Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La piscine de Yôko Ogawa

Yôko Ogawa
  La piscine
  La grossesse
  La formule préférée du professeur
  Les abeilles
  Les paupières
  Tristes revanches
  La Bénédiction inattendue
  Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie + un thé qui ne refroidit pas
  La marche de Mina
  L'annulaire
  Une parfaite chambre de malade
  La mer
  Cristallisation secrète
  Amours en marge
  Les tendres plaintes
  La Petite Pièce Hexagonale
  Le musée du silence
  L'hôtel Iris
  Parfum de glace
  Manuscrit zéro
  Les lectures des otages
  Petits oiseaux
  La Jeune fille à l'ouvrage
  Instantanés d'Ambre

Yōko Ogawa (小川洋子°) est une écrivaine japonaise née en 1962.
Elle a obtenu:
Le Prix Akutagawa pour "La Grossesse" en 1991
Le Prix Tanizaki
Le Prix Izumi
Le Prix Yomiuri
Le Prix Kaien pour son premier court roman, "La désagrégation du papillon"


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La piscine - Yôko Ogawa

Cruelle adolescence.
Note :

   La narratrice entre dans cette période charnière de la vie qui se situe au sortir de l'enfance et de son insouciance.
   Ses parents dirigent un orphelinat dont elle est « la seule pensionnaire à y être née sans être orpheline. » Selon elle, c'est cela qui aurait défiguré sa famille.
   « Il m'arrive parfois de penser qu'il aurait peut-être mieux valu pour moi aussi d'être orpheline. J'aurais préféré avoir subi au moins l'un de ces malheurs que l'on trouve en abondance ici.[…]
   Car j'étais une orpheline que personne ne voulait adopter. Parce que j'étais parmi les orphelins à ne pas pouvoir quitter l'institut. […]
   Les enfants de l'institut s'en allaient tous les uns après les autres, me laissant seule. »

   
   Dans cette période de transition, apparaissent les prémices de pulsions sexuelles déstabilisantes. Elles s'accompagnent sans équivoque des premières perceptions du désir, bien mal définies encore. Nombre de sentiments antagonistes se confrontent alors durant cette période tumultueuse de l'adolescence. De vrais chagrins inconscients de l'enfance resurgissent qu'il lui faut absolument consoler.
   
   Ainsi, elle s’entiche littéralement du corps de Jun, un jeune orphelin qu'elle contemple à longueur de journées durant ses entraînements de natation. Parallèlement, tant de frustrations plus ou moins conscientes la harcèlent qu'elle les libère par ces actes de cruauté envers une petite pensionnaire. D'autres moyens d'assouvir cette sexualité pressante et envahissante. Des émotions nouvelles l'habitent qu'il lui faut apparemment expulser.
   « Faire pleurer Rie, et regarder les muscles mouillés de Jun. Uniquement cela. Seules ces deux choses pouvaient me consoler. »
   
   Les mots de Yôko Ogawa pour exprimer les sentiments sont d'une grande justesse, l'atmosphère humide, ce ciel continuellement gris ne font que renforcer le mal-être, le malaise et la morosité qui planent.
   
   Comme pour bien des ouvrages de cette auteure, ce très court roman (moins de 80 pages) est à nouveau le nid de relations impétueuses, ambiguës et factieuses.
   
   Un livre très court, certes, mais d'une force certaine, cruelle et percutante. Seule la première de couverture me laisse une sensation bien mitigée. Qui donc a bien pu la choisir ? Je n'y vois aucun lien et, à mon avis, elle ne sert pas la promotion du livre.
   
   PS: autre avis sur ce site dans le commentaire sur «Les abeilles»
   ↓

critique par Véro




* * *



Plus je lis Ogawa, plus je l’apprécie
Note :

   Aya est une jeune adolescente dont les parents gèrent un orphelinat. Elle est malheureuse et seule, se sentant délaissée par ses parents, trop occupés par leurs autres enfants.
   
    Son seul plaisir est d’aller à la piscine en cachette pour admirer le corps de Jun lorsqu’il plonge dans l’eau. C’est un garçon de son âge élevé avec elle, toujours d’humeur égale, le seul ancrage positif de son existence.
   
