Lecture / Ecriture
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Indigo de Catherine Cusset

Catherine Cusset
  À vous
  La haine de la famille
  Un brillant avenir
  Amours transversales
  Le Problème avec Jane
  Indigo
  L'autre qu'on adorait*
  Le côté gauche de la plage

Catherine Cusset est une écrivaine française née en 1963.

Indigo - Catherine Cusset

Un séjour culturel en Inde
Note :

   "Un vieux moine bouddhiste voyage avec un jeune compagnon. Au moment de traverser une mare, il se fait interpeller par une riche dame qui lui ordonne de la porter pour qu'elle ne mouille pas sa robe et ses chaussures. Il obéit. La dame l'insulte tout au long du trajet. Quand il la pose à terre de l'autre côté, elle ne le remercie même pas. Quelques heures plus tard le jeune compagnon demande au vieux moine : "Maître pourquoi vous êtes vous laissé humilier par cette femme odieuse? Pourquoi avez vous accepté de la porter?". Le moine lui répond "Je l'ai posée à terre il y a cinq heures ; tu la portes encore" 
   
   A cause d’une alerte à la bombe, Charlotte Greene a bien failli ne pas embarquer à temps
   dans l’avion qui l’emmène de New York à New Delhi. C’est la première fois qu’elle se rend sur le continent asiatique. Elle va assister à un festival culturel en raison du film dont elle est l’auteur. Charlotte se réjouit que Raphaël Éleuthère soit au programme, il a la "réputation d’un écrivain frondeur et sans concession et elle était curieuse de le rencontrer" mais elle tombe sur un homme peu bavard… Arrive sur place également un philosophe sexagénaire Roland Weinberg. Géraldine est chargée d’organiser cet événement, ce qui la rend pour le moins fébrile.
   
   On rentre de plein pied dans une histoire où chacun vient avec ses attentes et ses blessures : la meilleure amie de Charlotte vient de se suicider, Géraldine retrouve dans Raphaël, l’écorché vif, un homme dont elle a été secrètement amoureuse enfant, et enfin Roland est face à sa compagne qui lui annonce qu’elle attend un enfant, alors qu’il lui a toujours dit qu’il n’en voulait pas
   
   J’ai pris plaisir à lire ce roman dont l’intrigue est certes classique mais prenante, on plonge avec délice dans les pensées intimes des personnes qu’on voit évoluer, avec l’Inde en arrière plan, une Inde si bien décrite par la romancière qu’elle nous donne envie d’y aller.
   
   "Et chaque fois que tu te sens triste, Jude, résiste, Ne porte pas le monde sur tes épaules"
   (EXTRAIT DE "Hey Jude" des Beatles et cité dans ce roman)

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critique par Éléonore W.




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L'ennui artistique chez les Bobos
Note :

   En Inde, dans la petite ville de Kovalam, sud du pays, se déroule un festival culturel organisé par l’Alliance Française. La maîtresse de cérémonie c’est Géraldine, une jeune femme d’origine bretonne, qui a épousé un Indien musulman (ce qui ne lui pose aucun problème religieux!). Les participants sont Charlotte, française installée à New-York, réalisatrice d’un film sur elle et sa meilleure amie, dont elle pleure le récent décès. Il y a aussi Roland, auteur d’essais pseudo-philosophiques, sexagénaire venu avec sa très jeune amie italienne Renata, sa énième compagne . Et il y a Raphaël Eleuthère (serait-il Grec?) un romancier genre "beau ténébreux", qui plaît aux femmes et les déconcerte par ses manières brusques, imprévisibles, bizarres.
   
   Chacun d’entre eux va essayer de promouvoir son œuvre à l’occasion du festival, et Géraldine l’animatrice va tenter de faire valoir ses qualités propres. Hélas, Géraldine se distingue par son impréparation, Roland perd des places au classement du Nouvel Obs, Charlotte ne peut pas visionner son film, et Raphaël endort les quelques auditeurs avec ses dissertations. Heureusement Cupidon et ses flèches redynamisent l’atmosphère!
   
   Ce roman est très classique dans sa forme, sans ambition stylistique, on le lit pour l’intrigue, espérant qu’elle soit intelligente et bien menée.
   
   Les problèmes amoureux des participants sont agréables à suivre, quoique sans originalité. On pourrait déceler de la critique sociale dans le déroulement de cette manifestation culturelle coûteuse et qui ne sert pas à grand-chose et où finalement tout le monde s’ennuie, ce qui a pour résultat d’attiser les passions… les errements des personnages dans les environs de Kovalam et Delhi constituent une promenade touristique un peu cliché mais pas caricaturale. Les récits des enfances et vies des personnages ennuient un peu, mais dans l’ensemble on se laisse entraîner sans déplaisir.
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critique par Jehanne




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Rattraper ce qui ne peut l'être, de Delhi à Kavalam
Note :

   Pour son dernier roman, Catherine Cusset nous invite à un voyage dans le Kerala au sud de l'Inde, magique et envoûtant.
   
   Les personnages, représentant la culture française au bout du monde, vont se trouver confronter à leur passé et à la force de la nostalgies quand elle surgit loin du quotidien. Ils vont affronter leur peur, leur démon amoureux et se retrouver dans un avenir à jamais remodelé.
   
