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L'armoire des robes oubliées de Riika Pulkkinen

Riika Pulkkinen
  L'armoire des robes oubliées

Riika Pulkkinen est une auteure finlandaise née en 1980.

L'armoire des robes oubliées - Riika Pulkkinen

La vie en Finlande de nos jours
Note :

   Histoires croisées de Elsa et Martti, de Eleonoora leur fille, de Anna leur petite fille et de Eeva, jeune femme entrée dans la famille dans les années 60 pour s'occuper de Eleonoora alors petite fille. De nos jours, Elsa atteinte d'un cancer vit ses derniers moments mais s'accroche, ne veut pas disparaître : elle veut encore profiter de la vie, des siens et partir en paix. C'est lors d'un jeu de déguisement avec Anna, lorsque celle-ci se vêt d'une robe que sa grand mère lui dit que c'est celle de Eeva. Commence alors pour Anna une véritable enquête pour savoir qui est cette Eeva.
   
   Roman à plusieurs narrateurs qui parle un peu de la vie en Finlande de nos jours et dans les années 60, qui parle un peu des événements de mai 68 en France, mais qui surtout détaille les personnages qu'il contient sans pour autant dresser de portraits psychologiques. On est dans des histoires d'amour et de famille et ce qui est raconté c'est d'abord les liens entre tous. Martti et Elsa font figure de grands-parents pas très proches de leur fille ni de leurs petites filles : ils ont cultivé l'indépendance jusqu'aux relations aux leurs. Malgré tout leur relation semble forte ou du moins semble se renforcer sur la fin d'Elsa. Martti a aussi une relation particulière avec Anna : ils se voient régulièrement, prennent le tramway ensemble, s'arrêtent aux terrasses des cafés et imaginent la vie des gens qu'ils croisent. Eleonoora est sans doute la plus difficile à cerner qui veut faire preuve d'autorité envers sa mère comme si elle avait des comptes à régler.
   
   En parallèle, on peut lire aussi la vie de Eeva avant qu'elle n'entre au service de Elsa et Martti et puis ses années de travail chez eux.
   
   C'est un roman par endroits classique dans sa description des lieux, personnages et situations et d'autres fois plus particulier qui lance des pistes de réflexion, des sortes d'aphorismes : "J'avais déjà oublié que les enfants ont en partage parce qu'ils ne connaissent rien d'autre : la foi, reçue en naissant que tout ira bien. A une période de sa vie, on la perd un instant, inévitablement. Si on a de la chance, elle revient. Viennent des gens pour vous prendre dans leurs bras sous la couverture, dans des chambres à coucher, pour vous tendre la main par-dessus des tables, et avec eux vous réapprenez ce qu'il vous avait fallu perdre en même temps que l'enfance." (p.103)
   
   D'autres passages sont des constats du sens de la vie, des différences générationnelles : "A chaque époque il y a des gens, jeunes, qui se convainquent que ce qu'ils vivent n'est jamais arrivé à personne d'autre avant eux. Ils croient que leur vie, leurs joies et leurs chagrins mêmes sont exceptionnels. Que leurs amours à eux sont plus fortes que celles des autres. Ils croient que jamais ne leur échoira de sentir le poids des jours. Et peut-être est-ce le cas. Les jeunes possèdent le monde entier et le dilapident sans tristesse, parce qu'ils sont impatients de gagner d'autres mondes, toujours nouveaux." (p.46)
   
   Riika Pulkkinen a une trentaine d'années et fait preuve d'une sorte de sagesse, au moins d'une grande observation des siens ou d'une étonnante maturité pour résumer ainsi en quelques phrases bien senties ce qui peut faire l'objet de discussions interminables. Étudiante en littérature et philosophie, son cursus l'a sûrement aidée à construire et écrire sa réflexion pour le plus grand plaisir du lecteur. Mais elle sait aussi se laisser aller et son livre est empli d'expressions, de paragraphes étonnants, quasi surréalistes, très poétiques à propos des animaux, des hommes, de l'amour, des fleurs, de la nature : "Derrière la fenêtre les racines des fils de la vie ont peut-être déjà commencé à s'accrocher à la terre. Les pommiers en fleurs, leur éclat innocent, un peu étonné de soi-même, comme une communiante qui aurait pour la première fois passé une mini-jupe et compris qu'elle la rendait attirante. Tout fut un instant à sa place, juste comme il se devait." (p242) J'aime beaucoup l'image de cette communiante en mini-jupe, qui arrive dans cette phrase par le biais d'une image totalement improbable, mais je confesse, mon père que ça doit être mon côté pervers qui fait des siennes! Ceci étant, c'est pas moi qui aie commencé, c'est Riika!
   
