur n'a quasiment jamais été traduit en français.
   
    Sexe, passion, humour : des ingrédients pour un livre-culte.
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critique par Mapero




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Passion crue
Note :

   Pour ceux qui auraient lu Henry Miller et son "Sexus", voici un texte postérieur du même tonneau. Le narrateur, un artiste néerlandais, soit un double très proche de l'auteur, raconte la passion qu'il a vécue avec Olga. Des débuts hyper sexuels à la rupture et dès lors, l'évolution de leur relation.
   
   Le début du livre est très cru. L'attirance physique est relatée sans retenue aucune, donnant au livre un aspect sulfureux encore de nos jours (enfin encore pour ma génération tout du moins...). Olga est dépeinte au travers des yeux d'un amoureux éperdu. Rousse incendiaire. Bombe sexuelle. Objet d'un désir illimité. Pour l'amant artiste avide de liberté, elle est l'incarnation de la fureur de vivre. Il est plus qu'aveuglé par la passion. Il est noyé en elle. La moitié du livre raconte le bonheur enragé d'une telle relation. Mais cette osmose parfaite un jour s'arrête...
   
   Notre narrateur accuse alors la bourgeoise de mère d'Olga de l'avoir incitée à fuir. Jamais l'auteur n'admettra qu'une passion peut être destructrice au moins pour l'un des deux concernés. Olga le quitte après une scène de jalousie d'anthologie au restaurant où il retrouve de ses relations à elle. La violence des sentiments est à son comble.
   
   La deuxième partie du livre est plus apaisé. La passion du narrateur n'est pas totalement envolée mais il n'a des nouvelles qu'espacées. Alternant le récit d'anecdotes du passé avec sa vie post-Olga, nous suivons également de loin les mariages et voyages successifs de l'Olga lointaine. Ces deux-là ne se quitteront jamais vraiment nous montrant que la passion vécue restera un lien indéfectible malgré ses excès...
   
   J'ai préféré nettement lire la seconde partie du livre empreinte d'une mélancolie et d'une humanité touchantes. Le début sulfureux m'a plutôt ennuyé. Les ébats parfois crades des protagonistes racontés par le menu semblent la réaction d'un enfant révolté balançant à la figure de ses parents une réalité que la bienséance veut occulter. C'est apparemment le cas, puisque ce livre de 1969, en plein évolution des mœurs donc, émane d'un homme issu d'une famille nombreuse protestante dans une société hollandaise au calvinisme trop étouffant pour le jeune homme épris de liberté qu'il était.

critique par OB1




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