Lecture / Ecriture
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Les heures de Michael Cunningham

Michael Cunningham
  Les heures
  La maison du bout du monde

Michael Cunningham est un écrivain américain né en 1952 dans l'Ohio.

Les heures - Michael Cunningham

Vies intérieures
Note :

   Trois femmes. Trois époques. Trois destinées nous sont contées, entretissées les unes aux autres.
   
   Une journée de la vie de Virginia Woolf, alors qu'elle vient de commencer à écrire "Mrs Dalloway".
   
   Une journée de la vie de Laura Brown, ménagère américaine et lectrice assidue, alors qu'elle vient d'entamer la lecture de ce même "Mrs Dalloway".
   
   Et une journée de la vie de Clarissa Vaughan, éditrice New Yorkaise, Clarissa comme l'héroïne de Virginia Woolf, ce qui lui vaut d'être surnommée Mrs Dalloway par son ami Richard.
   
   Trois journées ordinaires, pendant lesquelles il ne se passe que très peu de choses. C'est à peine si un événement, une visite, une rencontre, quelques phrases lues dans un livre, viennent en troubler le déroulement, suscitant dans l'âme des trois héroïnes de Michael Cunningham un flux et un reflux d'émotions contradictoires, peur et fascination, désir et répulsion. Une lente méditation sur l'amour et la mort... La mort d'un être aimé ou bien celle qu'on choisit dans une ultime tentative pour se libérer d'une existence vide ou prise au piège de la maladie.
   
   Aimant l'oeuvre de Virginia Woolf, j'ai longtemps hésité à lire le roman de Michael Cunningham. Par peur de n'y trouver qu'un pâle ersatz de l'oeuvre originelle. Ou pire, une suite d'un goût douteux à un livre qui est sans aucun doute un chef-d'oeuvre de la littérature anglaise. Ces craintes n'étaient pas fondées. Michael Cunningham possède tout le talent, toute la sensibilité nécessaires pour atteindre à la délicatesse, à la finesse de perception, avec lesquelles Virginia Woolf parvenait à capturer des instants ténus, sans rien perdre de leur charge de vie et d'émotions. Mais dans le même temps, Michael Cunningham possède une personnalité assez forte pour imposer son propre regard et son propre style.
   
   C'est vraiment du tout grand art. Et "Les heures" est à la fois un magnifique hommage à Virginia Woolf et un très beau roman... Sensible... Sensuel... Frémissant...
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critique par Fée Carabine




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Lui, n'a pas peur de Virginia Woolf
Note :

   Bilan provisoire au matin du 18 juin 2007 :
   - visionnages du film : fait (dont deux fois au cinéma)
   - lecture-accrochez-vous de « Mrs Dalloway » : fait
   - chapardage éhonté du bouquin « The Hours » : fait
   - mémoire de master : écarté
   - expérience homosexuelle : pas fait
   - litre de thé vert à l’amande : prêt
   La lecture de « The Hours » est déclarée ouverte.
   
   Le pitch : Ce livre raconte une journée dans la vie de trois femmes : Virginia Woolf dans l’Angleterre des années 1920, Laura Brown dans la banlieue de Los Angeles des 50’s, et Clarissa Vaughan à New York de nos jours. Tout semble séparer ces trois femmes. Seulement, leurs destins sont intimement liés par « Mrs Dalloway »: l’une l’écrit, l’une le lit et l’autre le vit. Trois portraits de femmes qui se superposent et s'entremêlent par delà l’espace et le temps.
   
   Je suis bien contente d’avoir lu «Mrs Dalloway» avant ! Je pense que la lecture de «The Hours» prend tout son sens si on a lu Woolf, parce que le livre y fait constamment référence, de façon implicite ou non, au niveau de l’histoire, du style... Mais en même temps, je pense qu’on peut tout à fait apprécier le livre sans cela.
   
   Il faut un peu connaître l’histoire de V.Woolf cependant. Là c’est pas bien compliqué, il suffit de savoir qu’elle faisait partie du Bloomsbury Group (un groupe d’intello qui se la pétait un peu et où tout le monde batifolait avec tout le monde), qu’elle avait des crises de folie (pendant lesquelles elle entendait des oiseaux chanter en grec) et qu’à cause de ses problèmes de santé, elle s’est retrouvée bloquée dans la banlieue de Londres qu’elle ne supportait pas (comme je la comprends). Elle finit par se suicider par noyade dans la rivière Ouse en 1941. Elle a révolutionné en littérature le modernisme dit britannique, avec sa technique d’écriture («the stream of consciousness») par laquelle elle explore les pensées les plus profondes de ses personnages. En gros. Je devrais écrire des articles Wikipédia.
   
