Lecture / Ecriture
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Le boucher des Hurlus de Jean Amila

Jean Amila
  Le boucher des Hurlus
  A qui ai-je l'honneur ?
  Y'a pas de bon dieu !
  Contest-flic

John ou Jean Amila est le nom de plume de Jean Meckert, écrivain français né en 1910 et mort en 1995. Mais il a également publié sous les pseudonymes de Duret, Mariodile, Albert Duvivier ou Marcel Pivert...

Le boucher des Hurlus - Jean Amila

Tuer le général !
Note :

   Jean Amila (aussi connu sous le nom de Jean Meckert) s'attaque à un épisode peu glorieux de la guerre de 14-18 : celui des mutins fusillés par l'armée française, pour des raisons arbitraires et scandaleuses. Si Stanley Kubrick traite le sujet dans "Les sentiers de la gloire", il le fait à hauteur de soldats : on suit la vie d'un régiment, dans les tranchées, en alternance avec le quotidien plus opulent des généraux.
   
   Ici, Jean Amila choisit de traiter le sujet en prenant comme personnage principal un enfant et situe l'action juste après la guerre. Michou est le fils d'un mutin tué en 1917. Dans le quartier de Paris où il vit avec sa mère, il est montré du doigt par les voisins pour être le fils d'un traître à la nation. Dans la lignée de sa mère qui défend bec et ongles la mémoire de son mari, Michou prend la défense de son père. Même lorsqu'il reste seul suite à l'internement de sa mère, il n'a qu'une pensée en tête : venger l'honneur de son père. Et le plus simple pour lui est de s'attaquer à celui qui est l'origine du meurtre de son père, le général des Gringues, surnommé le boucher des Hurlus (il dirigeait les opérations sur la région de Perthes-les-Hurlus, village détruit situé entre Reims et Verdun)
   
   Le roman raconte donc la recherche du général. Michou s'attaque à cette recherche avec ses amis de l'orphelinat, qu'il a rejoint après l'internement de sa mère. Jean Amila en profite d'ailleurs pour décrire les conditions de vie difficile de ces institutions, juste après la guerre, alors que la menace de la grippe espagnole pèse sur toute la population. Avec ses trois amis, Michou décide donc de s'enfuir de l'internat pour tuer le général. Pour cela, il faut trouver une arme. Ils décident de rejoindre les anciens lieux de bataille, certains de pouvoir trouver une arme sur un cadavre abandonné au bord de la route. Tout ce périple donne lieu à des séquences savoureuses, comme celle où les enfants sont invités par une mère maquerelle et ses filles à savourer une choucroute à la gare de l'Est.
   
   Sous couvert d'un roman plein de rebondissements et d'une intrigue menée par un enfant, Jean Amila signe une œuvre politique sur le sort réservé aux mutins et à leurs survivants (femme et enfants). Plus largement, il montre les différences qui secouent la population française, entre ceux persuadés du bien-fondé des actions des généraux et ceux qui dénoncent dès 1917 cette boucherie. Un court roman qui fait plonger le lecteur dans l'horreur de la guerre et dans le Paris populaire de 1920, avec une utilisation de l'argot et du parler populaire très réussi.
   
    Un beau petit roman à découvrir.
    ↓

critique par Yohan




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Graines de libertaires
Note :

   Après la Première Guerre Mondiale, Michou vit avec sa mère dans un quartier où ils sont à la fois méprisés et insultés car le père de Michou faisait partie de ceux qui ont refusé d’aller au front et pour s’être révolté, on l’a exécuté. Le père de Michou était un anarchiste et est allé au bout de ses idées.
   
   Depuis lors, le "môme" - ainsi qu’on le nommera par la suite – n’a de cesse de vouloir venger son père. Il pense que le responsable est Des Gringues, un général comme il y en eut beaucoup, qui envoyait ses troupes se faire massacrer pour "quelques mètres carrés de boue…" et surnommé "le boucher des Hurlus."
   
   Une fois en pension où on l’abreuve des souffrances du Christ – que le narrateur compare à juste titre à celle des Poilus et de leurs familles – et où on lui peint le crâne en jaune après l’avoir tondu et pour lutter contre la vermine, Michou, avec l’aide de trois autres acolytes plus âgés que lui décide de faire le mur et d’aller tuer le fameux Boucher. La mère de Michou, dénoncée par une commère est emmenée par les gendarmes et placée dans un asile où elle devient un zombie. Dans ses anciens accès de haine, sa mère disait qu’elle voulait brûler l’immeuble et voir mourir ses habitants. Le petit garçon a tout retenu et va faire preuve d’une obstination hors de commun.
   
   On reconnaît Jean Amila dans ses idées anarchistes : comment faire confiance à un état qui mène ses citoyens à la mort ? La Première Guerre Mondiale fut souvent qualifiée de "boucherie" et on ne sait combien d’officiers ont envoyé des jeunes gens se faire tuer pour presque rien. Le champ d’honneur se retrouve champ d’horreur mais là, ce sont les dommages collatéraux qui réagissent, la révolte de 1917 a semé des graines dans la tête de bien des enfants qui furent trop tôt privés de leur père.
   
   Jean Amila montre, à travers ce gamin obsédé par sa vengeance et placé dans un pensionnat religieux, sa haine des armées et des religions dont l’acmé se trouve lors de la visite des "terres dévastées" par les gamins : les os des combattants des deux bords se retrouvent mêlés en tas et constitueront plus tard l’ossuaire de Douaumont.
   
   Les personnages qui constituent la petite troupe d’enfants "perdus" - père mort à la guerre ou exécuté – qui accompagne Michou font souvent penser aux "Chiche -Capon" de Pierre Very dans les "Disparus de Saint -Agil" avec leurs rêves de pays lointains et inatteignables à leur niveau. A l’opposé, dans son désir de vengeance, Michou fait preuve de plus de maturité et de réalisme et l’escapade restera à leur échelle et peut-être tout aussi aventureuse.

critique par Mouton Noir




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