Lecture / Ecriture
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La folie Giovanna de Élise Galpérine

Élise Galpérine
  La folie Giovanna

La folie Giovanna - Élise Galpérine

Vercors du 19ème
Note :

   De la fin du XIXème jusqu'à l'entre deux guerres, ce roman retrace la vie de deux sœurs, Giovanna et Louise, la narratrice, jeunes filles de bonne famille qui évoluent dans la belle société de cette ville du Vercors. Belles situations des parents, beaux mariages et belles situations des maris. Mais, même dans ce monde protégé, le malheur peut survenir. Sournois, il frappe là où il est sûr de faire le plus mal, dans l'innocence même d'un enfant. Dès lors, la famille se soude, mais se fragilise en même temps.
   
   Une fois n'est pas coutume, je vais m'arrêter d'abord sur le livre-objet. On sent (dans tous les sens du terme, et oui, je n'ai pas hésité à humer les pages) la qualité : belle couverture (mais pourquoi ajouter une jaquette?) et une mise en page très claire, très soignée ; le texte est étiré (environ 6/7 mots par ligne là où les autres livres en ont 10/11), ce qui peut donner l'impression de lire de la poésie. Un beau travail des éditions Nicolas Chaudun, que personnellement, je ne connaissais pas.
   
   Venons-en maintenant au contenu : excellemment écrit quoiqu'un peu trop mélodramatique à certains endroits, c'est un livre sensible, tendre et touchant. Cette histoire qui se passe dans un monde qui m'est étranger : la bourgeoisie de Province, est touchante parce qu'elle raconte la vie de ces deux femmes, très liées dans l'enfance, puisque sœurs avec un an d'écart mais que tout pourrait opposer ; leur mère affiche sans retenue sa préférence pour Giovanna, la plus belle :
   "Ma pauvre Louise! Personne ne voudra jamais de toi, je le crains."Quelle méchanceté, quelle sottise aussi... elle pensait que son assertion était une vérité scientifique, en sorte que, lorsque le très beau et très brillant Adrien me fit la cour, que notre mariage se décida, elle ressentit non seulement une certaine jalousie, mais aussi la blessure de quelqu'un dont les prédictions s'avéraient fausses." (p.20) (Là, je me permets une petite remarque perfide, mais néanmoins de bon sens : "s'avéraient fausses" me gène un peu puisque s'avérer veut dire "rendre vrai" et donc, vous comprenez bien qu'on ne peut lui accoler l'adjectif "fausses" ; ceci étant dit, vue la qualité du bouquin, j'avoue que c'est vraiment une mesquinerie de ma part) ; leur mariage apportera la maternité à Giovanna tandis que Louise n'aura pas les joies de l'enfantement : "Mon ventre toujours vide et mes bras emplis des enfants des autres. Et voilà la jalousie, la jalousie profonde et amère. Comment combattre un sentiment qui reposait sur l'observation d'une évidence?" (p.60). Malgré tout, la vie ne les sépare pas, leur complicité restera au-delà de leurs différences et de leurs chemins personnels. Louise sera très présente et sincèrement très affectée lorsque le sort s'acharnera sur l'enfant de Giovanna, son filleul.
   
   C'est un roman écrit tout en finesse, autant pour le style que pour la manière d'aborder les personnages : beaucoup de non-dits, beaucoup d'allusions, beaucoup de fragilités des uns et des autres. Les relations entre eux sont adroitement décrites, parfois de la tendresse, parfois de la jalousie, parfois même une once de moquerie. Une écriture élégante, fine, très joliment travaillée qui place ce récit totalement en phase avec son époque et la condition des gens qu'il décrit. Vraiment, je suis tombé sous le charme de l'écriture d'Élise Galpérine.
    Un dernier conseil pour la route? Arrêtez immédiatement vos lectures et plongez dans ce roman, si vous passez à côté, vous le regretterez!
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critique par Yv




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Pensées délicates et sentiments violents
Note :

   En flânant, cet été, de blogs en blogs, à l'aveuglette, ce que j'aime beaucoup faire dès que j'ai un peu de temps, je suis tombée sur un challenge qui m'a tout de suite intéressée mais impossible de retrouver l'adresse du blog qui le proposait.
   
