Lecture / Ecriture
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King kong théorie de Virginie Despentes

Virginie Despentes
  King kong théorie
  Bye bye Blondie
  Les jolies choses
  Apocalypse bébé
  Vernon Subutex - 1
  Vernon Subutex - 2
  Vernon Subutex - 3

Virginie Despentes est une écrivaine française née en 1969 à Nancy.

King kong théorie - Virginie Despentes

Très intéressant
Note :

   Je dois avouer que j’avais un bête préjugé nettement défavorable face à l’œuvre de Virginie Despentes. Ce préconçu s’appuyait sur ce que j’avais pu entendre ou lire ici et là au sujet de ses livres (à commencer par les titres eux-mêmes). J’avais tort, j’ai honte, mais sans avis préconçus, on essaierait de lire à égalité tous les livres qui sont publiés au lieu de procéder à un pré-tri sélectif… et ça n’irait pas non plus. Il faut donc accepter le principe malgré ses défauts.
   
   Donc, une interview de Virginies Despentes dans l’excellente émission de France 5 « Le bateau-livre », m’a étonnée et m’a amenée à me demander si je n’avais pas été injuste envers cet auteur. Je décidais donc d’abandonner toute prévention et de lire « King-kong théorie » dont elle avait su parler avec beaucoup d’intelligence et de façon convaincante.
   
   Ca commence très fort et je me régale, tout en me disant que ce n’est pas possible que cela continue comme ça. Et effectivement, ce n’est pas possible. Aux analyses d’ensemble qui m’avaient emballée succèdent des thèmes spécifiques approfondis plus précisément : le viol, la prostitution, la pornographie
   C’est très intéressant aussi, libre et intelligent mais évidemment, une étude plus approfondie ne permet pas le punch des pages de mise en route. On ne saurait le reprocher.
   
   Je n’avais plus lu de bouquin féministe depuis le lancement des Editions des Femmes (73) et cela fait tout de même du bien de s’y replonger de temps en temps. Pour ma part, cela m’a donné l’occasion de réfléchir et faire le point sur ce qui avait changé au long de cette bonne trentaine d’années (eh oui, ce n’est pas rien). Alors des progrès, il y en a eu. C’est indéniable. Pourtant, on ne peut davantage nier que le fond du problème soit toujours là et qu’on n’arrive pas tellement à le faire bouger. Il est devenu plus sournois, il s’affiche moins franchement (enfin, en général) mais il est toujours là. C’est un poison qui a imprégné le sol et il s’avère extrêmement difficile de s’en débarrasser. Plus difficile que je ne l’avais cru il y a 30 ans. Je n’irai pas jusqu’à dire avec elle que «la seule avancée notoire, c’est que maintenant, on peut les entretenir.» Mais les blagues sexistes sévissent toujours. On dit «les blondes» au lieu de dire «les femmes» et ça passe. Et gare à la femme qui ne trouve pas cela drôle… Et les blagues, ce n’est qu’un signe entre mille. Tiens, j’aperçois du coin de l’œil un vieux n° du Nouvel Obs. qui traîne. Je regarde la date : 11/17 Mai 2006 (pour ceux qui veulent vérifier). Ca s’intitule « Ces intellos qui veulent changer la gauche » et s’accompagne de 11 photos d’ «intellos». Combien de femmes à votre avis ? Zéro. No comment.
   
   Bref, pour en revenir à notre livre, c’est un pamphlet revendicatif, excessif parce que le genre l’exige, mais juste fondamentalement. J’ai ri à certains passages car le ton est vif (par exemple au sujet des hommes qui se plaignent que les féministes soient castratrices : «C’est tout de même épatant, et pour le moins moderne, un dominant qui vient chialer que le dominé n’y met pas assez du sien…» )
   Virginie Despentes frappe juste, elle a de la verve, l’œil aigu et ses remarques font mouche «Dans un tiers de production cinématographique blanche contemporaine, regardez ce qu’on leur fait aux filles. »
   J’ai ri, mais pas toujours.
    ↓

critique par Sibylline




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et si la femme était restée dans les bras du roi Kong ?!!
Note :

    Voilà un livre qui m'a décoiffée... voilà un livre où l'auteur appelle un chat, un chat, et qui ne s'embarrasse pas la langue dans du bois, ni dans les fleurs.
   
