Lecture / Ecriture
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La folle du logis de Rosa Montero

Rosa Montero
  La fille du cannibale
  Instructions pour sauver le monde
  Le roi transparent
  Belle et sombre
  Le territoire des barbares
  La folle du logis
  Des larmes sous la pluie
  L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir
  Le poids du cœur
  La chair

Rosa Montero est une romancière et journaliste espagnole née en 1951 à Madrid.

La folle du logis - Rosa Montero

Réflexions sur l'écriture
Note :

   Recherchant la lecture d’un auteur espagnol contemporain. J’ai choisi Rosa Montero, romancière et journaliste espagnole très populaire. Ses livres, en particulier "La Folle du logis", sont des best-sellers.
   
   "La Folle du logis", que j’ai pris tout d’abord pour un roman, est en réalité un essai sur le métier d’écrire. Tout romancier professionnel, depuis Henry James jusqu’à Vargas Llosa en passant par Stephen King, Montserrat Roig ou Vila Matas, éprouve ce désir urgent et impérieux d’écrire sur l’écriture. C’est chez lui comme une sorte de manie obsessionnelle
   
   Pour Rosa Montero, la fiction est l’art primordial des humains et nous inventons nos souvenirs, nous nous mentons, nous nous leurrons, nous déformons le passé. C’est ainsi que les souvenirs de l’histoire commune d’une famille sont totalement différents pour chacun des enfants.
   
    Mais d’où vient ce plaisir à inventer des histoires si ce n’est pour se sentir éternel? C’est aussi toujours contre la mort que l’on écrit.
   
   Rosa Montero s’interroge ici sur "La folle du logis", cette imagination, force et fragilité à la fois de tout romancier. Elle passe en revue ce qui a fait la grandeur et la décadence de quelques auteurs de fiction parmi les plus grands. C’est Zola qui refuse de signer le manifeste de soutien à Oscar Wilde et qui, trois ans après, prend la défense de Dreyfus. C’est Goethe qui arrête le récit de sa vie au moment précis où il accepte l’offre de Weimar. C’est Truman Capote qui "s’effiloche" avec le succès de son reportage romancé: "De sang froid". C’est enfin Melville qui sombre dans la violence après le mauvais accueil fait à "Moby Dick" . Ce chapitre fait partie de mes préférés.
   
   Elle évoque aussi ses créations et la part de mystère et d’incontrôlable qui n’échappe à aucune d’entre elles comme la présence constante et le plus souvent inconsciente des personnages de nains ou de naines récurrents dans tous ses livres. "Il ne faut pas trop grandir. Qui sait, c’est peut-être la raison de mon attirance pour les nains."
   
   Pourquoi, à l’approche de la cinquantaine, tant d’écrivains éprouvent-ils cette anorexie créatrice si semblable à une maladie qui les empêche d’écrire? C’est que le vieillissement entraîne la perte progressive de nos capacités créatrices, une ankylose de notre imagination, une terrible indigestion de la réalité et la mort définitive de l’enfant qui est en nous. Le roman devient abstrait, désincarné et sans valeur avec la perte des "données circonstancielles", c’est-à-dire des détails précis concernant le lieu, l’heure, les personnages, les gestes, la mise en scène proprement dite.
   
   Ce livre, je ne l’ai plus quitté une fois commencé mais je l’ai hérissé de post-in au point de m’y perdre en le reprenant pour écrire ce billet. Trop, c’est trop! Il est si riche en belles citations, les réflexions y sont si justes que je ne sais plus où donner de la tête et le résumer me semble une entreprise impossible. Les citations sont si nombreuses que je vais m’abstenir d’en écrire davantage.
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critique par Mango




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Rrécit hybride captivant
Note :

   Si j'avais à qualifier la journaliste-romancière espagnole Rosa Montero, l'adjectif qui me viendrait à l'esprit serait mutine. Parce que ce qui ressort de cet essai est la malice, l'espièglerie et la fine intelligence de son auteure. Thérèse d'Avila affirmait que "L'imagination est la folle du logis.", Rosa Montero en est la garante !
   
   Il est difficile de résumer cet ouvrage, de le classifier aussi : Rosa Montero a délibérément choisi de le décataloguer. Riche de ses nombreuses lectures, elle discourt sur la vie et l’œuvre de quelques écrivains classiques, règle les comptes des rumeurs établies (j'ai bien apprécié la mise en lumière de Madame Tolstoï, épouse d'un mari un brin manipulé par un charlatan), décrit la manière/technique de concevoir, la vanité des uns, la douce névrose des autres. Mais là où elle surprend le plus, reste dans son art tout personnel de narrer sa vie. Combien de fois je me suis exclamée "Non mais, elle débloque, la Rosa !", juste avant de comprendre le procédé. Alors oui, "La Folle du Logis" est un essai intéressant, enrichissant sur les créateurs littéraires, suffisamment nourri de références bibliographiques (la culture de l'Espagnole me semble immense) mais j'ai aussi apprécié son honnêteté et sa franchise, son côté cash et son esprit épris de liberté.
   
   Elle vit et a vécu comme bon lui semblait : ses souvenirs personnels juxtaposent l'universel et la grande Histoire : sa jeunesse fut imprégnée par l'époque franquiste, la jeune adulte vécut à fond la Movida. D'elle, on cernera peu de choses, ou du moins juste ce qu'elle a souhaité laisser entrevoir. Jamais elle ne se regarde écrire, elle pense comme elle respire, elle atteint le vrai sans le chercher. Ce qui fait que ses mots chantent, gardent leur fraîcheur, deviennent des belles pensées et ne s'oublient pas. "La Folle du Logis" est un récit hybride, exemplaire : une pincée d'essai, un zeste d'autofiction, une pointe de surprise, jamais de narcissisme. C'est l'hommage d'une grande dame à la littérature et à ses petites fourmis ouvrières, à lire absolument.
   
   D'elle
   "On se trouve au seuil même de la création et des trames admirables, des romans immenses éclatent dans nos têtes, baleines grandioses qui ne laissent voir que l’éclair de leur dos mouillé ou plutôt des fragments de ce dos, des parcelles de cette baleine, des miettes de perfection laissant deviner l’insupportable beauté de l’animal tout entier ; mais ensuite, avant d’avoir pu faire un geste, avant d’avoir été capable de calculer son volume et sa forme, de comprendre le sens de son regard perçant, la bête prodigieuse plonge au fond de l’eau et le monde reste paisible et sourd et terriblement vide."

critique par Philisine Cave




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