Lecture / Ecriture
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Le centre d’appel de José Frèches

José Frèches
  L'Impératrice de la Soie (Coffret 3 volumes)
  Le centre d’appel
  Le Caravage, peintre et assassin

Le centre d’appel - José Frèches

Dommage, l'histoire ne démarrait pourtant pas trop mal
Note :

   Le livre est une histoire à quatre voix dont les différents personnages sont liés à un centre d'appel. Ce genre de centre a pour but de« procéder à la prospection systématique de l'annuaire téléphonique » pour des sociétés de services françaises. Bien souvent ces centres sont délocalisés en Afrique du Nord, et ici au Sénégal, pour des raisons de coût salarial.
   
   Il m'a semblé dans un premier temps entrer dans un roman d'anticipation où les « correspondants » se transforment en « prospects » dès lors que leur entretien téléphonique devient un « coup de fil abouti » (quand il dépasse les trente secondes fatidiques). Un espace où la « part variable » des opérateurs est calculée en fonction du nombre de ces « coups de fils aboutis ». Un monde surréaliste déshumanisé où il n'est question que de rendement et de performance.
   « Le centre d'appel étant rémunéré à la tâche, le flicage des opérateurs est permanent. Les chefs suivent en direct leur activité. »
   Et quand on découvre que les opérateurs sont embauchés pour la plupart à Bac +5, je ne dois pas être seule à croire qu'il s'agit de la présentation d'une société futuriste. Que nenni, il s'agit bien du monde actuel.
   
   Ainsi l'histoire se construit autour de Constantine, jeune sénégalaise, qui vient d'être embauchée à l'essai dans un centre d'appel de Dakar. Diplômée en commerce, elle vit une histoire d'amour platonique avec Robert Ali, brillant étudiant en économie internationale qui pratique un islam aux frontières de l'intégrisme.
   
   À près de cinq mille kilomètres de là, dans une banlieue parisienne, vit Luc, un jeune handicapé moteur dont l'existence est plutôt synonyme de solitude et de désespoir.
   Constantine, par son travail, va entrer en contact avec lui, son premier correspondant à se transformer en « prospect ». Sans s'en douter, Luc lui assure ainsi la validation de son embauche dans le centre d'appel. De son côté, il tombe sous le charme de la voix de Lucile (nom de travail de Constantine). Puis, par le biais de cette tractation, elle le met en relation avec Aimé, commercial de la compagnie d'assurances pour laquelle elle appelle.
   
   Jusque-là, le roman s'annonce sous de bons auspices. On y fait la connaissance de quatre personnages reliés par le destin, aux prises avec les tentacules de la mondialisation et de la course au rendement. Flottent au-dessus d'eux les concepts d'inégalité sociale, d'exploitation, de clandestinité, de difficulté de vivre…
   
   On pouvait donc s'attendre à pénétrer un tant soit peu ces vies au bord de la rupture (pour certaines) et approfondir cette soif d'humanité qui les harcèle dans ce monde qui en est de plus en plus dépourvu.
   Mais, l'improbable se met en œuvre jusqu'à ce que leurs sorts convergent et plus seulement dans le virtuel. À partir de là, le roman bascule, à mon sens, dans une légèreté romanesque, une forme de guimauve trempée dans un bain de roses. Plus les lignes défilaient et plus je me disais que l'auteur n'oserait quand même pas certaines situations, certaines circonstances… Et si !
   
   L'idée de départ me paraissait pourtant assez bonne pour en faire une sorte de roman social. Quel dommage ! Et c'est là que j'ai décroché.
   
   Pour finir, un soubresaut qui clôt l'ensemble d'une once de pathétique et se débarrasse ainsi de quelques pétales un peu trop parfumés à la rose.
   
   Ce qui est certain, c’est que ce livre se lit très, très vite. Il aurait un peu l'allure d'un conte moderne mais bien trop tiré par les cheveux, à mon goût.

critique par Véro




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