   Indigo, couleur aux mille nuances, comme le ciel avant l'orage...
   
   Invités au festival culturel par Géraldine , directrice de l'Alliance Française de Trivandrum, ce sera pour chacun l'occasion de fermer ou d'ouvrir une parenthèse douloureuse de leur vie. Que ce soit, Charlotte scénariste, française vivant à New York, qui marchera dans les pas de son amie disparue. Raphaël, écrivain sombre et taiseux et Roland, écrivain également, la soixantaine flamboyante et aguicheuse, tous deux témérairement parisiens, ils vont à la recherche d'un temps passé essayant de rattraper ce qui ne peut l'être.
   
   De Delhi à Kavalam, les tensions sont exacerbées et les sentiments en alerte, dans un pays encore secoué par les attentas terroristes à Bombay en 2008.
   
   Catherine Cusset donne le ton dans une écriture fluide et captivante à un récit sur les sentiments amoureux.bElle donne une consistance intéressante et profonde à ses personnages au bord de toutes les tentations et rendez-vous manqués. Humainement faibles ou odieux, ils incarnent un certaine légèreté et un sens du dramatique dans un pays aux mœurs réglementées
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critique par Marie de La page déchirée




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Une semaine en Inde
Note :

    Des rencontres culturelles organisées par l'Alliance française de Trivandrum, ville du sud de l'Inde, servent de cadre à ce roman plutôt réussi. Géraldine, la directrice du centre, française mariée à un musulman indien, s'est évertuée à bien recevoir ses invités prestigieux, aidée par Manon, une bénévole. Voici qu'arrivent Charlotte Greene, professeur de lettres installée à New York, et qui vient de réaliser un second film ; Roland Weinberg, un célèbre essayiste et philosophe de soixante-quatre ans, auteurs de best-sellers, suivi de Renata, sa nouvelle compagne de beaucoup sa cadette ; Raphaël Eleuthère, auteur de romans autobiographiques osés, mais que Géraldine reconnaît comme étant Jean-Michel, le beau voisin admiré en secret durant les vacances quand elle était gamine en Bretagne vingt ans plus tôt.
   
   L'action se passe en décembre 2009 et chacun des chapitres est consacré aux activités de Roland, de Géraldine ou de Charlotte, dans le cadre des rencontres programmées et des repas entre invités, et plus encore à leurs affects attisés par la chaleur du climat local. Comme le public est attiré par un festival concurrent consacré au cinéma, nos intellos occidentaux n'attirent guère la foule, mais redécouvrent leur histoire personnelle et se remettent en question. Géraldine essaie de séduire Raphaël après avoir lu son dernier roman, Tout sur moi. Roland prend le temps de retrouver une professeure de Pondichéry où il avait séjourné il y a bien longtemps, et en même temps il met en péril sa liaison avec Renata en lui expliquant qu'il ne veut pas d'enfant d'elle, ni de quiconque. Surtout, Charlotte se plonge dans le souvenir de son amitié ancienne pour Debarati, une Indienne qu'elle a rencontrée aux Etats-Unis, hébergée dans son foyer, et qui l'a délaissée pour vivre quelques années dans son pays natal, à Cochin. Tous se mettent en danger dans ces péripéties festivalières épicées de saveurs indiennes.
   
   Catherine Cusset glisse çà et là des remarques — souvent critiques — sur l'Inde, et pas seulement sur la restauration qui se divise entre palaces à la nourriture fade mais saine et bouis-bouis aux plats savoureux mais hostiles à l'estomac fragile de l'étranger. Le manque d'hygiène et les chiens errants, l'omniprésence de la misère et l'insistance des mendiants qui abandonnent le malayalam le temps de réclamer en anglais, le machisme ambiant et l'insécurité qui en résulte en ville et sur les plages pour les touristes occidentales, viennent pimenter les récits des expériences de ses personnages. Alors que les attentats de Bombay sont encore dans les mémoires et que des mesures exceptionnelles de sécurité entourent aéroports et hôtels, le jeune accompagnateur indien des invités lâche des menaces anti-américaines, insultantes pour Charlotte Greene : ne serait-il pas en train de monter un réseau terroriste islamiste ? Mais c'est Roland qui, sans le savoir, a pris l'avion avec un commando : deux agents du Mossad venus éliminer un dirigeant palestinien. En fait les personnages d'Indigo courent des risques très ordinaires — jalousies et imprudences en tout genre — mais tout finira bien après qu'on ait craint le pire.
   
   La chemise indigo de Raphaël ainsi qu'un affreux jeu de mots commis par un des personnages — "Inde I Go" — peuvent expliquer le titre du roman. Sans doute est-il préférable de dire avec la 4ème de couverture que "le ciel avant l'orage est couleur indigo". Voilà un roman très classique dans sa composition et son écriture, qui dessine plutôt bien le contraste entre une société occidentale et libre assez aisée pour consacrer du temps au marivaudage, et une société indienne sexiste et nourrie de préjugés de castes, où beaucoup survivent de quelques roupies. Toutefois aucun des problèmes de l'Inde n'est vraiment creusé — ce n'était pas le sujet — et pour la découverte de la culture du Kérala et des provinces voisines j'ai préféré "Les neuf visages du cœur" d'Anita Nair.

critique par Mapero




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