   Virginie Despentes peut mettre mal à l'aise de par son parcours hors des sentiers empruntés d'ordinaire par les écrivains : viol, prostitution, culture punk-rock, porno.
   De toute évidence, elle ne laisse pas indifférent.
   Elle ne m'a pas laissée indifférente.
   Elle parle vrai, direct et elle écrit fichtrement bien.
   Elle aborde la question du viol – de son propre viol – sous un œil assez neuf : celui de la dédramatisation. Ce résultat ne va pas de soi ; c'est le fruit de réflexions, de lectures, de rencontres avec des féministes. Américaines, la plupart du temps.
   Elle dit comment et pourquoi elle ne s'est pas défendue. Elle expose le processus de violence faite aux femmes comme étant le résultat d'une construction culturelle et même une volonté politique.
   Les femmes sont-elles naturellement douces et dévouées ? Ont-elles si horreur que ça de la violence ?
   N'est-ce pas là, le fruit d'une programmation artificielle, politique, dirons-nous : mettons les femmes là où on a envie qu'elles soient.
   La sexualité masculine est-elle si naturellement incontrôlable et violente qu'elle expliquerait et excuserait presque, l'existence des viols et des traitements dégradants infligés aux femmes ?
   Faut-il toujours que les femmes fassent profil bas et culpabilisent ad vitam aeternam ? Filles d'Eve, ne restons-nous pas des salopes en puissance, qui le cherchent bien ... ?
   Virginie pose des questions, expose sa vue d'événements qu'elle a elle-même vécus.
   
   Ensuite la prostitution : de façon autonome et occasionnelle, c'est un boulot comme un autre, et surtout bien plus rémunérateur et moins fatigant que d'être caissière à Carrefour ou secrétaire dans une multinationale ! Même que ce serait moins frustrant qu'épouse.
   En effet, la pute travaille dans le même secteur que l'épouse : le service sexuel.
   Pour ma part, j'ai souvent pensé que pendant des siècles et surtout pour les classes aisées, le mariage n'était ni plus ni moins qu'un grand putanat légal : en échange de mes services de fesses, tu me nourris, me loges, me blanchis etc... Je peux même élever tes enfants. Je sais, c'est affreusement grossier, mais pourtant, y'a une bonne part de vrai, là-dedans.
   Ca n'est sûrement pas non plus le lot commun de tous les couples et beaucoup de femmes peuvent s'y sentir parfaitement heureuses et épanouies, mais le fait est que si elles veulent sortir de ce cadre pré-établi, ça n'ira pas de soi... Ca froissera certains orgueils et secouera le prunier des bien-pensants.
   
   Virginie Despentes débat de la question de la féminité et des relations entre les sexes, dans une optique purement féministe et politique. On peut ne pas être d'accord, mais essayer de comprendre ce qu'elle veut dire n'est pas inutile. Loin de là, d'ailleurs.
   
   Au fait, que vient faire King Kong dans ce foutoir ? Virginie Despentes veut faire allusion au film de Peter Jackson et des symboles véhiculés par l'homme, la femme et le sauvage. King Kong, bien qu'effrayant pour le commun des mortels, ne fait pas de mal à la femme. Il ne la viole pas, ne lui fait pas subir d'horreurs. D'ailleurs, King Kong est-il un king ou une queen ? C'est pas bien clair. La femme reviendra parmi les siens, ceux parmi lesquels elle a été éduquée, voire cadrée. King Kong représente la force primale en nous, asexuée et non violente. Mais nous autres, femmes, avons été programmées pour suivre les hommes, et leur plaire, quoi qu'il nous en coûte, pour la liberté d'expression de notre véritable nature.
   extraits :
   « La maternité est devenue l’expérience féminine incontournable, valorisée entre toutes : donner la vie, c’est fantastique. La propagande “pro-maternité” a rarement été aussi tapageuse. Foutage de gueule, méthode contemporaine et systématique de la double contrainte : “Faites des enfants c’est fantastique, vous vous sentirez plus femmes et accomplies que jamais”, mais faites-les dans une société en dégringolade, où le travail salarié est une condition de survie sociale, mais n’est garanti pour personne, et surtout pas pour les femmes. Enfantez dans des villes où le logement est précaire, où l’école démissionne, où les enfants sont soumis aux agressions mentales les plus vicieuses, via la pub, la télé, Internet, les marchands de soda et confrères. Sans enfant, pas de bonheur féminin, mais élever des gamins dans des conditions décentes sera quasiment impossible. Il faut, de toutes façons, que les femmes se sentent en échec. (...) Les armes contre notre genre sont spécifiques, mais la méthode s’applique aux hommes. Un bon consommateur est un consommateur insécure. » ...
   ou
   « Plaire aux hommes est un art compliqué, qui demande qu’on gomme tout ce qui relève de la puissance. Pendant ce temps, les hommes, en tout cas ceux de mon âge et plus, n’ont pas de corps. Pas d’âge, pas de corpulence. N’importe quel connard rougi à l’alcool, chauve à gros bide et look pourri, pourra se permettre des réflexions sur le physique des filles, des réflexions désagréables s’il ne les trouve pas assez pimpantes, ou des remarques dégueulasses s’il est mécontent de ne pas pouvoir les sauter. Ce sont les avantages de son sexe. La chaudasserie la plus pathétique, les hommes veulent nous la refiler comme sympathique et pulsionnelle. Mais c’est rare d’être Bukowski, la plupart du temps, c’est juste des tocards lambda. Comme si moi, parce que j’ai un vagin, je me croyais bonne comme Greta Garbo. Etre complexée, voilà qui est féminin. Effacée. Bien écouter. Ne pas trop briller intellectuellement. Juste assez cultivée pour comprendre ce qu’un bellâtre a à raconter. »
    ↓