   J’ai trouvé le style de Cunningham admirable, inspiré de Virginia Woolf, mais pas vulgairement imité de. Il ne suffit pas de faire de longues phrases états d’âme en commentant de temps à autre le paysage pour recréer la complexité des personnages woolfiens. Cunningham réussit à traduire le flot de pensée de ses héroïnes solitaires en adoptant à chaque fois un ton s’accordant avec leur propre environnement. Et pour aboutir au même résultat : l’exploration en profondeur de ses personnages, de leurs souffrances, de leur amour, qui contraste vivement avec leur rôle social se révélant pur masque. Tout transparaît à travers de petits gestes, de petites observations. Et l'on flotte avec elles, l'on vit leur rêve éveillé avec elles ! Qui se douterait que derrière Laura Brown, la mère au foyer lisse et aimante, se cache une femme prête à tout plaquer mais épouvantée par cette perspective? On voit comment la confection d’un gâteau traduit cette détresse. En même temps, il y a des scènes qui, si elles sont peu spectaculaires, sont très marquantes : quand Virginia organise les funérailles d’un oiseau, quand Laura fait participer son garçon à la confection du gâteau, quand Clarissa tente de réjouir son poète.
   
   L’auteur met également en lumière un grand principe de «Mrs Dalloway» : la connexion des «caves». V.Woolf disait en effet qu’elle creusait de grands tunnels derrière ses personnages, révélant leur moi le plus profond. Enfin, s’il fallait traduire exactement, faudrait dire «caverne» et pas «tunnel», mais c’est mon commentaire et je fais ce que je veux. Et tout l’intérêt de «Mrs Dalloway», c’est le lien souterrain et insoupçonnable entre les personnages, entre Clarissa Dalloway et Septimus. "The idea is that the caves shall connect, & each comes to daylight at the present moment.” qu’elle dit. Bon ici, c’est moins subtil, on voit clairement ce qui les relie (le livre), mais c’est bien quand même.
   
   Et comme chez Woolf, on retrouve cette importance du sacrifice (suicide ou disparition) qui est en réalité un éloge de la vie.
   Dans le film, les dernières paroles de V.Woolf expriment très bien cela :
   « Dear Leonard. To look life in the face, always to look life in the face and to know it for what it is, at last, to know it, to love it for what it is, and then to put it away. Leonard, always the years between us, always the years, always the love, always the hours.”
   Le poète choisit de mourir pour garder intacte la vie, en lui et chez les autres. Mourir pour des idées. Il y a ce moment extraordinaire où Virginia Woolf choisit lequel de ses personnages dans «Mrs Dalloway» va être sacrifié :
   « Clarissa will be bereaved, deeply lonely, but she will not die. She will be too much in love with life, with London. Virginia imagines someone else, yes, someone strong of body, but frail-minded; someone with a touch of genius, of poetry, ground under by the wheels of the world, by war, by government, by doctors; a someone who is, technically speaking, insane, because that person sees meaning everywhere, knows that trees are sentient beings and sparrows sing in Greek. Yes, someone like that. Clarissa, sane Clarissa – exultant, ordinary Clarissa- will go on, loving London, loving her life of ordinary pleasures, and someone else, a deranged poet, a visionary, will be the one to die." On sait que Virginia pense en même temps à son propre sacrifice et on ne peut s’empêcher de penser à cette scène très marquante qui ouvre «The Hours» : le corps de Virginia Woolf flottant comme un fantôme dans l’Ouse.
   
   Malgré tout, je n’ai pas trouvé le livre triste. Je l’ai pris comme une réflexion sur la vie et sur les choix à faire pour lui faire honneur et affronter son destin.
   On voit des personnages qui s’aiment, qui rient. Car ce livre est aussi un éloge de l’amour qui donne un sens à la vie des personnages. Et moi l’amour, je trouve ça cool.
   
