Lecture / Ecriture
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Coriolan de William Shakespeare

William Shakespeare
  Le marchand de Venise
  Beaucoup de bruit pour rien
  Cymbeline
  Le songe d'une nuit d'été
  Titus Andronicus
  Jules César
  Hamlet
  Antoine et Cléopâtre
  Le roi Lear
  Macbeth
  Othello
  Coriolan
  Tout est bien qui finit bien

William Shakespeare est né à Stratford upon Avon, probablement en 1564.

Il écrivit trente-sept œuvres dramatiques entre les années 1580 et 1613. Son oeuvre est constituée de pièces, romances et poèmes.

William Shakespeare est mort à Stratford upon Avon en 1616.



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Coriolan - William Shakespeare

L'échec flagrant de Coriolan
Note :

    Quand je pense à Welles, à Branagh, aux grandes pièces du non moins grand Will jouées un peu partout dans le monde, je ne peux que constater une cinglante défaite, mon Azincourt à moi. J'ai donc lu "Coriolan" et le moins que l'on puisse dire c'est que lui et moi on ne partira pas en vacances ensemble. Ben non mon Coco(riolan), j'suis pas assez bon pour ça, j'suis pas vraiment capable de lire ce Shakespeare qui pourtant me fascine. Ça marche pas. Non, il me faut des hallebardiers sur le côté, et des gardes sur une estrade, des rideaux et des tentures, un trône ou une tribune, mais faut que je les voie. Les traîtres, il me faut les entendre et les monologues, et les sentences célèbres aussi, pour que j'aie envie de les claironner moi-même. "Etre ou ne pas être", "L'hiver de notre déplaisir", "Mon royaume pour un cheval", "Nous en avons vu des choses, Sir John, quand sonnaient les carillons de minuit", ces phrases si belles le sont encore plus sur la scène d'un théâtre et dans les quelques films géniaux évoqués plus haut.
   
    C'est vrai que "Coriolan" n'a pas ces fulgurances, sauf à l'avoir mal lu, ce qui à tout prendre n'est nullement exclu. J'ai pourtant essayé de jouer le jeu, l'édition Bouquins, bilingue, mais ça n'a rien arrangé. Ça manquait totalement de souffle, un comble pour Shakespeare! Enfin, c'est surtout moi qui manquais de souffle, vraisemblablement. Dodelinant de la page de droite à celle de gauche pour tenter d'aspirer un brin, une once de la substantifique moelle de la version vieil anglais, j'espérais au moins m'immiscer un peu dans la grandeur épique du barde de Stratford, mais rien n'y a fait. J'avais beau m'appliquer, il me manquait au moins un Sir, John Gielgud ou Ralph Richardson. Il me manquait des trompettes et le frisson d'un rideau cramoisi. Impuissant à chroniquer, moins encore à critiquer la valeur intrinsèque de "Coriolan", je regrettai vite de m'être lancé dans cette lecture commune qui allait révéler mon inconséquence.
   
    Que dire du général Martius, alias Coriolan? Est-il un héros parmi les patriciens romains, incompris des siens? Ou un traître dont la subtilité m'a en grande partie échappé? J'ai cru y lire des délégations, des amitiés brisées, des conjurations. Il n'est pas impossible que m'aient frôlé des ambitions déçues et des querelles de pouvoir, thèmes hautement shakespeariens, ainsi que des coups bas, apanages de quelques séides, quelques reîtres. Il n'est pas impossible que "Coriolan" soit une pièce assez importante, très importante je ne crois pas car ça se saurait. Il est encore moins impossible que j'aie eu tort de me lancer dans cette aventure hors de ma juridiction. Shakespeare s'en remettra. Et moi je vais trinquer avec le Falstaff d'Orson Welles en la plus belle taverne élisabéthaine au monde: Le carillon de minuit.
    ↓

critique par Eeguab




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Antipathique
Note :

   Dans ses Vies des hommes illustres Plutarque s'intéresse à un personnage de la République romaine archaïque, Caius Marcius Corolianus.
   
   C'est de cette source que s'inspire Shakespeare pour mettre en scène ce général romain qui gagna le surnom de Corolianus pour avoir combattu les Volsques, un des plus anciens peuples d'Italie, ennemi de Rome, et pour avoir vaincu la cité volsque de Corioles en 493 av.JC.
   
   Ennemi des plébéiens, Corolian, soutenu par les patriciens, s'oppose aux tribuns du peuple Sicinius Velutus et Junius Brutus. Les tribuns obtiennent sa condamnation à l'exil. Coriolan se réfugie alors chez les Volsques et se met au service de leur général Audifius, jusqu'alors son ennemi personnel, pour combattre Rome. Après de nombreuses victoires, il parvient aux portes de Rome à la tête des Volsques. Le Sénat et le peuple romain lui envoient des délégations pour tenter de le fléchir mais en vain. Même Menenius Agrippa, son ami qu'il considère comme un père, n'y parvient pas. Enfin se présentent devant lui, Volumnie, sa mère, Virgilie, son épouse et son fils Marcius. Leurs supplications et leurs larmes touchent Coriolan qui accepte de lever le siège et se retire chez les Volsques. Ces derniers se retournent alors contre lui en le traitant de traître.
   
   Lire une pièce de théâtre est certes toujours plus ardu que de la voir sur scène et c'est bien normal puisque, par essence, le théâtre est fait pour être vu! Mais pour cette pièce, en particulier, j'avoue que j'ai eu des difficultés à lire cette tragédie jusqu'au bout et à comprendre ce que Shakespeare voulait démontrer lorsqu'il traite de l'affrontement qui oppose le peuple en rébellion (car le blé manque et la famine règne dans la cité) et les patriciens menés par le général Coriolan. De plus, jamais je n'ai ressenti, dans aucune pièce, une telle détestation pour le personnage principal.
   
