Lecture / Ecriture
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Sur les nerfs de Larry Fondation

Larry Fondation
  Sur les nerfs
  Criminels ordinaires*
  Dans la dèche à Los Angeles

Sur les nerfs - Larry Fondation

Noir, évidemment!
Note :

   Ce livre est un recueil de nouvelles très courtes pour certaines, qui ont toutes en commun de se dérouler aux États-Unis, dans des ghettos, des quartiers laissés à l'abandon, squattés ou habités par des gens pauvres, des truands, des dealers, des junkies. C'est noir, terriblement noir. Parfois une petite lumière qui pourrait illuminer ce noir, mais assez rarement. Appelons cela le destin, le "pas-de-bol", la malchance d'être né de ce côté de la barrière : pauvre dans un pays riche, le petit coup de pouce qui fait sombrer dans la drogue et les ennuis, ou tout autre terme, mais le fait est que les situations que décrit Larry Fondation sont malheureusement crédibles, et c'est ce qui les rend encore plus tragiques, plus terrifiantes.
   
   Larry Fondation emploie un mode elliptique, rapide, haché. Certaines nouvelles déconcertent, on ne suit plus vraiment, mais la chute est là, souvent qui remet tout en place.
   
   "II. Dormir par terre au Lavomatique. Pas d'employé pour te foutre dehors.
   
   III. Aide sociale et centre de grossesse
   
   Une assistante sociale : "pourquoi est-ce que tu t'es laissée mettre en cloque si jeune?" (Emphase : "laissée".) [...]
   
   V. Biens personnels à protéger
   
   boîte de Coca biberon papier toilette parfumé
   
   station-service lessive désodorisant
   
   ouvre-boîte électrique cigarettes déodorant
   
   cran d'arrêt pistolet cyanure" (p.41/42)
   

   D'autres sont plus linéaires. Il y en a pour tous les goûts, à condition quand même d'aimer le noir.
   
   "Il reste là, sur les escaliers, alors quelle lui a dit de se cacher.
   - Ils te cherchent.
   - Qu'ils viennent.
   - C'est de ma faute.
   - Qu'ils viennent, il répète.
   Il fait nuit, mais encore chaud, et les rues sont pleines d'enfants qui jouent, de mecs au coin de la rue qui boivent de la bière, et de femmes qui se baladent en short et en sandales." (p.29)
   

   Larry Fondation est médiateur de quartier à Los Angeles et doit donc savoir de quoi il parle lorsqu'il évoque la vie à l'intérieur de ces quartiers : il ne fait pas de concessions et ne se censure pas, certains passages sont assez durs, violents. On ressort de ce livre un peu étourdi, étonné et effrayé de ce qui peut se passer dans les cités, dans les squats, dans les rues mal famées, même si ce sont des choses qu'on voit parfois à la télé. Mais la littérature est plus forte en imaginaire et chacun se fait ses propres images de ce qu'il lit alors que la télévision nous impose les codes qu'elle veut bien : c'est particulièrement visible lorsqu'on regarde comment deux chaînes peuvent traiter différemment une même information.
   
   Je n'ai pas tout aimé dans ce recueil, certaines nouvelles m'ont laissé dubitatif, parce que parfois trop déstructurées, trop elliptiques mais dans l'ensemble je suis plutôt positif et curieux de ce que pourrait faire Larry Fondation en musclant un peu ses personnages, en les développant et en les mettant dans un roman... Noir évidemment.
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critique par Yv




* * *



Noir sur L.A.
Note :

   Court récit, est-ce un roman? J'opterai plutôt pour une suite de tranches d’existence. Premier écrit de cet auteur qui, si j'en crois la quatrième de couverture, est médiateur de quartier à Los Angeles depuis plus de vingt ans. Son expérience de terrain a sûrement dû lui servir ici. Car, et tout le monde le sait, la réalité dépasse la fiction!
   
   Des titres d'épisodes dont certains ne font que quelques lignes:
   -Des enfants en train de jouer ; Après Billy ; Sur les marches de l'océan bleu ; De sacrées couilles ou Jeunes ; quartier chaud.
   
   Une histoire d'amour et de mort dans "Après Billy" ; la résignation de l'homme qui sait... la résignation de la femme qui lui fait un dernier cadeau...
   
   J'ai beaucoup aimé "Le long silence bien rempli d'un cœur vidé" qui pourrait être sous-titré "Vie et mort de Sharon". Raccourci d'une existence sans espoir, habituée à la mort et à la violence et contrairement aux anges, elle ne vole pas!
   
