Lecture / Ecriture
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Le bonheur conjugal de Tahar Ben Jelloun

Tahar Ben Jelloun
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  Le mariage de plaisir

Tahar Ben Jelloun (en arabe : طاهر بن جلون) est un écrivain et poète marocain de langue française, né à Fès en 1944.

Le bonheur conjugal - Tahar Ben Jelloun

Analyste des rapports humains
Note :

   Indéniablement, si je devais résumer "Le bonheur conjugal" de Tahar Ben Jelloun en peu de mots, je préciserais que le jury de l'Académie Goncourt a réalisé un roman d'introspection parfait. Il faut dire que Monsieur ne s'est pas donné la tâche facile. Entre ses nombreuses citations de la magnifique série télévisée "Scènes de la vie conjugale" d'Ingmar Bergman et le titre (déjà employé lors d'une nouvelle de Léon Tolstoï), les références cinématographiques et littéraires illustrent ce grand livre, jusqu'au sous-titre "L'homme qui aimait trop les femmes" (clin d’œil éventuel à François Truffaut, peut-être un peu moins au suédois Stieg Larson. Je n'ose énoncer une allusion actuelle à Berlusconi ou à DSK).
   
   "Le bonheur conjugal" dissèque le couple formé par un peintre fazzi illustre et sa femme Amina : leur rencontre, leurs premières disputes, leur évolution jusqu'à l'accident qui changera tout. De nombreux allers-retours entre histoire et présent s'opèrent de façon harmonieuse. L'écriture est splendide, on respire Casablanca (la ville d'installation du couple), les rites et coutumes marocaines, les nombreux qu’en-dira-t-on, l'insupportable promiscuité familiale, les gourous et croyances religieuses, l'authenticité de la parole donnée, la folie et le malaise. On pourrait reprocher le parti pris de Tahar Ben Jelloun en tant qu'élément de la composante masculine et on n'en fera rien car il a pensé à tout! Et oui, on admire le travail d'orfèvre de cet auteur qui manipule les mots avec une dextérité remarquable (jamais de lourdeurs, un grand sens de l'accessibilité de langage à tous, point de nombrilisme de sa part, une profonde humilité et une grande empathie, respectant ses personnages, les laissant maîtres de leur destin et justifier leurs actes, ne cherchant pas à tirer la couverture à soi, esthète des lexiques français et arabe).
   
   Remarquable analyste des rapports humains, de la condition féminine au Maghreb, de la difficulté d'aimer sans communiquer au sein d'un couple, Tahar Ben Jelloun démontre l'instabilité opérante lorsque l'un des membres est nié dans son entité, dans son intégrité. Du grand art (le sixième selon Étienne Souriau).
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critique par Philisine Cave




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Le malheur conjugal
Note :

   "Si vous craignez la solitude, ne vous mariez pas"
   
   Un peintre en pleine gloire se retrouve immobilisé, devenu paralytique, suite à un accident cérébral. Cloué dans un fauteuil roulant, il ne peut plus bouger et n'a plus que sa tête en état de marche, l'occasion de revenir sur ses années de vie conjugale ratées. Pour échapper à la dépression qui le guette, d'autant qu'il est maintenant à la merci de sa femme, il se met à écrire un roman "L'homme qui aimait trop les femmes" où il décrit sa difficile vie de couple. Mais sa femme découvre un jour le manuscrit et y répond.
   
   J'ai adoré la première partie du livre, ce manuscrit secret qui fait tout de même 255 pages soit les 3/4 du texte. L'auteur y fait une implacable description d'un mariage fragilisé sans aucun doute par l'écart social et culturel de ces deux époux, mais aussi par leur différence d'âge, les infidélités du mari et le manque de communication. Tout cela sous une plume talentueuse qui fait que je n'ai pas pu lâcher cette première partie. J'ai moins aimé la seconde qui pourtant permet de renverser la tendance et de confronter les points de vue.
   
   Il n'en reste pas moins que c'est un livre qui porte un regard très pessimiste sur le mariage, décrit comme un véritable enfer. De l'amour vite envolé, du désamour à la haine, ce livre est glaçant quand on y pense et pourtant on reste scotché par la façon dont il est écrit.
   
   Il propose cependant le récit de formidables relations humaines, notamment celle entre le peintre et la jeune femme qui s'occupe de lui au quotidien, soulageant sa souffrance physique et morale.
   
   Sa lecture m'a donné envie de découvrir d'autres romans de cet auteur.
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critique par Éléonore W.




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Chacun sa version
Note :

   Le dernier roman de Tahar Ben Jelloun nous raconte la déliquescence d'un couple, l'histoire de dépossession, le récit d'une obsession de ce qui n'est plus. L'auteur va donner la parole au mari d'abord et à la femme ensuite. Chacun sa version, chacun sa haine, devenu ennemi dans l'amour.
   
   L'homme, Imane est un artiste peintre reconnu et admiré, un coureur impénitent et un homme mis à terre par un AVC qui l'oblige à revisiter sa vie et cette notion si chaotique du bonheur conjugal.
   
   Durant les 2/3 du livre, il rumine sa nouvelle condition de malade et sa dépendance vis à vis des soignants. Cloué sur son lit, il revisite son journal intime ou le continue en rêvant. Il décortique son mariage raté, son illusion de bonheur avec une femme vite devenue avide et jalouse.
   
   Ne vivant qu'à travers son art et sa soif de conquêtes féminines, il mène un combat contre la maladie et sa femme pour pouvoir peindre à nouveau et reprendre sa liberté amoureuse.
   
   C'est au tour d'Amina de raconter. Elle a été follement amoureuse de lui, artiste célèbre à qui elle a voué sa vie, pour lequel elle a abandonné ses études et contre lequel elle devient un monument de haine et de jalousie avide de vengeance.
   
   Plus jeune que son mari, elle n'a vécu qu'à travers lui, son nom, son aura et son argent. Intellectuellement moins brillante aussi, elle se rend compte que même les enfants n'arrivent pas à le retenir au foyer.
   
   C'est vrai qu'elle en a vu passer des maîtresses et que sa jalousie, pour elle, semble légitime tout comme l'institution du mariage l'est pour sa famille.
   
   Les deux voix opposées interrogent sur le mariage, la fidélité, l'engagement, l'influence du milieu social et le poids des familles auxquels chaque couple se trouve confronté.
   
   Peut être que les lamentations de ce vieux Don Juan impotent, même artiste brillant, et la jalousie trop excessive d'une femme mal aimée m'ont un peu lassée.
   
   A lire pour constater qu'il y a beaucoup de solutions quand un amour est fini, heureusement.

critique par Marie de La page déchirée




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