Lecture / Ecriture
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Le nommé Jeudi de Gilbert-Keith Chesterton

Gilbert-Keith Chesterton
  Le nommé Jeudi
  La clairvoyance du père Brown
  La Sagesse du Père Brown

G. K. Chesterton est un écrivain anglais né en 1874 et décédé en 1936. Journaliste, poète, biographe, apologiste du christianisme, il est surtout connu aujourd'hui pour ses romans policiers mettant en scène le Père Brown, curé sagace.

Le nommé Jeudi - Gilbert-Keith Chesterton

Fantaisie anglaise
Note :

   Alors voilà : Chesterton nous conte ici l'invraisemblable histoire de la rencontre et de la joute d'un poète anarchiste et d'un poète amoureux de l'ordre. Le poète anarchiste appartient à un mouvement anar extrêmement puissant qui est sur le point de contrôler le monde entier.( !) Le conseil suprême de ce mouvement est composé de sept membres portant chacun le nom d'un jour. A la suite de circonstances invraisemblables, le poète de l'ordre se retrouve membre de ce conseil sous le nom de Jeudi.
   
   Et pour ce qui est des circonstances invraisemblables, autant vous y habituer tout de suite, car rien de ce roman ne peut se rapporter à quoi que ce soit d'un peu réaliste, ni ne le tente d'ailleurs. C'est plutôt une espèce de fable et de farce géantes qui font défiler sous nos yeux les rocambolesques aventures de ces dangereux révolutionnaires. Et c'est vrai que, plus d'une fois en lisant cet ouvrage, j'ai songé à Ponson du Terrail, l'idole absolue de mes 11 ans. Mais s'y ajoutent ici tout d'abord une forte note d'humour volontaire et une toute aussi nette intention philosophique, choses dont l'?uvre de Ponson du Terrail est dépourvue.
   
   Revenons au « Nommé Jeudi ». J'avoue que c'est un peu ébahie que j'ai suivi les aventures de ces Anars de haute volée pour mon premier contact avec Chesterton. A ce sujet, je dus constater qu'une rapide recherche sur le Net me le présentait une fois sur deux comme «catholique convaincu» et une fois sur deux comme «anarchiste militant» ce qui a au moins le mérite de nous laisser nous faire notre propre opinion. Ce texte est très antérieur à sa conversion officielle, mais néanmoins ici, le narrateur est plutôt du côté du poète de l'ordre contre les horribles anarchistes présentés comme ayant tous quelque chose d' «à peine humain ». Cependant les autres n'étant pas mieux pourvus? on relativise. En tout cas, ils sont partout, démontrant longtemps avant Ferré « qu'on ne les voit jamais que quand on a peur d'eux ». On constate aussi que leur chef tout puissant (vraiment tout puissant, vous verrez) bien sûr nommé Dimanche, est un obèse effrayant et que Chesterton lui-même était très gros? Des clés, il y en a tant, qu'il ne faut plus les chercher, elles n'ouvrent que des portes qui donnent sur d'autres mystères. Chesterton s'est bien amusé, je crois, avec son « Nommé Jeudi » et il nous a bien promenés.
   
   Il serait plus prudent de ne pas oublier que le trait dominant du récit est l'humour et le fantastique, même si, au détour d'une élucubration, on bute souvent du nez sur une vérité fondamentale. Je démontre : Aimez-vous ? « Il sortait d'une famille d'originaux (?) L'un de ses oncles avait l'habitude de ne jamais se promener que sans chapeau. Un autre avait essayé, d'ailleurs sans succès, de ne s'habiller que d'un chapeau.» Moi, oui. C'est drôle, mais plus loin, ne restez-vous pas songeur en lisant : «Voici la situation. Depuis longtemps le chef de notre division, l'un des plus fameux détectives d'Europe, estime qu'une conspiration intellectuelle, purement intellectuelle,ne tardera pas à menacer l'existence même de la civilisation : la Science et l'Art ont entrepris une silencieuse croisade contre la Famille et l'Etat. C'est pourquoi il a créé un corps spécial de policemen philosophes. Leur rôle est de surveiller les initiateurs de cette conspiration, de les surveiller non seulement par les moyens dont nous disposons pour réprimer les crimes, mais de les surveiller et de les combattre aussi par la polémique, par la controverse.»
   Voilà je pense, une bonne façon de vous présenter les deux versants de ce roman farfelu.
   
   PS : Ce texte est agrémenté d'une amusante préface de Pierre Klossovski que j'ai lue deux fois sans en comprendre un mot, tant elle dépasse de loin mes capacités intellectuelles.
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   

critique par Sibylline




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