Lecture / Ecriture
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Le miracle de San Gennaro de Sándor Márai

Sándor Márai
  Les braises
  Métamorphoses d’un mariage
  L'héritage d'Esther
  L'étrangère
  La sœur
  Libération
  Les confessions d'un bourgeois
  Mémoires de Hongrie
  Divorce à Buda
  Le miracle de San Gennaro
  La conversation de Bolzano
  Un chien de caractère
  Les étrangers
  La nuit du bûcher

Sándor Márai est un écrivain et journaliste hongrois né en 1900 à Kassa alors partie de l'Empire austro-hongrois (aujourd'hui Košice, en Slovaquie) et mort (suicide) en 1989 à San Diego aux États-Unis.
(Source Wikipedia)


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le miracle de San Gennaro - Sándor Márai

Voir Naples et mourir
Note :

    Je suis un adepte du grand écrivain hongrois que personnellement j'aurais volontiers nobélisé. Nobel non, mais de haute noblesse d'écriture à mon avis. "Le miracle de San Gennaro" est un roman qui surprend, très éloigné de l'univers un peu classique, quand on l'a parcouru comme moi au long de six livres explorant l'histoire personnelle de Sandor Marai, de son pays et de ses combats, de ses exils et de ses espoirs. Cette parenthèse napolitaine dans la vie très cosmopolite de Marai est composée de deux parties tout à fait différentes.
   
    Il a lui-même vécu en Campanie et dans un premier temps nous plonge dans le Spaccanapoli et les douces collines du Pausilippe, peu après la fin de la guerre. Un couple d'étrangers vit comme une anomalie parmi les gens du petit peuple, mais d'eux il ne sera question qu'indirectement dans cette moitié du livre. Il y a là des marchands, des chasseurs bredouilles, tout un monde, pas toujours animé des meilleures intentions envers les marins et les touristes. On a faim à Naples en 1949. Alors certains reviennent d'Amérique, pas vraiment cousus d'or. Les familles y sont nombreuses, les prêtres aussi, souvent faméliques, qui attendent le fameux miracle biannuel de San Gennaro. La religion y tient une grande place, souvent teintée de crédulité. Padre Pio vit non loin d'ici, célèbre dans l'Italie du milieu du siècle pour ses stigmates de la passion du Christ. Outre le miracle du sang liquéfié de Gennaro on y espère d'autres merveilles, la guérison d'un enfant, une pêche prodigue, de l'argent pour la grande traversée. Le ton est à la comédie napolitaine, enfin presque. J'y retrouverais presque mon cher cinéma italien, le petit, pas forcément celui des grands créateurs, mais qui a bien du charme et de la couleur.
   
    L'étranger est retrouvé mort au pied d'une falaise. Changement radical de ton, au revoir la légèreté et le pittoresque. Venu d'on ne sait où, cet étranger était-il le rédempteur dont la rumeur se faisait l'écho? Et quel a été le rôle de la femme qui vivait avec lui? Et que vaut ce messianisme dont paraît-il, on le créditait? La lecture de cette seconde partie du Miracle de San Gennaro s'avère autrement difficile. L'enquête diligentée par le vice-questeur l'est tout autant. Le témoignage d'un moine franciscain qui a beaucoup parlé avec l'étranger et sa compagne (ce n'est pas le terme qui convient) nous éclairera-t-il sur la vérité? Le vent, la mer et le Vésuve, omniprésents, ne nous aident guère et j'ai parfois un peu peiné à suivre ces questions presque théologiques.
   
   " Le miracle de San Gennaro" est un livre très attachant qui m'a semblé un peu plus à distance que "Les braises" ou "Libération", très Mitteleuropa, mais qui amplifie à mon avis l'aura littéraire de Sandor Marai, dont je rappelle la mort volontaire sur une autre côte, californienne celle-là, en 1989.
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critique par Eeguab




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Un vieux pays plein de sagesse
Note :

   Tout d'abord, se méfier de la quatrième de couverture qui, en parlant de mort mystérieuse et d'enquête, donne l'impression que l'on a affaire à un roman policier. Il faut savoir qu'il n'en est rien.
   
   Ce roman est comme scindé en deux parties distinctes, les 192 premières pages nous font découvrir ce village très pauvre du Pausilippe (proche de Naples) où l'auteur lui-même, exilé, séjourna quelques années. Il émigra ensuite aux Etats Unis, comme l'un des personnages principaux. Ces premières pages sont une peintures de scènes, de caractères, sans aucun doute des choses vues, des personnages rencontrés pendant la période qu'il passa là-bas. Ces peintures sont vivantes et nous rappellent l'extrême pauvreté de cette région dans l'immédiate après-guerre. Ces Italiens misérables, vivent dans un décor de toute beauté et ne se sont pas laissé dépouiller de leur fierté ni de leur gaieté. Nous voyons défiler tous ces personnages avec leur petit "métier", au fil des heures de la journée, tels qu'un étranger séjournant là-bas les rencontrerait lui-même.
   
