Lecture / Ecriture
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Les visages écrasés de Marin Ledun

Marin Ledun
  Les visages écrasés
  Luz
  Ados: Un cri dans la forêt
  En douce
  Salut à toi ô mon frère...

Marin Ledun est un écrivain français de romans noirs né en 1975.

Les visages écrasés - Marin Ledun

Travail mortifère
Note :

   "Les victimes ne sont jamais celles que l'on croit. La voilà, mon autre Histoire! Les voilà, mes faits et mes résultats! Un panier de crabes poussés à s'entre-déchirer. Des histoires d'hommes et de femmes. De machines et de procédures inhumaines. D'ordres et de contre-ordres. D'objectifs et de règles comptables. Mettez soixante hommes dans une salle, vissez-leur des écouteurs et un micro sur la tête, nourrissez-les d'injonctions paradoxales et de primes au mérite, et vous n'obtiendrez rien de plus qu'un immense charnier de morts vivants. Soulier, Sartis et Fournier, comme les autres. Et moi, perdue au milieu, droguée sur ordonnances jusqu'au bout des ongles, rongée de l'intérieur. Une histoire qui n'en finit pas de s'écrire et de se réécrire".
   
   Carole Matthieu, médecin du travail, intervient dans un centre d'appel et assiste depuis plusieurs années à une dérive effarante des conditions de travail. Mutations imposées sur des postes aussi éloignés que possible des compétences des employés, management à la menace, déstabilisation maximale des individus renvoyés à leurs failles personnelles supposées... son bureau est le réceptacle de toutes les souffrances.
   
   Elle-même n'est pas bien vaillante, vide sidéral dans sa vie privée, dévouement excessif à son travail, troubles en tout genre ayant succédé à une agression, elle ne tient qu'à coup de médicaments, amphétamines pour démarrer la journée, psychotropes pour s'assommer le soir et mélanges divers toute la journée. Elle se sent investie d'une mission impossible, servir de rempart à ce système complètement emballé, qui détruit l'humain.
   
   Devant son impuissance, de plus en plus en colère et désespérée, elle va choisir une voie radicale et "libérer" ses patients, à l'aide d'un Beretta. Il n'y a que le premier pas qui coûte, elle va continuer dans cette direction là, obsédée en même temps par l'idée d'écrire la véritable histoire qui l'a amenée à cette extrémité, la lente dégradation sournoise et hypocrite du monde de l'entreprise.
   
   Ajoutez à cela un inspecteur de police pas très droit dans ses bottes non plus, une improbable attirance amoureuse et je n'en dirai pas plus, après il faut le lire.
   
    Ce polar me laisse une impression très mitigée, pourtant je n'avais lu que des avis positifs, voire enthousiastes. L'ambiance du travail est remarquablement rendue, l'auteur ayant travaillé 7 ans à France-Telecom, on sent qu'il sait de quoi il parle. Le suspense fonctionne bien, on tourne les pages de plus en plus vite, même si on ne se fait guère d'illusion sur l'issue.
   
   Alors me direz-vous? Alors je n'ai pas accroché une seule seconde au personnage principal, Carole Matthieu, de loin la plus mal en point de l'histoire. Personnage trop chargé à mon goût. Elle avale des petites pilules, elle vomit à longueur de pages, elle pète les plombs à tout bout de champ, elle est lamentable avec sa fille, bref elle m'a rapidement énervée. Et c'est vraiment dommage, parce qu'à mon avis ces outrances affaiblissent le reste du roman qui a pourtant bien des qualités.
   
   Sur le même sujet, j'ai préféré de loin "Retour au mots sauvages" de Thierry Beinstingel
   
   Ce roman a obtenu le grand prix du roman noir au festival policier de Beaune.
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critique par Aifelle




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Au travail !
Note :

   Grand Prix du Roman Noir au Festival du film policier de Beaune, Trophée 813, les récompenses n'ont pas manqué pour ce polar. On comprend que les jurés ont été sensibles aux trois éléments qui en constituent les atouts : le rythme, le statut du personnage principal et le milieu décrit.
   
    Le rythme est époustouflant : le récit est ramassé sur trois journées au cours desquelles on suit l'héroïne en temps réel ou presque et comme celle-ci est insomniaque, les nuits sont aussi mouvementées que ses jours. Pour permettre au lecteur de reprendre sa respiration, Marin Ledun a ménagé des pauses matérialisées par des rapports médicaux. Car l'héroïne, le docteur Carole Matthieu, est médecin du travail, une profession peu fréquente dans le polar. Elle exerce dans une entreprise de Valence, une plate-forme téléphonique au sein de laquelle le malaise généralisé des salariés se traduit par une vague de morts violentes, meurtres et suicides. D'où une plongée dans un monde où les directives et les objectifs de l'entreprise priment sur la santé des salariés, dont Carole Matthieu est responsable.
   
   Chacun de ces atouts a cependant son revers : le rythme, à force d'être élevé, en devient fatigant, le docteur, chevalier blanc en guerre perpétuelle, n'apparaît pas très crédible et le monde du travail est traité de façon très caricaturale. Il faut lire ça à la vitesse où c'est écrit, sans se soucier des invraisemblances, et ça passe tout seul.

critique par P.Didion




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