Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L'Inde des Indiens de André Lewin

André Lewin
  L'Inde des Indiens

L'Inde des Indiens - André Lewin, Catherine Clément

L’autre guide
Note :

   "L’autre guide" est-il sous-titré. Oui, l’autre guide, dans la mesure où c’est davantage un livre d’informations sur la réalité indienne et des Indiens qu’un guide qui... vous guide!
   Un ouvrage particulièrement délicat à réaliser tant la réalité de l’Inde – et des Indiens – est protéiforme, insaisissable. D’ailleurs, que disait de l’Inde - qui n’était pas encore une Nation - le défunt Winston Churchill, farouche colonialiste s’il en fut?
   "L’Inde est une abstraction."

   Oui, une sacrée abstraction devenue depuis quatrième puissance économique mondiale – et qui passera dans les années à venir devant la Chine, je le pense pour ma part. Difficile de ne pas comparer les deux monstres à plus d’un milliard d’habitants : l’Inde et la Chine.
   "Si l’on compare, comme on le fait souvent, la réussite économique de la Chine avec celle de l’Inde, et même si la croissance indienne est un peu plus lente, on ne peut s’empêcher de constater que la Chine connait l’un des régimes totalitaires les plus rigoureux au monde sans que le libéralisme économique ambiant se retrouve dans la vie politique, alors que l’Inde n’a cessé, en soixante années d’indépendance, de pratiquer une démocratie vivante, avec des élections libres (650 millions d’électeurs inscrits en 2004), un multipartisme effectif, des alternances régulières tant au gouvernement central que dans les régions, une presse très critique, une justice indépendante, une armée puissante qui n’a jamais cherché à influer sur le pouvoir. Même avec de la corruption, de fortes inégalités économiques entre personnes et entre régions, même s’il y a de temps en temps des affrontements inter-communautaires, l’Inde est toujours restée un pays de liberté et de tolérance."
   
   Nation de paradoxes à n’en pas douter. Source de sentiments puissants ; de l’admiration à la haine, de l’image de la beauté à celle de l’horreur...
   
   "L’Inde des Indiens" passe ainsi en revue quelques chapitres qui parfois ne clarifient pas la compréhension de l’Inde. Ainsi en est-il du chapitre "Religions et castes" . Vous pouviez avoir une vague idée de ce qu’on nomme "les castes" mais après lecture, vous comprenez que ce qu’on appelle communément "les castes" est un fait une simplification d’une réalité bien plus inextricable... indienne.
   "Caste vient du portugais casta, qui, comme en italien, signifie "pur" : le système des castes répartit en effet les humains selon leur degré de pureté. En théorie, depuis la Constitution adoptée en 1950, les castes n’existent plus. Mais une active politique de discrimination positive réserva dès l’Indépendance des postes aux Dalits, "intouchables", basses castes et autochtones : l’un d’eux, K.R. Narayanan, intégra la jeune diplomatie indienne sur instruction de Nehru et devint Président de la République. En 1988, une commission augmenta considérablement les quotas de postes réservés. Des révoltes éclatèrent chez les brahmanes et la guerre des castes repartit. Mais une révolution est en marche : organisés en partis politiques qui gagnent les élections, les Dalits marchent vers le pouvoir."
   
   La "Success-story" du développement économique indien est bien sûr traitée ainsi que certains points saillants de la société indienne et conflits latents. Mais d’abord les auteurs tordent le cou à une vision courante des Indiens vus de nos contrées :
   "On pense généralement que les Indiens, qu’ils soient hindous, musulmans ou d’autres confessions, sont des êtres spiritualistes, préoccupés avant tout de vie intérieure et de quête spéculative. L’analyse de la vie politique et économique montre qu’il n’en est rien, même si la religion affleure partout.
   La soif de pouvoir, la volonté de puissance, l’ambition de la réussite, l’attrait du gain, le souhait de promotion sociale caractérisent tous les Indiens..." 
   

   Un milliard deux cents millions d’habitants, six fois la France en superficie,... ça ne peut pas être simple. Ça ne l’est pas, et au moins ce guide ne nous laisse pas croire que ça puisse être simple!

critique par Tistou




* * *