   Le côté négatif d'Aya, en revanche, est sa tendance à persécuter le bébé d’un an et demi qu’on lui confie souvent, une jolie petite fille qu’elle fait pleurer puis qu'elle enferme, comme par jeu, dans une jarre et enfin qu’elle rend très malade en lui offrant consciemment un gâteau avarié."Je voulais encore entendre des sanglots de bébés ; je voulais goûter à toutes sortes de pleurs."
   
    Un soir, au retour de la piscine, elle se rend compte soudain que Jun sait qu'elle est la responsable de ces méfaits car il ne la quitte pas des yeux. "Tout en suivant son profil du regard, je pris conscience du fait que je ne pourrais plus rien lui demander. Ni caresses, ni protection, ni chaleur. Il ne plongerait sans doute plus jamais dans ma propre piscine troublée par des pleurs d’enfants orphelins. Des vagues de regrets arrivaient sur moi, doucement mais sans relâche. "
   
   C’est un récit des plus ordinaires et des plus troublants à la fois, bien spécifique de l’écriture de Yoko Ogawa qui aime décrire la perversité des êtres innocents et fragiles, à la recherche d’eux-mêmes, partagés entre leur désir de pureté et de plénitude tranquille d’un côté et leur tendance au sadisme et à la cruauté de l'autre. Simple constatation au-delà de toute morale qui n’est pas de mise ici.
   
   Plus je lis Ogawa, plus je l’apprécie.
   
   
   Début de "La piscine":
   
   "Jun avance sur le plongeoir de dix mètres. Il a pour maillot le slip de bain rouge foncé que j’ai vu hier pendu sous l’auvent de la fenêtre de sa chambre. Arrivé à l’extrémité de la planche, il tourne lentement le dos à la surface de l’eau et aligne les talons. Tous les muscles de son corps sont bandés à l’extrême, comme s’il retenait sa respiration. C’est la ligne musculaire qui part de la cheville pour atteindre la cuisse à ce moment-là que je préfère dans son corps. Elle a l’élégance glacée d’une statue de bronze."

   ↓

critique par Mango




* * *



La piscine - Les abeilles - La grossesse
Note :

   Avec ces trois nouvelles, Yoko Ogawa invite le lecteur à pénétrer dans son univers étrange et inquiétant qui a fait toute sa renommée littéraire.
   
    Trois courts romans intimistes qui explorent la cruauté, la méchanceté de personnages emprunts d'une certaine dose de naïveté perverse.
   
    Les phrases ébranlent, les mots frappent et rendent le malaise persistant. L'écriture distanciée et froide rend la lecture inquiétante et les chutes en suspens augmentent la tension et le malaise.
   
    Les personnages d'Ogawa possèdent un sentiment d'irréalité par rapport à leur quotidien. Un quotidien décrit d'une manière simple et efficaces avec une telle précisions qu'il en devient angoissant.
   
    Dans "La Piscine", l'héroïne raconte sa vie dans un orphelinat catholique que ses parents dirigent. Jalouse, elle envie ses camarades de classe qui eux seront adoptés un jour. Elle voue une admiration amoureuse à un jeune orphelin tout en martyrisant une petite fille qui vient d'arriver. Elle recherche une pureté dans des sentiments jamais avoués et un sadisme forcené envers cette enfant qui lui fait confiance. La chute est d'autant plus cinglante qu'elle arrive en un très court dialogue impitoyable.
   
   "Les Abeilles" emporte le lecteur dans une université désertée où un directeur unijambiste sans bras assiste depuis la disparation d'un élève à l'anéantissement de l'institution. Une ancienne étudiante qui vient d'y inscrire son cousin décide de lui rendre visite. Elle sera reçue par l'étrange directeur et sera perturbée par un bruit insolite qu'elle n'arrive pas décrire. Anéantissement, mort tout est bizarre et pourtant d'une grande beauté.
   
   "La Grossesse" raconte les neuf mois de grossesse d'une jeune femme vue par sa jeune sœur. Comme dans un journal intime, elle note touts les inconvénients de la maternité, l'inutilité d'être enceinte, la vie de couple de sa sœur. Quand elle se rend compte que sa sœur mange de plus en plus, elle lui confectionne une confiture spéciale qui peut mettre en péril la vie de son bébé. Hallucinant de perversité.
   
    Par sa concision et sa parfaite simplicité dans la description des troubles de la personnalité, Yoko Ogawa nous transmet des perles littéraire incomparables.

critique par Marie de La page déchirée




* * *