   "Parents de sang" un frère, sa sœur et l'amant de celle-ci... un long périple pour faire regarder les lignes de la main du second par le premier. La femme est rassurée, retour à la case départ pour l'acte sexuel!
   
   "Épilogues en cinq parties" clôt ce recueil de la manière dont il avait commencé . D'une façon crépusculaire....accidents de la vie, meurtre gratuit pour une peccadille, un bar, une soirée et une femme... cela pourrait suffire avant la nuit, pourquoi rajouter un meurtre! On comprend que les nerfs de certaines protagonistes de ces histoires lâchent!
   
   Les personnages sont nombreux, marginaux, femmes et hommes laissés pour compte de la société de consommation et bien pensante américaine. Silhouettes éphémères, certains passent de vie à trépas pour des choses qui nous paraissent futiles! Monde crépusculaire peuplé d'êtres hallucinés!
   
   Bobby vend des cachets... bizarrement que cela, pas de produits plus durs, paradoxe du personnage... est-ce pour cela que Theresa lui ouvrira son lit et plus... Son jeune frère Punkrat s'est fait tirer dessus... il n'avait pas treize ans... elle est belle la ville!
   
   Jeff est "barré" shooté jusqu'aux yeux et bien sûr capable des actes les plus étranges qui soit... comme de s'automutiler dans un accès de paranoïa. On peut être amis, même les meilleurs du monde et se trahir sans trop d'états d'âmes, comme Army et Poz, un autre est capable de tuer un ancien compagnon de cellule par amour!
   
   Les filles n'ont évidement pas le bon rôle dans toutes ces histoires! Battues, violées, se rabaissant dans l'espoir d'être la copine du mec qu'elle aime.
   
   L'écriture est "speed", les morts sont rapides et violentes, c'est la survie, loin du strass et des paillettes de L.A. Les tenants d'un classicisme littéraire absolu peuvent passer leurs chemins, que les autres qui cherchent la découverte tentent l'aventure, ils ne seront pas déçus!
   
   On trouve des inventaires pour le moins bizarres avec, par exemple dans la catégorie animaux de compagnie, une batte de base-ball... C'est cru, osé et le sexe est très présent, sorte de plaisir ultime car personne ne sait de quoi demain sera fait.
   
   A noter une très belle présentation, bien dans le style noir du livre et une très belle photo! En noir et blanc évidement.
   
   Ce livre avait tout pour me plaire, chose que je confirme à la fin de cette lecture.
   
   
   Extraits :
   
   - Vaut mieux plaquer une meuf au bout d'un mois ou deux. Je veux dire : après, ça devient vraiment chiant, elle se met a faire chier pour un oui, pour un non.
   
   - Jeff continuait à faire des trucs bizarres, même après avoir arrêté la came.
   
   - C'était notre chez nous- un lieu où se défoncer, où parler et grandir. Et baiser.
   
   - C'était avant Johnny Mac, avant qu' aucun d'entre nous ait un flingue.
   
   - Elle était pas mal, physiquement, à part sa bouche qui tombait de côté comme celle d'un mérou, et elle était tellement maigre qu'elle n'avait pas de nichons.
   
   - Une assistante sociale : "quoi est-ce que tu t'es laissée mettre en cloque si jeune?" (Emphase : "laissée".)
   
   - Sharon hurle. Elle n'a plus de chemisier. Elle se faisait tripoter quand les flics sont arrivés.
   
   - T'es un junkie, lui, c'est un junkie, et elle, c'est une junkie, qu'il dit. Alors, c'est quoi toutes ces conneries sur les rapports sexuels sans risque?
   
   - Les généraux ne se battent jamais pour de vrai. On ne les trouve jamais en première ligne. Alors, sont-ils courageux?
   
   - Pour certains, Los Angeles, c'est des bougainvilliers et des plantes tropicales luxuriantes dans le désert, tout ça soigneusement entretenu par des jardiniers. Un coin romantique.
   
   - Elle se pique dans l'intimité de la chambre avant de partir.
   
   - Je passe un bon moment. Je la regarde et regarde le film. Le film s'arrête tout seul. Je lui donne de l'argent pour une pipe.
   
   - J'ai braqué le magasin, il lui a dit. Tu veux bien baiser avec moi, maintenant?
   

   Titre original : Angry Night (1994).

critique par Eireann Yvon




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