   Et des étrangers, justement, il y en a. De deux sortes. D'abord les plus nombreux : ceux qui sont regroupés dans des camps, remplissent des formulaires et attendent les visas qui leur permettront de poursuivre leur route vers leur but réel. Bien sûr, la situation actuelle fait qu'on ne peut absolument pas lire ces pages comme on le faisait il y a par exemple trente ans. On est stupéfait de constater à quel points les situations, les réactions, les idées et les sentiments se retrouvent à l'identique d'une époque à l'autre. Les nombreuses et profondes réflexions de Sandor Marai sur ce sujet qui est un de thèmes majeurs de son œuvre, font de cette seconde partie du roman, un ouvrage tout à fait captivant. Quand le passé, et surtout une vision claire et objective de ce passé, nous éclaire sur une crise présente, c'est une grande chose. Tous ceux qui s'intéressent aujourd'hui au problème de l'exil doivent lire cette seconde partie de ce roman.
   
   Et puis il y a les étrangers d'un rang social un peu supérieur ou qui ont pu sauver d'avantage de leur fuite. Ceux-là ont pu louer une maison et, s’épargnant le camp, c'est là qu'il remplissent les formulaires et attendent les visas qui leur permettront de poursuivre. Et parmi eux, un couple d'âge mûr. Ils parlent peu, ne tentent ni de s'approcher de la population, ni de la fuir. Ils ne semblent pas riches mais font durer ce qu'ils ont en attendant de pouvoir repartir. L'homme a la réputation vague d'être un intellectuel mondialement célèbre, mais on ne sait ni dans quel domaine, ni à quel titre. C'est un bruit qui court, comme court le bruit qu'il pourrait, peut-être, "sauver le monde", là encore, sans plus de précision. La simple évocation de cette possibilité force chacun à réaliser à quel point, après les années terribles qui viennent de s'écouler et dans la totale incertitude du présent, le monde aurait en effet besoin d'être sauvé. Le monde, dans son ensemble, et chacun d’eux en particulier. Ainsi, cette rumeur se répand-elle. L'homme est presque mutique, mais cependant, à cause de cette réputation qu'il a, des gens viennent le trouver et soudain, face à son total silence, se mettent à lui livrer tous les secrets de leur vie. Cette "confession" leur permet de faire le point et de voir plus clairement leur situation, sans que lui y soit même intervenu.
   
   Les villageois ne se mêlent pas à ces réfugiés et sont trop pauvres eux-mêmes pour les secourir, mais ils ne leur sont pas non plus hostiles, ils les regardent de loin, comme des gens qui, pour les plus riches, peuvent être des clients et pour les plus pauvres, sont des cousins de misère, de passage et bientôt repartis.
   
   Et puis un matin, le "Sauveur", est retrouvé mort, au pied de la falaise dont il est tombé. C'est à l'occasion de l'enquête de routine qui est alors diligentée que le vice-questeur se fait raconter tous les éléments du passé de la victime que je viens d'évoquer.
   
   Eclats de texte :
   "Le crime est toujours monotone. Seule la bonté est intéressante. Je suis content que tu l'aies compris."
   
   "L'Italie est un vieux pays plein de sagesse qui pardonne tout."

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critique par Sibylline




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Son roman le plus autobiographique
Note :

   Jusqu’à son suicide en février 1989, Sandor Marai aura vécu les grands bouleversements du XXe siècle, subi, dans sa Hongrie natale, le nazisme et le communisme. Banni par le gouvernement communiste, il s’exile en 1948 et émigre aux Etats-Unis en 1952. Auteur de très nombreux romans qui puisent leur matière dans la psychologie de personnages tourmentés qu’ils soient aristocrates, bourgeois ou serviteurs, dans l’atmosphère crépusculaire d’un siècle barbare, il a su rendre mieux que personne la tragédie de l’homme face à son destin.
   
   Citons quelques-uns de ses romans : Les Braises, La conversation de Bolzano, Les confessions d’un bourgeois, Mémoire de Hongrie, Métamorphose d’un mariage, Divorce à Buda, Les Etrangers, L’héritage d’Esther, La sœur etc.
   
   Le miracle de San Gennaro est sans doute son roman le plus autobiographique, le récit d’un déracinement.
   
   1949, Naples. La colline du Pausilippe bruit du bourdonnement des voix, des cris, des discussions, des rumeurs, embaume de mille senteurs qui s’éparpillent au gré du vent dans cette belle baie où veille le Vésuve. Une première partie qui donne la parole au petit peuple, miséreux, petits boutiquiers, chômeurs, retraités qui rêvent d’un ailleurs ou d’un miracle. Quand l’espoir d’une vie meilleure fait défaut, les Saints sont là pour veiller à la marche du monde. De temps en temps ils se manifestent, une guérison par ci, un vœu réalisé par là. Un quotidien sans surprise qui n’entame pas leur gaieté, leur humour. Deux étrangers se sont installés là. Leur présence alimente les bavardages. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? L’homme et la femme ne semblent pas désirer s’intégrer à la vie du quartier. Les commentaires vont bon train jusqu’à ce que le corps de l’homme soit retrouvé sur les rochers : accident, suicide, meurtre ?
   
   Commence alors une enquête qui donne la parole au vice-questeur, la femme et un moine franciscain. A travers leurs propos, se dessine la figure de l’émigré, de l’apatride, du réfugié. Un violent réquisitoire contre ces régimes fondés sur la violence, la haine, le mensonge avec, en toile de fond, la culpabilité de celui qui, incapable d’action personnelle dans son pays, fuit au lieu d’affronter aux côtés de ses compatriotes la pression politique qui les menace.
   
   Deux parties très contrastées qui scindent le roman.

critique par Michelle




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