critique par Evanthia




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La condition sexuelle
Note :

   J’étais attiré par le titre de cet essai, je ne connaissais pas Virginie Despentes. Je savais juste que Virginie Despentes s’est fait connaître mondialement grâce entre autre à son film « Baise moi », un film censuré qui créa multiples controverses et fit enfler la polémique sur comment dénoncer le viol des femmes. C’est justement la censure qui a aussi contribué à son succès. Personnellement j’ai très moyennement apprécié ce film, un goût d’inachevé peut-être. Je vais le «re-mater», maintenant que je connais un peu mieux V. Despentes . Il fallait que je lise cet essai, pour approfondir la vision que j’ai des femmes. Grâce à V. Despentes. ma curiosité a été satisfaite, mes espérances ont été comblées.
   
   « King Kong théorie » permet d’obtenir en tant qu’homme, le point de vue de V. Despentes. sur la féminité en général et son évolution et sa féminité en particulier c’est réjouissant. Faire le point sur l’inégalité des sexes en ce début de Xxi ième siècle est intéressant, capital même, V. Despentes s’en charge fort bien dans un langage cru, sans tabou ni fausse pudeur.
   
   V. Despentes bouscule les deux sexes et les pousse dans leurs derniers retranchements. Elle démontre à quel point nous sommes, hommes et femmes, conditionnés par un genre sexuel. A tous les niveaux, partout, de par l’éducation, le travail, nos vies de couples, on nous rappelle sans cesse ce que nous avons entre les jambes. La démonstration de Virginie est sans appel femmes et hommes ne sont pas toujours traités équitablement. Et on est bien obligé de penser à plusieurs moments de la lecture: Putain c’est vrai!. Tellement vrai que nous n’y prenons pas garde. Tellement vrai que l’on finit par trouver cela normal. Pourtant au nom de la démocratie des sexes ou pas on ne devrait pas trouver cela normal.
   
   Oui, il existe un dictat pour les femmes si elles souhaitent prendre l’ascenseur social dans le bon sens. Il vaut mieux qu’elles soient blondes à forte poitrine avec un QI acceptable, que plutôt moches voir neutre avec un QI proche de zéro. On peut remarquer que cela peut devenir une vérité pour les hommes également. Alors un choix restreint s’offre aux femmes d’aujourd’hui: le trottoir ou le mariage font partie des possibilités.
   
   C’était nécessaire, V. Despentes dénonce la société des Hommes faite uniquement pour et par les hommes dans un ton réaliste amer parfois trop amer. Elle utilise un ton caricatural et trop souvent catégorique et définitif qui fait du «genre femme» une victime et de l’homme un être passablement bourreau et aussi oublié pour sa propre évolution. A force d’accumulation tout cela devient un peu exaspérant mais c’est peut-être le but.
   
   Le plus inquiétant est de savoir si dans nos sociétés de plus en plus proche des extrêmes, sur des endroits du globe, la femme devra vivre soit voilée de la tête au pied, soit adopter un comportement hyper féminin et s’habiller comme une «chaudasse» prête à tout. Sinon elle risquera d’être comme effacée, inexistante, aux yeux des mâles et de la société dans son ensemble. Alors un SOS devra retentir.

critique par Solera




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