   Tout cela pour dire que lorsque vous aurez entamé la lecture de ce roman (car je ne doute point que vous le ferez), vous risquez bien de ne pouvoir vous arrêter, charmé(e)s que vous serez par le mélange de Riika (maintenant qu'on a parlé de la communiante, je me permets de l'appeler par son prénom) : entre observation des liens amoureux et familiaux très réalistes, digressions oniriques et réflexions justes et clairvoyantes. Bonne lecture de ce très bon roman nordique et qui en plus réussit l'exploit de n'être pas un polar!
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critique par Yv




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Scènes de la vie en Finlande
Note :

   "L'homme était l'une des personnes les plus admirées de son époque... Pas le plus avant-gardiste, pas le plus provocateur, mais certainement le plus prometteur et, sans conteste, le plus beau. Un charmeur à la table duquel vous preniez place pour ne plus la quitter de toute la soirée, à qui vous vouliez demander de quoi la réalité serait faite, dont vous vouliez qu'il vous regarde par-dessus la table et vous raconte le fin mot des choses. Toutes en voulaient leur part. Ses marques d'intérêt étaient reçues comme des cadeaux. Quand il regardait dans votre direction, il vous donnait l'impression que vous veniez seulement de prendre votre forme réelle."
   

   Elsa apprend qu'elle est atteinte d'un cancer inguérissable et elle décide de profiter de chaque instant qui lui reste à vivre auprès des siens, son mari Martti, à ses cotés depuis cinquante ans, sa fille Eleonoora et sa petite-fille Anna. Ils se relaieront auprès d'elle le temps qu'il faudra.
   
   Anna va découvrir que derrière l'image un peu lisse du vieux couple heureux, se cache une histoire qui a profondément bouleversé leur vie et celle d'Eleonoora. Une robe retrouvée dans une vieille armoire et surgit le personnage d'Eeva, jeune femme recouverte d'un voile d'oubli. Elsa pense que le moment est venu de parler de cette histoire ancienne et du poids qu'elle a eu.
   
   Disons tout de suite que je ne partage pas l'enthousiasme quasi-général sur ce roman. Je me suis quelquefois ennuyée. L'histoire est convenue, après tout il ne s'agit que d'un homme qui n'a pas voulu choisir entre deux femmes, sans prendre la mesure des dégâts infligés autour de lui. Il paraît d'ailleurs curieusement distant de ce qui est arrivé, même si la culpabilité est là par moment.
   
   Il se dégage tout de même un charme certain de l'ensemble, qui est à mes yeux ailleurs que dans l'intrigue amoureuse. J'ai admiré l'attitude d'Elsa devant la maladie, son rapport simple à la nature et aux éléments, son questionnement sur ce qu'elle n'a pas su faire plus tôt. Elle a été une brillante psychologue dans sa jeunesse, toujours en voyage à l'étranger pour des conférences. Martti, peintre reconnu et exigeant l'a entraînée dans un certain monde artistique, lui faisant découvrir le Paris bouillonnant des années 60, presque prêt pour l'explosion de 1968.
   
   Ce sont les femmes qui s'expriment dans ce roman, Elsa, Eleonoora, la fille, celle qui a sans doute le plus souffert, témoin muet du jeu cruel des adultes, et la jeune Anna, qui peine à trouver sa place. Et bien sûr, l'énigmatique Eeva, celle que j'ai eu le plus de mal à saisir et qui m'est restée étrangère. Durant le répit accordé à Elsa, comment se recomposeront les relations entre ces femmes, à la lueur du passé exhumé?
   
   De ma lecture, je crois qu'il me restera surtout une belle impression de la vie en Finlande, l'image d'une nature superbe, l'eau répandue sur les pierres du sauna, les bains à la tombée du jour, un certain art de vivre, et de mourir pour Elsa.
   
   C'est le deuxième roman, somme toute très prometteur, d'une jeune femme de 30 ans.
    ↓

critique par Aifelle




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Toute une vie sur un secret
Note :

   Elsa n’a plus que quelques mois à vivre, sa maladie ne lui laisse aucune chance. Elle revient à la maison pour passer ses derniers moments en famille entourée de Martti, son mari, Eleonoora sa fille et de ses deux petites-filles Anna et Maria. Eleonoora a toujours eu un rapport ambigu avec sa mère, très souvent absente pendant son enfance. Aujourd’hui, Elsa a besoin des siens pour adoucir la pensée de sa fin prochaine. Anna, au contraire de sa sœur, est une jeune femme impuissante à donner du réconfort, effrayée de ce qui arrive à sa grand-mère. Malgré sa réticence, elle décide de lui tenir compagnie quelques heures. Les deux femmes se souviennent du temps où Anna était une petite fille qui aimait se déguiser. Un jeu qui les avait enchantées. Elsa propose à Anna de ressusciter le passé. En fouillant dans son armoire aux robes, elle choisit la robe oubliée, la robe d’Eeva comme le lui apprend Grand-mère, sans explication. Que fait-elle là cette robe oubliée? Quel secret se cache derrière cette réponse laconique? Anna part en quête de cette femme qui a occupé une place importante dans la vie de ses grands-parents et de sa mère.
   
    Un secret qui se dévoile petit à petit et qui va bouleverser la famille.

critique par Michelle




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