   Edit: au diable la distance critique, lâchez tout et courez voir le film, achetez vous le dévédé en dix exemplaires pour être sûrs que vous en aurez toujours un quoiqu'il arrive. C'est une véritable merveille, les acteurs sont juste fabuleux (mention spéciale à Nicole et son nez, Ed avec sa robe de chambre), la musique superbe, et tout le film finit par vous tordre les tripes d'émotion.
   Verdict: Je relirai.
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critique par La Renarde




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Parce que l'on est en octobre
Note :

   1. Faire une liste
   2. Ne la donner à personne malgré les pressions
   3. Trouver bizarre de ne se voir offrir aucun des livres de la liste
   4. Se les offrir
   
   Pas de doute, c'est la bonne méthode et je l'applique avec précision à chaque nouveau début d'octobre.
   Résultat de l'application de la méthode, il y a quelques années : "Les Heures" de Michael Cunningham. Qui n'avaient rien pour me plaire au premier abord. Je m'explique : c'est un roman contemporain, tout le monde a aimé, il a reçu un prix, on en a fait un film. Généralement, j'évite.
   
   Mais, il fallait croire que le rituel début du mois d'octobre m'avait plus sérieusement chamboulée que je ne le pensais, car j'ai, non seulement acheté, mais lu, et même plusieurs fois, ce qui aurait dû être l'objet de mon opprobre.
   
   J'ai été séduite par l'utilisation que Cunningham fait de Mrs Dalloway de Virginia Woolf, j'ai aimé ces différents personnages qui vivent, consciemment ou non, plongés dans ce roman, ces vies croisées : Clarissa qui, comme Mrs Dalloway, paraît complètement absorbée dans la préparation d'une réception et semble parfaitement maîtriser son univers, Mrs Brown partagée entre son désir d'être et d'agir comme une parfaite mère et épouse et son envie d'échapper à son quotidien en s'immergeant dans le roman de Virginia Woolf, et enfin Virginia Woolf elle-même, essayant de tenir à distance la folie et en train d'écrire Mrs Dalloway.
   
   Le plaisir de retrouver l'univers de Mrs Dalloway, celui de s'attacher à la fragile et torturée Virginia Woolf ne sont pas étrangers à l'enthousiasme que j'éprouve pour ce roman, mais Michael Cunningham, qui non seulement maîtrise parfaitement les thèmes woolfiens, ajoute à sa source d'inspiration ses propres interrogations, son propre univers, pour créer un excellent roman.
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critique par Cécile




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Hello Mrs. Dalloway!
Note :

   Résumé
   C'est à New-York, à la fin du XXe siècle.
   C'est à Londres, en 1923
   C'est à Los Angeles, en 1949.
   
   Clarissa est éditrice.
   Virginia, écrivain.
   Laura, mère au foyer.
   
   
    Commentaire
   J'ai lu ce livre après avoir assisté à une conversation animée entre deux copines à son sujet. L'une a détesté et a failli s'endormir et l'autre a adoré. Quant à moi, des avis divergents me donnent toujours le goût de lire un livre... et c'est donc ce que j'ai fait!
   
   Je le dis d'emblée, je me range du côté de celles qui ont aimé. Beaucoup aimé, même! Il faut dire au départ que Virginia Woolf est une auteure dont l'aura un peu évanescente m'a toujours fascinée et que j'ai beaucoup aimé "Mrs. Dalloway", livre qui tisse le lien entre les trois portraits de femme qui nous sont tracés dans le roman: Virginia, en pleine écriture du roman; Laura, qui le lit; Clarissa qui est sensée incarner une version moderne de Mrs. Dalloway et qui s'occupe de Richard, son ami de toujours, malade du sida.
   
   Il est difficile de parler de l'histoire en tant que telle parce que, comme dans Mrs. Dalloway, on nous raconte une journée dans la vie de ces trois femmes. L'une écrit, l'autre prépare une réception et la troisième fait un gâteau. Mais à travers des gestes simples, l'auteur nous entraîne dans les pensées et les souvenirs des personnages, par un procédé qui ressemble fort à celui utilisé dans le roman de Virginia Woolf. Et comme j'aime bien ce procédé, où des images passées, des sentiments ou des réflexions s'élèvent en tourbillon à partir d'un événement assez anodin, ce roman ne pouvait que me plaire!
   
