Lecture / Ecriture
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Peau de caniche de Dominique Zehrfuss

Dominique Zehrfuss
  Peau de caniche

Peau de caniche - Dominique Zehrfuss

Une enfance malmenée
Note :

   "Mon père et moi sommes unis par la peur. Comme deux soldats dans la même tranchée, nous attendons, le souffle court, la déflagration qui ne manquera pas de se produire. Nous savons déjà qu'après rien ne pourra plus arrêter le déluge de violence et de colère... Et même, ce déluge, nous l'attendons avec un léger vertige, comme des boxeurs avant un combat. La différence est que nous ne rendons pas les coups. Nous savons que quoiqu'il arrive, le pire sera au rendez-vous."
   

   Caniche, c'est ainsi que se qualifie l'auteur, qui nous raconte son enfance entre une mère tyrannique, ne pensant qu'à elle-même et un père faible et soumis. Un cas de figure pas si rare me direz vous, mais la différence réside dans la personnalité des parents, couple par ailleurs brillant, menant une vie mondaine, intellectuelle, artistique des plus dorée.
   
   Lorsque ces deux là tombent amoureux, la mère est déjà mariée pour la seconde fois avec un avocat en vue de la bonne société tunisienne. Pour suivre son amant, elle abandonnera une première fille de 11 ans et une place socialement enviable, ce qu'elle passera sa vie à reprocher au malheureux. C'est pourtant bien elle qui a décidé de partir avec lui...
   
   L'auteur, entraînée toute jeune dans un tourbillon de fêtes, de réceptions, de fréquentation d'hôtes de marque, ne connaîtra pas une vie normale de petite fille. Pour plaire à ses parents, elle jouera un rôle de "chien savant" sans arriver à trouver vraiment sa place. Un temps, elle sera confiée à un couple italien avec qui elle aura enfin des moments de bonheur et d'insouciance, hélas de trop courte durée.
   
   L'envers du décor est une scène de ménage permanente et violente où la mère laisse libre cours à son despotisme. Ayant une haute opinion d'elle-même, elle considère que tout le monde doit être à ses pieds et satisfaire ses moindres désirs. Elle semble complètement dépourvue d'affectivité et le fait payer cher à son entourage.
   
   C'est donc le court récit d'une enfance malmenée et foulée aux pieds. Si j'ai compati au début, j'ai fini par éprouver un malaise, à cause du regard que la narratrice porte sur elle-même, un peu trop caustique et son indulgence malgré tout vis-à-vis de ses parents, surtout son père. Enfant, elle ne pouvait que subir, par contre son père avait les moyens de réagir. La fin m'a paru abrupte également, j'aurais aimé une transition plus douce vers le passage à la vie adulte, surtout que l'auteur évoque sa future rencontre avec un autre chien perdu sans collier, qui n'est autre que son mari, Patrick Modiano.
   
   Une lecture en demi-teinte donc, que je vous conseillerais quand même pour l'écriture, sensible, et la peinture d'une certaine classe sociale.

critique par Aifelle




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