Lecture / Ecriture
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Une semaine en enfer de Matthew F. Jones

Matthew F. Jones
  Une semaine en enfer

Une semaine en enfer - Matthew F. Jones

Pas d'empathie
Note :

   John Moon est un loser comme il y en a peu : son père, criblé de dettes, a vendu la ferme familiale peu avant de mourir, et John s'est retrouvé obligé de vivre dans une misérable caravane en lisière de la forêt. Sa femme Moira, serveuse dans un snack en ville, a décidé de demander le divorce, emmenant avec elle leur bébé, Nolan. John, sans ressources, subsiste en allant de petit boulot en petit boulot, et en vendant le gibier qu'il abat illégalement dans les bois. Un matin, en partant braconner à la fraîche, John se lance à la poursuite d'un cerf. Croyant l'avoir entendu remuer dans les buissons, il tire, et abat une jeune fille. Une adolescente en fugue, qui se cachait dans la forêt. Désespéré, et sans même comprendre ce qu'il fait, John dissimule le cadavre dans une anfractuosité de la roche, près d'une ancienne carrière. Mais dans les affaires de la jeune fille, il découvre, cachée dans une taie d'oreiller, une grosse somme d'argent en liquide. Plus qu'il ne pourrait en gagner en plusieurs années. Assez pour faire vivre sa famille, peut-être même pour reconquérir sa femme. Cette fois, John est décidé à s'en sortir. Mais en accumulant les erreurs, il va lui-même tisser les fils d'un piège qui se referme inexorablement sur lui...
   
   Une semaine en enfer est un roman atypique, et à plus d'un titre. Dès les premières pages, et cette impression se confirme nettement par la suite, la célèbre phrase d'Orson Wells dans le prologue du Procès nous revient en mémoire : "On pourrait dire que la logique de cette histoire est celle d'un rêve... ou d'un cauchemar."
   
   En effet, tout au long de cette semaine infernale dont les journées occupent chacune un chapitre, John Moon, anti-héros par excellence, voit son univers basculer du tout au tout, après ce meurtre accidentel, véritable péché originel dont il va porter la faute comme un fardeau, jusqu'à l'issue, nécessairement fatale, qui arrive finalement comme une délivrance. Entre-temps, John aura accumulé les erreurs et les faux-pas, en agissant en dépit du bon sens et en se lançant dans une fuite en avant effrénée, mais dont il ne pouvait sortir indemne.
   
   En soulignant avec brio la toile cauchemardesque que le héros tisse autour de lui, ce roman oppressant emprisonne en même temps son lecteur, mais l'aspect antipathique de John, ainsi que son caractère imprévisible, voire ahurissant, empêchent toute identification et rendent malheureusement le lecteur assez insensible à son sort.
   
   Malgré un style flamboyant, porteur d'éclats lyriques et de descriptions à couper le souffle, le lecteur demeure extérieur à cette histoire et ne parvient jamais à prendre fait et cause pour son héros: la tonalité, trop glauque et malsaine, qui pèse sur ces pages ainsi que sur les personnages qui y prennent vie, est étouffante, et l'on a presque hâte de voir John se perdre tout à fait, pour échapper enfin à cette atmosphère angoissante, où tout espoir semble annihilé d'emblée.

critique par Elizabeth Bennet




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