Lecture / Ecriture
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Forêt noire de Valérie Mréjen

Valérie Mréjen
  L'agrume
  Forêt noire

Valérie Mréjen est une artiste et romancière française née en 1969.

Forêt noire - Valérie Mréjen

Pelote de fil rouge
Note :

   "Un homme qui aimait se parfumer à l'essence de figuier avait un jour écrit que le plus beau jour de sa vie était peut-être passé. La notion du plus beau jour était pour la femme de bientôt quarante sept ans un grand mystère. Cette réussite mémorable et exceptionnelle confinant au chef d’œuvre et qui était censée se dérouler dans la grâce du matin au soir pour illuminer par la suite des périodes plus maussades, est-ce que cela arrivait réellement?"
   
   Ce petit roman est totalement inclassable. Si vous avez lu "L'agrume" et "Eau sauvage" vous retrouverez avec plaisir l'écriture fine et précise de Valérie Mréjen. Ici, des textes parfois très courts parlent presque tous de la mort. Sans lien apparent, ils évoquent souvent des morts violentes, suicides, accidents, crimes... C'est le genre d'histoires que l'on se chuchote entre voisines, entre collègues, entre amies, sans leur donner trop de réalité, en les tenant à distance.
   
   Le ras-le-bol montre le bout de son nez devant ces énumérations morbides, c'est le moment où l'on glisse vers un texte en apparence plus anodin, des petites considérations sur les phrases toutes faites prononcées sans y prendre garde et l'on continue, comme aimantée par ce savoir-raconter et cette proximité. Même si la narration paraît décousue, un fil rouge semble tenir l'ensemble et lui donner une unité.
   
   C'est le genre de texte qui passe ou qui casse. A vous de voir s'il peut vous convenir.
   
   "Et si cette autre femme, une connaissance de lointaines connaissances dont le degré de relations se perd dans le bouche-à-oreille et où personne ne sait plus très bien qui l'a vraiment connue, si seulement cette femme n'avait pas ri de si bon cœur en écoutant une anecdote comique racontée par un invité au cours d'une choucroute party. Si elle ne s'était pas renversée en arrière, dilatant ainsi le larynx que peut obstruer, à cause de l'appel d'air, un morceau d'aliment."

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critique par Aifelle




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Evoquer la mort
Note :

   Tout au long de "Forêt noire" Valérie Mréjen égrène des récits de morts violentes, soudaines, accidentelles, des suicides inattendus. Sans transition aucune, ces récits plutôt courts génèrent tout à la fois, malaise, fascination et réflexions.
   
   Malaise car l'auteure choisit un thème bien évidemment dérangeant ; fascination car l'accumulation de ces morts n'engendre jamais de voyeurisme, tel est le mystère du style de Valérie Mréjen qui sait trouver la juste distance et le ton juste pour évoquer la mort...
   
    La mort surgit là où on ne l'attendait pas et les fantômes ne nous quittent jamais vraiment, il faut s'en accommoder. Ainsi une balade avec un spectre prend-il une allure tout à fait banale et engendre une réflexion sur les nouveautés que la morte n'avait pu connaître et la manière dont elle pourrait les appréhender.
   
   On croise aussi certains personnages plusieurs fois, et en particulier un couple mère-fille, relation complexe et très finement analysée, respiration entre deux récits où nous pourrons aussi identifier certaines personnalités publiques jamais nommément citées.
   
   Une écriture sur le fil du rasoir, d'une trompeuse simplicité, qui réussit le pari improbable de nous faire relire ce livre à peine l'avons-nous terminé.
   
   Juste un extrait pour vous donner envie:
   
   " Dans l'entourage de son nouvel ami, on se demande comment se rendre utile, quels mots consolants prononcer, quelle dérisoire brindille ajouter au barrage qu'on aimerait bien contribuer à bâtir en vain pourtant contre un raz de marée de tristesse dont la puissance nous échappe forcément: rien d'autre à faire sans doute que d'envoyer sporadiquement des signes de présence en espérant que cette douleur finisse avec le temps par s'estomper et lui laisse un peu de répit."

   
    124 pages qui vont forcément se faufiler sur l'étagère des indispensables.

critique par Cathulu




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