   
   Un combat contre la démocratie :
   
   C'est la haine qui guide Coriolan dans ses rapports avec le peuple et il ne peut se résigner à briguer ses suffrages pour être élu consul. Nous sommes donc confrontés à une crise majeure vécue par la République romaine puisque le général ne demande rien d'autre que de retirer le pouvoir au peuple pour le donner aux nobles ou pour se l'octroyer. Dans l'acte III scène 1, Coriolan s'efforce de persuader le Sénat qu'il a tout à craindre de la populace et rien à gagner à laisser la parole à l'ignorance populaire.
   "Ainsi nous rabaissons
   La dignité de nos sièges, en permettant à la canaille
   d'appeler crainte notre sollicitude;
   Renversons le pouvoir des tribuns dans la poussière"

   
   Quand Coriolan s'adresse au peuple ou lorsqu'il parle de lui, il est d'une telle violence et il emploie des images si méprisantes que le spectateur ne peut se ranger que du côté des plébéiens "ces mangeurs d'ail" " à l'haleine fétide "comme l'exhalaison des marais empestés" (III3)
   
   "Que vous faut-il rebelles crapuleux? (Acte I 1)
   Que vous faut-il roquets,`
   Qui n'aimez ni la paix ni la guerre
   comptez sur vous,
   C'est au lieu de lions, vous découvrir des lièvres;
   Au lieu de renards, des oies…"

   
   Et Menenius son ami renchérit (acte IV 6)
   "Vous êtes de ceux qui infectiez le ciel en lançant en l'air
   Vos graisseux et fétides bonnets"

   
   Pourtant Shakespeare n'est pas tendre non plus avec les tribuns et il semble donner raison à Coriolan qui les accuse de manipulation envers le peuple, de même il montre les citoyens en proie à des revirements incessants, obéissant à celui qui a parlé en dernier, élisant d'abord Coriolan, puis lui retirant sa voix et l'exilant, pour se dédire ensuite quand il revient vainqueur :
   "Premier citoyen
   - Pour moi quand je disais "bannissez", j'ajoutais " c'est dommage"
   Deuxième citoyen
   - Moi aussi
   Troisième citoyen 
   - Moi aussi; pour dire vrai, beaucoup d'entre nous en ont dit autant. Nous avons agi pour le mieux, et bien que nous ayons consenti à l'exil, c'était pourtant contre notre gré."

   
   La pièce de Shakespeare présente donc un enjeu politique d'importance mais ne nous donne pas de réponse comme si l'auteur nous laissait libres de juger. Pourtant, le personnage de Coriolan est tellement détestable que l'on ne peut pas, me semble-t-il adhérer à ce qu'il dit!
   
   Le personnage de Coriolan :
   
    Coriolan est unanimement admiré par les siens pour sa vaillance guerrière et ses ennemis le craignent tout en reconnaissant sa valeur. Il a donc les qualités propres à un héros militaire, la vaillance, la force, l'honneur. Lecteurs du XXI ème siècle, il nous faut faire un effort pour adopter un point de vue historique afin de comprendre l'importance de ces vertus dans des civilisations qui se construisaient et se défaisaient par la guerre et dans la violence. Pourtant, la description du guerrier chez le lecteur-spectateur ne suscite pas d'admiration mais une répulsion.
   "Son épée, sceau de la mort,
   Partout laissait sa marque; de la tête aux pieds
   C'était un être de sang dont chaque geste
   Etait scandé par des cris d'agonie…
   Au combat, il se retourne; il court,
   Fumant de sang, il foule des vies humaines
   En un perpétuel ravage…"

   
   Coriolan devient ici un messager de la Mort, non plus un être humain mais un Dieu guerrier (il est souvent comparé à Mars) qui n'est plus accessible à la pitié, à la compassion. Il inspire l'horreur comme l'animal sauvage auquel il se compare lui-même :.
   "Bien que je parte seul,
   Tel un dragon solitaire qui de son marécage
   Sème la terreur…"

   
   D'autre part, l'orgueil démesuré qu'il manifeste éloigne la sympathie et, (c'est ainsi que je l'ai ressenti) le font paraître borné, peu intelligent. Ainsi dans l'acte III scène 3, après avoir accepté de se soumettre au suffrage du peuple à la demande de sa mère (faut-il voir là un manque de maturité du fier guerrier qui obéit toujours à ce que maman lui demande? ), il s'entête dès qu'on le contrarie :
   "Je ne veux rien savoir!"
   puis se lance dans des imprécations qui le rendent passablement ridicule :
   "Vile meute d'aboyeurs!
   Que la moindre rumeur fasse trembler vos cœurs!
   Que l'ennemi en balançant les plumes de son casque
   D'un souffle vous jette au désespoir!"

   
   Le seul moment où il devient humain, c'est lorsqu’il se laisse fléchir par sa mère et lui accorde la grâce de Rome. Moment de faiblesse ou d'humanité? Mais c'est un geste dont il mourra! Il est étonnant de constater que Coriolan est considéré comme un traître non par les Romains (et c'est pourtant contre sa partie qu'il s'est retourné), mais par les Volsques qui ne le lui pardonneront pas.
   
   La pièce présente donc des thèmes importants mais je ne peux dire que je l'ai aimée. Est-ce que le film de Ralph Fiennes : "Corolianus" me ferait changer d'avis?

critique par Claudialucia




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