   Il s'agissait de choisir à la bibliothèque un auteur dont on n'a encore jamais entendu parler et de lire un de ses ouvrages.
   
   La lettre proposée était le G.
   
   Comme très souvent déjà je me suis étonnée et attristée de voir tant de noms de romanciers dont j'ignorais l'existence dans toutes les bibliothèques où je suis passée, j'ai trouvé l'idée excellente et à ma dernière visite, j'ai choisi tout à fait par hasard ce petit livre de 240 pages dont même l'éditeur m'est inconnu: Nicolas Chaudun, proche d'Actes Sud dont il a conservé le fameux format.
   
   Il s'agit du second roman de la romancière : Galpérine Élise dont je sais maintenant, grâce une fois de plus à Wikipedia:
   - qu'elle est née à Paris en 1964, dans une famille bourgeoise.
   - qu'elle est également professeur spécialisée en droit à l'université Paris V René Descartes, où elle est chargée de cours.
   - que son premier roman a pour titre Le murmure des tissus.
   - qu'elle est l'épouse d'Alexis Galpérine, violoniste et professeur au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.
   
   Naturellement j'ai lu aussi la quatrième de couverture avant de me lancer dans ma lecture de "La folie Giovanna" [deuxième lettre G: je suis en plein dans le challenge! :)]
   La première phrase m'a donné envie de fuir:
   "L'ordre règne en maître débonnaire dans cette maison patricienne où l'on cultive une fantaisie millimétrée, grossie de fadaises dynastiques et de petites vacheries spirituelles."

   
   Une autre m'a retenue par l'allusion à deux auteurs que j'ai aimés:
   "Les fragilités lissées qui confinent si volontiers à la folie rappellent l'univers de Chardonne ou de Mauriac."

   
   La comparaison est ambitieuse et j'ajouterais: hasardeuse parce que, même si j'ai trouvé agréable à lire ce roman familial dont l'action se déroule dans la première moitié du XXe siècle, je n'en fais cependant pas un coup de cœur, comme Yv, par exemple, très enthousiaste!
   
   De quoi est-il question dans ce roman? De la souffrance ressentie par toute une famille élargie, devant la maladie et le handicap d'un enfant chéri et adorable. Tous cependant ne réagissent pas de la même façon. Giovanna, la mère, résistera-t-elle face à cette réalité?
   
   La narratrice, c'est la sœur de Louise, la tante de l'enfant, celle que sa mère écartait méchamment, créant ainsi une jalousie que rien ne peut apaiser:
   "Elle (Giovanna) ressemble à une porcelaine de Saxe. Elle est vraiment ravissante, elle se mariera. Toi, ma pauvre Louise, ajoutait-elle à mon endroit, tu es laide, mais tu as l'esprit de ton père... Que veux-tu, le Bon Dieu a ainsi réparti ses bienfaits!"

   
   C'est elle pourtant qui s'occupe le plus efficacement du jeune garçon, son neveu et filleul , avec Mariette, la servante fidèle au grand cœur et le docteur qui passe à l'improviste pour donner des pommades et des médicaments "en cas de douleur" mais qui se sait incompétent et impuissant face à la maladie. La tragédie n'est pas loin.
   "Hélas, le bonheur qui s'échappait, nous eussions dû le goûter avec lenteur, en examiner les moindres replis, car les événements qui suivirent ont occupé ma mémoire, comme un mur qui ne permettrait de distinguer le passé qu'au travers d'étroites meurtrières."

   
   J'aurais pu tomber plus mal mais le hasard a bien fait les choses puisque ce roman, plein de nostalgie, de détails vrais, de pensées délicates et de sentiments violents sous le silence de la bienséance, m'a attendrie et séduite à la fois, mon intérêt s'accroissant vers la fin, avec une meilleure connaissance des personnages et un grand attachement à certains d'entre eux.
   Une bonne expérience ce challenge!
   Saurais-je finalement qui l'a lancé?

critique par Mango




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