   En fait, j'ai énormément apprécié toutes les ressemblances, les clins d'œil (bon, pas très discrets, je l'avoue) à "Mrs. Dalloway". Clarissa, qui porte le même prénom que l'héroïne et dont la vie est truffée de ressemblances avec elle, regorge de références, parfois subtiles, parfois moins. Plusieurs thèmes sont les mêmes (la folie, l'homosexualité, la condition de la femme) mais sont exploités différemment, plusieurs rôles étant inversés. Le souvenir de l'instant "parfait" entre autres... Bref, j'ai beaucoup aimé, particulièrement les parties concernant Virgnia Woolf et Clarissa. La réalité de Laura, qui a du mal à accepter sa condition d'épouse et de mère, est en effet un peu trop éloignée de la mienne. Mais bon, comme toujours, quand un livre est bourré de références à un autre livre, j'ai tendance à apprécier, à les rechercher et à être toute contente quand j'en découvre une nouvelle! J'ai déjà dit que j'étais bébé?
   
   Quant aux arguments avancés par mon amie qui n'a pas aimé (ne vous en faites pas, je l'aime quand même! On n'apprécie que rarement les mêmes choses; je suis trop "grand public" pour elle et je ne comprends presque rien des livres qu'elle vénère... ça arrive, des fois!) qui va comme suit: "il n'y a pas d'histoire réelle autre que les divagations de trois femmes qui passent leur temps à se plaindre et qui sont des éternelles insatisfaites", je réponds que je comprends parfaitement que ce livre puisse être perçu de cette façon. Si je n'avais pas lu et apprécié "Mrs. Dalloway", j'aurais certainement moins accroché. Mais je n'ai pas perçu les choses de cette manière. En effet, je ne me considère pas vraiment comme une "éternelle insatisfaite" et je me suis parfois reconnue dans certains questionnements, certaines émotions passagères (ces heures qui ne se ressemblent pas, ces moments de bonheur intense et d'émerveillement pour de petites choses, ces constats qui font parfois mal). L'amitié ambigüe entre Clarissa et Richard m'a beaucoup touchée et j'ai trouvé beaucoup d'humanité dans ce récit. Mais ne vous inquiétez pas, il semble que je sois encore en bonne santé mentale (quoique certaines personnes se permettent parfois d'en douter... mais bon, c'est une autre histoire!!!)
   
   Bien entendu, je me suis dépêchée d'aller chercher le film, que j'ai trouvé à la hauteur du livre! Et, fait notable, il y a des trucs que je n'avais pas vus venir dans ce livre! Anormal et bizarre, mais c'est le cas! Je crois que j'étais trop absorbée à ne pas perdre le fil des pensées des personnages pour chercher! Et mon dieu que j'aime ça!!! Pourquoi ça ne m'arrive pas plus souvent?!?!
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critique par Karine




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Les heures qui m'ont ennuyée à mourir!
Note :

   Encore un titre dont je repoussais la lecture, pour une raison indéterminée, mais finalement, il semblait m'attendre à la bibliothèque municipale, et je me suis dit : "allez je me lance".
   
   Je précise que je n'ai pas vu l'adaptation cinématographique, c'est un premier point.
   
   Le second point c'est que je me suis considérablement ennuyée...
   
   Alors oui le postulat de départ est original, cette histoire parallèle entre trois femmes, à trois époques différentes, dont le lien est Mrs Dalloway, c'était une bonne trouvaille. Pour le reste ma foi...
   
   Les seuls passages qui m'ont réellement intéressée sont ceux relatifs à Virginia Woolf. Après, suivre la vie ordinaire de deux femmes insatisfaites qui ressassent leur passé (Clarissa) ou leur mal être (Laura) fut une tâche bien ennuyeuse. L'éditrice lesbienne qui organise un dîner pour son ami mourant, et la femme au foyer qui rêve d'une autre vie m'ont plutôt donné envie de dormir! Les regrets, l'insatisfaction, et on passe à côté de sa vie, et on est à la recherche de l'instant parfait... C'est du déjà vu et cela a été mieux raconté, par d'autres!
   
   J'a lu ici et là des critiques élogieuses sur l'écriture. Quelque chose m'aura échappé sans doute. C'est bien écrit, bien que quelques passages m'aient parus artificiels, mais pas de quoi crier au génie.
   
   Donc, je ne retirerai pas grand-chose de cette lecture. Suis complètement passée à côté du roman, ça arrive parfois... Me reste à voir le film, il me fera peut-être changer d'avis qui sait?

critique par Folfaerie




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